Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
À quelques jours de leur concert au Zénith de Paris, Les Patrons à coeur ouvert : « Pourquoi nous avons chanté NÈGRE NOIR »

Le 10 septembre 2022, le groupe ivoirien Les Patrons sera en concert au Zénith de Paris, à l’occasion de la célébration de ses 20 années de carrière musicale. Plusieurs fois nominée en Côte d’Ivoire et en Afrique, la formation zouglou s’est révélée en 2002, à la sortie de son premier album Nègre Noir. Dans une interview vidéo accordée à La Dépêche d’Abidjan, que nous vous proposons en exclusivité, Les Patrons évoquent entre autres la paix en Côte d’Ivoire et en Afrique, le panafricanisme et la renaissance culturelle africaine.

Vous totalisez 20 ans de musique, qui seront célébrés au Zénith de Paris, au cours d’un concert que  vous donnez le 10 septembre 2022. Dans quel état d’esprit préparez-vous ce spectacle et comment abordez-vous cette étape de votre carrière ?

Nous préparons ce concert historique dans un bon état d’esprit. Nous abordons cette étape  de notre carrière de la plus belle des manières, parce que nous avons le soutien de tous les Ivoiriens et de tous les zouglouphiles. Nous bénéficions aussi de l’appui institutionel du ministère de la culture et de l’ambassade de la Côte d’Ivoire en France. Nous plaçons ce concert sous le signe de la Paix et de la réconciliation véritable en Côte d’Ivoire. C’est le message que nous projetons de passer, entre autres, le 10 septembre 2022. 

C’est vrai, nous faisons de la musique, tout le monde sait qu’on fait de la musique. Mais quels sont les messages que nous passons, en tant qu’Ivoirien, en tant qu’Africain ? Je pense que nous devons profiter de ce genre d’occasion pour véhiculer les messages qui nous tiennent à coeur. Ce sera donc le moment de parler de certains thèmes forts, notamment l’union, la solidarité et la paix en Côte d’Ivoire.

Vous avez été révélés au public ivoirien en 2002. Parlez-nous de vos débuts dans la musique.

Clemso :  Nous avons commencé avec le woyo ou ambiance facile, comme nos devanciers. Ensuite, l’idée d’en faire un métier a germé.

Éric soutient que c’est vous qui êtes à l’initiative de la création du groupe. Comment cela s’est passé ?  

Clemso : En effet, c’est moi qui ai motivé tout le monde pour qu’on prenne notre art au sérieux.  J’ai expliqué qu’on pouvait faire comme nos devanciers et en vivre. Ils y ont cru et  ils se sont joints à moi.

Il y a aussi eu le groupe Bébé Gazeur,  avant les Patrons…

Éric : Oui, à nos débuts en 1996, on suivait les traces de nos aînés. Clemso et moi avons rejoint le groupe Bébé Gazeur qui existait déjà. Je suis devenu le leader par la suite. C’est une période qui nous permis de nous former. Parce que le zouglou est une école. Aujourd’hui, certains de la nouvelle génération font du zouglou sans forcément passer par le woyo. Ce n’est pas plus mal, ils apportent leur touche, mais je pense que le woyo, c’est la base du zouglou.

Votre premier album est baptisé « Nègre Noir ».  Pourquoi ce pléonasme ?

Éric : C’est justement pour faire ressortir le côté sombre de notre continent. Le bourreau de l’Afrique, c’est l’Africain. C’est un pléonasme volontaire, pour attirer l’attention des Africains, pour rappeler à toute l’Afrique que personne ne viendra développer notre continent à notre place. L’Afrique est le berceau de l’humanité, comme nous l’avons chanté, le continent regorge de nombreuses ressources, mais sa population souffre. « Nègre Noir »  est un titre qui interpelle les Africains.

Comment définissez-vous le Zouglou, le genre musical que vous pratiquez ?

Éric : C’est une philosophie. Asalfo du groupe Magic System, qui est l’un des parrains du concert du 10 septembre au Zénith, l’expliquait dans un reportage. Le zouglou comporte plusieurs entités. C’est l’identité musicale de la Côte d’Ivoire. 

Dans l’un de vos titres, vous fustigez le comportement de certains « présidents qui se maintiennent au pouvoir», vous dénoncez les chefs d’État qui veulent mourir au pouvoir. Croyez-vous en la démocratie en Afrique ?

