Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Mali : la France et le Groupe Wagner en pleine guerre de l’information

Les forces militaires françaises ont déclaré avoir filmé des mercenaires russes en train d’ensevelir des corps près de la base de Gossi.

L’armée française a délivré à plusieurs médias, une vidéo dans laquelle on peut distinguer 11 hommes en tenue militaire entourant un charnier. Parmi ces hommes, certains creusent le sable et ensevelissent une dizaine de dépouilles. Il s’agissait de faire porter la responsabilité du massacre aux soldats de l’opération « Barkhane ».

La scène se déroule dans le nord du Mali, du côté de la base militaire de Gossi.  La qualité des images de cette vidéo, prise par des moyens aériens, vraisemblablement un drone, permet d’identifier les treillis des hommes qui s’affairent autour du charnier. Ces uniformes ne sont pas ceux de l’armée malienne. « Des renseignements très précis nous font dire que ce sont les hommes de Wagner. On n’a aucun doute » a déclaré l’armée française.

« Notre mission reste le combat contre les groupes armés terroristes [GAT], pas la surveillance de Wagner, mais l’on se doutait qu’il allait se passer quelque chose après notre départ de Gossi, qu’une manipulation allait se produire. On a donc anticipé », explique un officier français. Ce ne sont pas les premières opérations de manipulation que l’armée française essuie.  Précédemment des accusations portant sur les militaires français de « Barkhane » avaient été dénoncées :  exactions diverses, trafic d’or ou d’armes à destination des djihadistes, comme lorsqu’un convoi français avait été bloqué à Téra, au Niger, en novembre 2021, provoquant la mort de trois manifestants.

Tous ces épisodes seraient le fait du groupe russe Wagner, considéré comme très proche du Kremlin, qui a déployé plus de 1 000 mercenaires aux côtés de la junte malienne depuis 4 mois. Le mardi 19 avril, la base de Gossi a été transférée aux Forces armées maliennes (FAMa). Cependant l’armée française maintient une surveillance sur la zone et sur les réseaux sociaux. C’est mercredi qu’a été observée l’installation sur le site de Gossi d’« une dizaine d’individus de type caucasien, appartenant très probablement au Groupe Wagner », et d’un détachement de militaires maliens. Puis une photo aérienne du camp montre un petit groupe de soldats, probablement maliens, dormant à la belle étoile, à côté de tentes.

L’attaque informationnelle a eu lieu mercredi : « quand on a vu un premier tweet mercredi à 22 h 06 [évoquant “un crime contre le peuple malien fait par le Français”], on s’est dit que c’était le premier acte d’une attaque informationnelle, relate l’état-major. Le lendemain vers midi, une première photo est apparue, c’était l’acte 2. » Ainsi sur Twitter on peut lire : « c’est ce que les Français ont laissé derrière eux quand ils ont quitté la base à Gossi. (…) On ne peut pas garder le silence sur ça ! » L’acte 3 est la publication d’une vidéo dans l’après-midi de jeudi.

Dia Diarra, l’auteur des tweets se présente comme un « ancien militaire/patriote malien/analyste politique » et affiche sur son profil la photo du colonel Assimi Goïta, le président de transition du Mali. « Il s’agit très certainement d’un faux profil créé par Wagner », selon les analyses de l’armée française.

Le jeudi 21 avril à 9 h 50, un drone a filmé la scène d’ensevelissement. On peut y distinguer au moins un individu filmant ou photographiant l’action. La position et les mouvements de ce dernier correspondent aux photos publiées par Dia Diarra. Selon l’armée française, ils tiennent « la preuve d’une manipulation » destinée à incriminer « Barkhane ».

La vidéo filmée par le drone donne à l’armée française l’opportunité de mener une contre-offensive. Riposter doit permettre d’éviter d’être associée au charnier et couper court aux accusations et divagations qui sont répandues sur les réseaux sociaux. Nous sommes alors en pleine « guerre des perceptions », selon les termes du chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard.

Selon l’armée française, les dépouilles du charnier « pourraient provenir de l’opération menée par Wagner et l’armée malienne à Hombori, le 19 avril, où près de 600 personnes ont été arrêtées. ». Selon les dires, dans le centre du Mali, les exactions commises par les soldats maliens et leurs mercenaires russes se multiplient. Ainsi depuis le début de l’année, 450 personnes ont été tuées lors d’opérations conjointes.

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