Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Mobilisation pour le Mali à Paris – Des associations panafricanistes contre la CEDEAO

Samedi 5 février 2022, un rassemblement pour le Mali s’est tenu à Paris, à l’initiative des associations panafricanistes. Pour les organisateurs de cette rencontre, « la CEDEAO est la main de la France. »

C’est pour dénoncer les récentes décisions prises par la communauté économique de États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) contre le Mali, en vue de sanctionner la junte au pouvoir, que des manifestants ce sont regroupés à la place de la Bastille, pendant que d’autres organisations se rassemblaient à la place de la République pour la même cause. « Nous sommes ici pour dénoncer les mesures arbitraires et illégales de la CEDEAO. Nous considérons que les peuples doivent être protégés par la CEDEAO. Il n’est pas normal qu’on se retrouve avec des sanctions comme au Mali, comme en Guinée. Heureusement que pour le Burkina Faso, la CEDAO a su s’arrêter à temps », a déclaré Adiouma Sirima du mouvement burkinabé des droits de l’Homme et des peuples.

« Si nous avons choisi la place de la Bastille, c’est parce que le Mali est en révolution,  l’Afrique est en révolution. Et une révolution contre quoi ? Contre l’impérialisme, la colonisation, la néocolonisation, la mal gouvernance, la corruption. L’Afrique a des richesses qui ne profitent pas à sa population. Nous sommes pauvres alors que nous sommes riches. (…) Notre lutte, c’est pour la libération de l’Afrique du néocolonialisme, de l’impérialisme et de tous ces oligarques qui vivent sur le dos de l’Afrique. (…) Ceux qui dirigent les peuples sont très loin de nous. La CEDEAO des peuples qui  devrait être auprès des peuples, c’est cette CEDEAO qui sanctionne le peuple malien, parce que c’est la main de la France », a martelé de son côté Ramata Fama.

Dans le même sens, un manifestant soutient que l’organisation sous-régionale est à la solde de la France : « Le Mali demande sa souveraineté, la libération de son sol, la CEDEAO, qui est un instrument de la France, sanctionne le pays. (…) Aujourd’hui, l’occasion nous est donnée par la Mali, pour consolider la panafricanisme. »

« Nous sommes ici pour faire passer un message. Nous voulons parler de l’Afrique qui veut sa souveraineté réelle, nous voulons parler de l’Afrique qui doit être unie. Nous voulons dénoncer la position de la CEDEAO qui n’a pas été au chevet d’un pays comme le Mali », a dit pour sa part le cyber-activiste Okossissi Babanicolo.

Selon Thibeau Obou, président de l’association Africains du monde, « Le rassemblement d’aujourd’hui a pour but de faire en sorte que tout le monde prenne conscience qu’il n’ y a que nous qui pouvons faire la lutte. Personne d’autre ne la ferra à notre place. Chaque Africain doit être un soldat de cette libération, pour qu’on ait une Afrique autonome (…) Il faut aussi expliquer au public français et européen qu’il y a de l’or dans leurs trésors publics, mais c’est de l’or africain. Et il va falloir que cet or retourne en Afrique. »

Le Mali est sanctionné par un embargo de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, dont les chefs d’États et de gouvernements, réunis à Accra, le 9 janvier, ont décidé de fermer les frontières avec le pays et de suspendre les échanges commerciaux en dehors des produits de premières nécessité. Ils ont aussi décrété de suspendre les aides financières et de geler les avoir du Mali à la BECEAO, la banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. En effet, la CEDEAO réagissait à la volonté de la junte, qui a pris le pouvoir en août 2000, de conduire la transition militaire pendant 5 ans. Selon l’organisation, cette proposition « signifie simplement qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendra le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années. » 

Cependant, à en croire l’un des organisateurs de la manifestation, « la transition est soutenue par le peuple du Mali, c’est le peuple qui veut la vraie souveraineté malienne, l’indépendance et la sauvegarde de l’intégrité du territoire. » (…)  « Les soldats français qui sont tombés sont nos frères. Ils sont tombés à cause d’une politique qui ne dit pas son nom. Nous dénonçons la politique française chez nous, Ils sont victimes de la politique menée chez nous que nous dénonçons. (…) On ne doit pas opprimer un État à cause des ses propres profits. Aujourd’hui, le Mali ne demande qu’à revoir les contrats. Parce que l’objectif de la mission n’a pas été atteint depuis plus de 10 ans. Donc la transition malienne veut une révision des accords de défense signés avec les partenaires, parce qu’il n’y a pas de résultat. La situation du Mali va de mal en pis. Depuis que la transition est venue, la peur a changé de camp au Mali. Maintenant, ce sont les terroristes qui se cachent. L’armée malienne maîtrise complètement le territoire du Mali. Le résultat obtenu en une semaine n’a pas été obtenu depuis plus de dix ans », a-t-il signifié.