Éric : On ne peut pas s’ériger en chantre de la démocratie et en même temps braquer le pouvoir. Nos présidents doivent comprendre que quand on parle de démocratie, c’est pour favoriser le changement. Car c’est le changement qui permet à chacun d’apporter ce qu’il peut. S’il n’ya pas de changement, on est dans la monotonie. Et quand on ne s’en rend pas compte, le peuple souffre. Il faut qu’on respecte les lois qu’on a votées.

À votre arrivée à l’aéroport de Paris-Orly, vous avez déclaré que vous placez votre concert sous le sceau de l’intégration africaine. On est tenté de vous demander : L’unité du continent est-elle possible, alors que les ethnies, le tribalisme, la religion, les frontières etc. divisent les Africains ?

Éric : Tout dépend de nos dirigeants. Il faut une volonté politique pour que l’unité de l’Afrique soit une réalité.

Clemso : J’ai un enfant dont la mère est d’origine sénégalaise. Les frontières ne devraient pas nous diviser.

Éric : Il faut que les politiciens africains cessent  d’instrumentaliser la religion, la tribu, l’ethnie etc. pour assouvir leurs intérêts égoïstes. Car cela engendre toutes les crises auxquelles nous sommes confrontés.

Vous prônez le panafricanisme ?

Absolument

L’Afrique noire est le berceau de l’humanité. Vous l’avez chanté, vous confirmez cela ?

Oui.

L’Afrique noire est aussi le berceau de la civilisation !  Qu’est-ce que cette assertion vous inspire ?

Éric : L’Afrique est le berceau de l’humanité. On a gouverné l’humanité. L’Égypte a civilisé le reste du monde. 

Ce sont les drames que nous avons vécus qui nous ont abrutis. La traite négrière, l’esclavage et la colonisation nous ont déshumanisés. Nous sommes aujourd’hui dominés par ceux qui nous ont vaincus. Mais nous pouvons sortir de cette situation avilissante. Nous y croyons. Parce qu’il n’y pas de vie sans espoir. C’est possible, si on reste unis.

Cette vérité historique semble cependant être ignorée. On peut donc affirmer que l’histoire de l’humanité est falsifiée ! Qu’en pensez-vous ?

Éric : C’est exact. Mais une fois de plus, c’est aux dirigeants africains de prendre leurs responsabilités pour  redonner à l’Afrique sa dignité.

Le savant Cheick Anta Diop et bien d’autres personnalités, comme l’ancien président sud-africain, Thabo M’béki,  préconisent la renaissance culturelle, pour libérer l’Afrique de la domination étrangère. Souscrivez-vous à cette thèse ? Partagez-vous cet avis ?

Éric : C’est un combat noble qui doit être poursuivi. C’est un combat qu’on doit comprendre et accepter.  C’est une lutte à mener pour l’émancipation de l’Afrique. L’Afrique doit être libre. C’est une position que nous défendons dans nos chansons. 

Le Zénith de Paris est un espace mythique. Vous allez vous y produire pour la première fois le 10 septembre 2022. Votre parcours plaide certes en votre faveur. Mais n’avez-vous pas d’appréhension ? Il faudra quand même 7000 personnes pour remplir la salle !

Clemso : Quand je jouais au Djembé à Marcory, je ne savais pas qu’un jour je jouerais au palais de la culture  d’Abidjan. J’ai mûri l’idée, j’avais foi en l’avenir. Alors, pourquoi pas le Zénith de Paris, aujourd’hui ?

Éric : Le Zénith est une salle de spectacle. Notre statut d’artiste nous permet de nous produire dans cet endroit. Nous ne sommes pas les premiers et nous ne seront pas les derniers. Le talent ne suffit pas.C’est le fruit de notre travail qui va nous faire jouer au Zénith de Paris.  Non, nous n’avons pas d’appréhension, sinon on ne ferait pas de la musique. On demande à tous les Africains, à tous les Ivoiriens de la diaspora, à tous les mélomanes de venir célébrer avec nous nos 20 ans de musique au Zénith de Paris.

Quelles sont vos projets ?

On a deux tournages de clips à réaliser ici, à Paris. On a un single en préparation, pour la fin de l’année.  Il y a aussi  la tournée nationale et africaine qu’on doit terminer. Après, on sortira des chansons.

AUTEUR: Axel Illary
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