Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – Passe d’armes entre ex-alliés : Les mêmes causes produisent les mêmes effets

Les populations ivoiriennes aspirent plus que jamais à la paix, après la crise post-électorale de 2010. Bien sûr, il y a eu des initiatives pour apaiser un tant soit peu les cœurs. Cependant, force est de reconnaitre que l’actualité de ces derniers jours, à propos des ex-alliés qui s’envoient des piques à ne point finir, annonce des horizons tumultueux pour le pays.

En  2010, pour bouter hors du pouvoir Laurent Gbagbo,  l’ancien président ivoirien, Henri Konan Bédié, par ailleurs président du PDCI-RDA, avait apporté son soutien à Alassane Ouattara et Guillaume Soro Kigbafori du Rassemblement des Républicains (RDR), au deuxième tour de la présidentielle,  comme le prévoyait leur accord au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Cette alliance va fonctionner jusqu’à la mise à exécution de la décision de transformer le RHDP en parti politique. En effet, le président Bédié et Guillaume Soro, alors président de l’Assemblée nationale,  qui se sont montrés hostiles au parti unifié, ont refusé de franchir le cap.

Depuis lors, Ouattara, Bédié et Soro s’entredéchirent par l’entremise des cadres de leurs états-majors respectifs. 

Le président Henri konan Bédié est le premier a quitter le navire pour se retrouver dans l’opposition où il a été  rejoint par le député de Ferkessédougou.  De fait, l’ex-secrétaire des forces nouvelles, en disgrâce auprès de son mentor, Alassane Ouattara, a été contraint de libérer le « Tabouret » (le perchoir). 

On enregistre des cadres du PDCI et des proches de Soro parmi les victimes de la déchirure entre frères d’hier. Ils ont été purement et simplement virés de leurs fonctions.

Cet environnement politique délétère  suscite des prises de position tranchées et des discours de défiance. 

Une guéguerre qui engendre  une véritable passe d’armes. 

Le ton est donné le 19 octobre 2019 à Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d’Ivoire, lors du giga meeting d’hommage du PDCI à Félix Houphouet Boigny. 

Le président du PDCI-RDA profitera de cette occasion pour « dézinguer » le pouvoir d’Abidjan. Selon l’ancien président ivoirien, malgré les taux de croissance annoncés pompeusement, le pouvoir d’achat est de plus en plus faible et de nombreuses familles sont vouées à la précarité, voire à la mendicité. Bédié, qui a aussi fustigé les travaux routiers entrepris par Ouattara, a affirmé que le bitume mis sur les routes n’est pas de bonne qualité, il est ‘’biodégradable’’, pour signifier que les routes bitumées s’effondrent aussitôt réalisées. 

« Vous êtes venus de toutes les contrées par des routes chaotiques. Des routes soi-disant bitumées, du bitume biodégradable », a-t-il déclaré devant ses militants et sympathisants.

Mercredi 23 octobre 2019, Guillaume Soro, qui a invité des journalistes à diner dans un restaurant parisien, va enfoncer le clou. L’ancien président ivoirien de l’Assemblée nationale a critiqué les actions du pouvoir Ouattara en ces termes  : « Quand on voit le potentiel, je me dis que le butin est maigre. On dit que la Côte d’Ivoire a une croissance de 9 %, mais c’est une croissance appauvrissante. J’assume le premier mandat, mais je me suis longtemps fait berner par les chiffres macroéconomiques. Si on parle encore de Gbagbo, c’est que Ouattara n’a pas fait mieux », a-t-il fait savoir, avant d’ajouter : « Ouattara, c’est du passé, il ne va plus se représenter. »

Le 28 octobre dernier, les cadres du RHDP ont répliqué au cours d’une conférence de presse à Abidjan. 

Le directeur exécutif du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix, Adama Bictogo, a été très amer à l’endroit de ses ex-alliés.

 « Avec tout le respect que j’ai pour le président Bédié, on ne peut pas être aussi amnésique que cela. Nous sommes juste à quelques minutes du troisième pont. On a encore en mémoire le discours du président Bédié. Ce goudron « biodégradable » porte le nom Henri Konan Bédié. Pourquoi accepte-t-il ce fait ? », a ironisé Bictogo.

Si à l’égard du président du PDCI, il a tenu des propos mesurés, l’ancien ministre de l’Intégration africaine était plus critique et sans retenue, concernant Guillaume Soro. « On retient de lui qu’il a été un bon chef rebelle. Aujourd’hui, il n’est pas notre préoccupation. Sur l’économie il ne peut pas comprendre la croissance inclusive. Quand on parle de croissance inclusive, il faut avoir un minimum de connaissances économiques. Ce qui n’est pas son point fort. Je voudrais rappeler avec tout le respect qu’on a pour sa petite personne, qu’il n’est pas brillant en économie (…) Il a certes du talent ailleurs, car il a été un excellent chef rebelle. », a déclaré Bictogo qui a en outre raillé les conditions de l’annonce de la candidature du président du comité politique : « La candidature de Guillaume Soro est un non-évènement. On n’a pas à répondre à une candidature annoncée dans les hôtels. On ne répond pas aux candidatures d’hôtels ».

Cette sortie a fait réagir le  député proche de Soro, Alain Lobognon,  qui a décidé de « rafraichir »  la mémoire du directeur exécutif du parti au pouvoir, en rappelant à Adama Bictogo que le président de la République, Alassane Ouattara,  a été déclaré élu dans un hôtel. « Le président de la République qu’il sert aveuglément a prêté serment dans un hôtel », a-t-il martelé.

Comme on le voit, entre ex-alliés de la scène politique ivoirienne, le bon ton n’est plus de mise, et on ne se fait pas de cadeaux. À ce rythme, quid de la réconciliation, qui devrait conduire à une paix durable ? 

À un an des prochaines élections en Côte d’Ivoire, l’horizon s’assombrit de jour en jour. Et sans être de mauvaise augure, on peut affirmer, de façon péremptoire, que si rien n’est fait pour désarmer les « langues », les acteurs de la politique ivoirienne vont conduire inéluctablement le pays dans le chaos. On ne le dira jamais assez, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

 

AUTEUR: Axel Illary
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