Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Soupçon de déstabilisation de l’État déjoué au Burkina Faso

Quinze personnes interpellées après une vague d’arrestations lancée par les autorités qui justifie l’opération en s’exprimant sur « projet de déstabilisation des institutions de la République ». 

Le mardi 11 janvier le parquet militaire a annoncé l’arrestation de plusieurs militaires soupçonnés de préparer un « projet de déstabilisation des institutions de la République ». Ce sont quinze personnes qui ont été interpellées, « deux officiers, sept sous-officiers, un militaire du rang et cinq civils », a annoncé Aimé Barthélémy Simporé, le ministre des armées. Les arrestations font suite à une « dénonciation d’un membre de la bande ». Deux civils et un militaire ont été relaxés à l’issue des premières auditions alors que l’on compte douze personnes toujours en détention préventive. Et ce « pour les besoins de l’enquête ».

Au Burkina Faso, les rumeurs de coup d’État courent depuis longtemps déjà tant le climat est délétère. Déjà en novembre 2021, le pays faisait face à une série de manifestations contre les autorités. La population montre des signes d’exaspération, tant constat est fait de l’aggravation des violences dans le pays. Aussi une nouvelle marche est prévue le 22 janvier dans la capitale, Ouagadougou. Alors que

Parmi les militaires arrêtés, apparaît le nom du « plus haut gradé » d’entre eux, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana. Celui-ci était le chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando, situé à Ouahigouya, dans le nord du pays. Emmanuel Zoungrana avait été relevé de son poste en décembre et attendait d’être réaffecté, suite de l’attaque d’un détachement militaire à Inata, dans le Nord, mi-novembre. L’attaque avait officiellement fait cinquante-sept morts.

Au sein des rangs de l’armée, le mécontentement ne cesse de grandir depuis le drame d’Inata. En effet cette attaque avait permis de révéler les dysfonctionnements dans le ravitaillement alimentaire et logistique des forces de sécurité déployées sur le terrain. Déjà avant l’attaque, le chef du détachement informé sa hiérarchie, rapportant manquer de nourriture au point d’être obligé de chasser en attendant la relève.

Le 27 novembre, des milliers de personnes avaient manifesté dans plusieurs villes du pays pour dénoncer l’ « incapacité » du pouvoir à endiguer les violences et pour exiger la démission du chef de l’Etat. Pour la première fois dans le pays, le gouvernement burkinabé avait suspendu l’accès à l’Internet mobile pendant huit jours, pour des « raisons de sécurité ».

En réponse à la colère des populations, le président, Roch Marc Christian Kaboré, a annoncé une série de limogeages au sein de l’armée et nommé un nouveau premier ministre.

La veille des arrestations, la connexion Internet avait été rompue près de quinze heures, selon l’ONG NetBlocks, sans que l’on en sache la raison. En l’attente des avancées de l’enquête, les spéculations vont bon train sans que l’on sache les motivations réelles des pseudo-putschistes.

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