« Les coups d’État indiquent que quelque chose ne va pas »

Mercredi 8 septembre, la CEDEAO a suspendu la Guinée de « toutes ses instances de décision » après le coup d’État militaire du colonel Mamadi Doumbouya contre le président Alpha Condé. 

Lors du sommet  extraordinaire de la conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, le 3 février 2022 à Accra, ces sanctions ont été maintenues contre la Guinée et il a été demandé à l’autorité de transition de « mettre en place un calendrier devant conduire au rétablissement de l’ordre constitutionnel. »

La Conférence a également condamné la tentative de coup d’Etat, le 1er février 2022 en Guinée Bissau et décidé de l’envoi d’une Force d’appui à la stabilisation du pays.

Concernant le Burkina Faso, elle a confirmé sa suspension de toutes les institutions de la CEDEAO jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel et appelé « l’autorité militaire à mettre en place les organes de la  transition, à adopter un calendrier électoral et favoriser le retour à l’ordre  constitutionnel le plus rapidement. » Un  coup d’État  militaire a eu lieu dans ce pays le du 24 janvier 2022, avec le renversement du président Marc Rock Kaboré par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba.

« Dans le principe, nous condamnons tout coup d’État, parce que ça sanctionne toujours un échec. Et là en l’occurence c’est un échec de la classe politique burkinabé qui a été incapable de se mettre à la hauteur des enjeux, des attentes de notre peuple, notamment depuis que le peuple burkinabé a chassé du pouvoir Blaise Compaoré pour demander autre chose, depuis cette date, le peuple attend, lutte même, mais rien n’arrive. On ne saurait justifier un coup d’État, mais on peut comprendre qu’il y avait une exaspération, on peut comprendre qu’il y a avait un ras-le-bol, et que la pouvoir de monsieur Rock Marc Christian Kaboré s’est révélé incapable d’apporter un tant soit peu des réponses à la question de la sécurité, à la question de la vie chère, à la question des libertés. Le coup d’État n’est pas une fin en soi. Nous attendons, nous exigeons de ceux qui sont là, qu’ils prennent en compte que c’est un peuple qui s’est battu et qui continuera de se battre autour de ses droits », argumente Adiouma Sirima, du mouvement burkinabé des droits de l’homme et des peuples.

« Ces coups d’État traduisent un malaise de nos populations. Et le mal est profond. Ces coups d ‘État sont venus mettre fin à un processus démocratique. Nous, en tant que démocrates, nous n’approuvons pas et nous n’approuverons jamais un coup d’État. Les coups d’État sont un indicateur de quelque chose qui ne va pas », soutient Adissa Alira, une militante des droits de l’Homme.

Pour le président Ghanéen, Nana Akufo-Addo, « la résurgence des coups d’État dans notre région est un sujet de grave préoccupation. » « Cette évolution remet en cause le mode de vie démocratique qu’on a choisi », a-t-il déploré, à la conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, le 3 février 2022 à Accra.

C’est pourquoi Macky Sall, le président du Sénégal, invite à « réfléchir sur ces coups d’État malgré les sanctions (…)

AUTEUR: Axel Illary
Réagir à cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

226 000 passagers ont été enregistrés dans les aéroports du Cap-Vert au mois d'août 2022. Une donnée démontrant que la reprise touristique post-crise Covid se poursuit doucement mais surement sur l'archipel. Selon l'Agence Ecofin, qui relaie l'information, les données attestent d'un "flux de 167 279 passagers internationaux et 58 719...
Le procès était attendu. En exil au Burkina Faso depuis 2009, le capitaine Dadis Camara est rentré en Guinée, le 21 décembre 2021, pour répondre  à la convocation de la justice de son pays, à en croire ses avocats. Il comparait  devant le tribunal, depuis mercredi, avec une dizaine de...
La Banque centrale nigériane a augmenté son principal taux de prêt à 15,5% pour contrer une inflation nationale, mais aussi mondiale, de plus en plus galopante.  Contrer l'inflation et limiter la pression intense conjoncturelle pesant sur la monnaie nigériane, le naira, tel est l'objectif à très court terme mené par...
TRIBUNES LIBRES
Il existe deux types d’intellectuels. Il y a d’un côté,...