Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Au Nord-Kivu, l’implication rwandaise est désormais officielle
M23 Rwanda RDC - Tribune Ouest

Un véritable séisme dans la région des Grands Lacs. Un rapport confidentiel du groupe d’experts des Nations-Unies sur la République démocratique du Congo (RDC), transmis aux États-membres du Conseil de sécurité de l’ONU, affirme détenir des « preuves solides » sur le soutien militaire du Rwanda au groupe armé « M23 », qui sévit de nouveau en RDC. Félix Tshisekedi, président de la RDC, a dénoncé « une agression lâche et barbare de la part de son voisin le Rwanda », alors que les exactions commises par le M23 ont entraîné le déplacement forcé d’au moins 200 000 personnes.

Le Rwanda regarde avec avidité les richesses congolaises

C’était un secret de polichinelle,  c’est désormais officiel. Le Rwanda a « fourni des renforts de troupes au M23 pour des opérations spécifiques, en particulier lorsque celles-ci visaient à s’emparer de villes et de zones stratégiques », souligne le rapport de l’ONU, consulté le 4 août dernier par la presse française. Si l’accusation est accablante, le Rwanda persiste encore à nier son soutien logistique et militaire au mouvement du 23 mars (M23), un groupe armé basé dans la région du Nord-Kivu, au nord-est du Congo, l’une des plus richement dotées en matières premières mais aussi l’une plus meurtries par des années de guerre civile. Pour le Rwanda, la déstabilisation de la RDC répond à un impératif stratégique. Kigali regarde en effet jalousement les richesses de son immense voisin congolais, un « scandale géologique » aux 90 millions d’habitants, qui produit les 2/3 du cobalt mondial – essentiel aux batteries des voitures électriques – et détient une grande partie des minerais nécessaires aux smartphones et ordinateurs.

Le Rwanda lorgne ainsi de longue date sur les immenses richesses de la RDC et du Nord-Kivu et mène, depuis plusieurs années, une politique prédatrice profitant des failles de l’État congolais et de la complicité active de nombreux dirigeants locaux. « Le vrai enjeu pour Kigali, c’est de garder la mainmise sur le Nord-Kivu, un grand territoire voisin que les Rwandais exploitent depuis des années. Ils profitent de la contrebande minière et de celle du bois », explique ainsi Thierry Vircoulon, chercheur à l’Institut français pour les Relations internationales (IFRI), au média français TV5 Monde. « Des minerais en provenance du Congo passent au Rwanda au moyen de la contrebande. Il s’agit de taxes qui échappent à l’Etat congolais », complète pour TV5 Monde Pierre Boisselet, un très fin connaisseur de la région. Et la politique agressive du Rwanda n’est d’ailleurs pas dénuée de succès, le pays s’étant imposé comme le premier expéditeur mondial de coltan et le troisième de tantale sans en posséder un gramme dans ses sols. « Des minerais de sang » venus du Congo voisin qui font aujourd’hui la richesse et le prestige de la « Singapour de l’Afrique ».

Crimes de guerre et atteintes aux droits de l’homme se multiplient  

Bien qu’écrasée en 2013, la rébellion du M23 a repris les armes il y’a plus d’un an, accusant le Congo de ne pas avoir respecté les accords sur la réinsertion des combattants. Sur un plan opérationnel, le soutien rwandais lui a permis de changer d’échelle. Depuis la fin de l’année 2021, le champ d’action des rebelles du M23 ne cesse de s’élargir en RDC, ceux-ci connaissant, selon le rapport de l’ONU, une « augmentation des effectifs », un « plus haut degré d’organisation » mais aussi un « réapprovisionnement substantiel en matériel ». En août, le territoire contrôlé par le M23 était trois fois plus grand qu’en mars.

Sur les méthodes du M23, aucun changement n’est malheureusement à signaler et les atteintes aux droits de l’Homme se multiplient. « Depuis que le M23 a pris le contrôle de plusieurs villes et villages du Nord-Kivu en juin, il a commis le même type d’exactions horribles contre les civils que nous avons documentées par le passé », souligne Thomas Fessy, chercheur à Human Rights Watch, pour France TV Info.

Timidité des condamnations internationales

Sur les réseaux sociaux, la pression monte doucement sur Kigali avec l’émergence du hashtag #RwandaIsKilling et les critiques fusent contre les principaux clubs sportifs sponsorisés par le Rwanda, notamment le Paris Saint-Germain, qui a ouvert une académie de football dans le sud du pays en mai dernier.

Face aux preuves qui s’accumulent, les condamnations internationales restent discrètes. Le Royaume-Uni, qui vient de signer un accord avec le Rwanda pour lui faire accueillir ses migrants expulsés, ne souhaite pas froisser Kigali, tandis que la France cherche coûte que coûte à maintenir des relations apaisées avec le président Kagamé après des années de tensions plus ou moins affirmées sur fond de mémoire du génocide tutsi. « Tous les pays doivent respecter l’intégrité territoriale de leurs voisins » s’est de sa part contenté d’affirmer Antony Blinken, le secrétaire d’État américain. Les organisations gouvernementales espéraient pourtant mieux et souhaitaient que « les États-Unis (imposent) des sanctions ciblées aux responsables gouvernementaux et aux autres personnes qui soutiennent des groupes armés qui commettent des abus ». Une issue malheureusement peu probable.

Au Congo, on espère simplement « que les conclusions (du groupe d’experts) seront vite tirées pour mettre fin à l’ingérence du Rwanda et ramener une paix durable », selon Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais.

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