Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire : le secteur de l’énergie en pleine mutation

L’Etat reprend en main la Société nationale d’opérations pétrolières (Petroci). Une décision qui devrait permettre de « lever toute confusion judiciaire », peu après une découverte pétrolière majeure. Explications.

Sous l’apparence d’un réglage technique, une réforme majeure vient d’être annoncée par le gouvernement ivoirien. « Petroci Holding n’est plus une société anonyme à participation majoritaire de l’Etat, elle redevient une société d’Etat au capital détenu entièrement par l’Etat de Côte d’Ivoire », a déclaré mercredi 20 octobre Amadou Coulibaly, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Pour les autorités ivoiriennes, il s’agit de « lever toute confusion judiciaire » pouvant nuire à la société. En 2001, sous la présidence de Laurent Gbagbo, 5 % du capital social de Petroci a été cédé aux salariés de la compagnie, ce qui en a fait une société à participation financière publique. Seulement, si le statut a bien changé, la cession du capital n’a jamais été mise en œuvre. Une situation ambiguë que les adversaires de Petroci n’ont pas manqué d’exploiter. « Sous le statut de société à participation financière publique, l’entreprise était vulnérable dans le cadre d’exécution de décisions de procédure arbitrale ou judiciaire », explique un connaisseur du dossier. « En redevenant société d’État, détenue à 100 % par ce dernier, Petroci est désormais couverte par l’immunité garantie aux entreprises publiques par la législation Ohada », ajoute-t-il.

L’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada) est une organisation gouvernementale visant à encourager les investissements en Afrique en proposant un cadre juridique commun. Or, dans le cadre de l’exploitation du gisement « Baleine », le gouvernement ivoirien a intérêt à assurer ses arrières.

Méga-découverte pétrolière

« Une découverte majeure de pétrole dans le bassin sédimentaire de la Côte d’Ivoire vient d’être faite par la société italienne Eni dans le bloc CI-101, en eaux profondes, opéré en consortium avec la société nationale Petroci Holding », a annoncé Thomas Camara, ministre ivoirien des Mines et du Pétrole, le 1er septembre dernier. Ajoutant que « les réserves découvertes concernent du pétrole brut et du gaz naturel associé ».

La méga-découverte de la société italienne a ravivé les ambitions ivoiriennes. « Le potentiel peut être estimé de manière préliminaire à environ 1,5 à 2 milliards de barils de pétrole brut d’une part, et à environ 1 800 à 2 400 milliards de pieds cube de gaz associé d’autre part », a précisé M. Camara, se félicitant « d’une découverte importante qui viendrait ainsi fortement accroître les réserves de la Côte d’Ivoire, ainsi que sa production pétrolière et gazière dans les années à venir ».

Ce nouveau gisement devrait faire progresser de 65 % les réserves en gaz naturel et multiplier par 10 celles du pétrole brut. Il s’agit certes d’une aubaine pour l’Etat ivoirien. Mais quid de la stratégie de défossilisation du mix énergétique ? La Côte d’Ivoire s’était engagée à ce que 42 % de son énergie soit renouvelable à l’horizon 2035, contre 34 % en 2020.

Améliorer les conditions de vie des Ivoiriens

Pour Youssouf Carius, PDG de Pulsar Partners, un fonds d’investissement ivoirien, « il ne faut pas opposer les deux (découverte du gisement et ambition écologique, ndlr). Le renouvelable ça coûte cher, et pour investir on a besoin de faire rentrer des recettes, celles du pétrole notamment, mais aussi de s’industrialiser et cela passe par de l’électricité immédiate et bon marché ».

Afin d’encourager l’exploration, la Côte d’Ivoire s’est dotée d’un nouveau code pétrolier en 2015. Objectif : attirer de nouveaux investisseurs grâce à des contrats de partage de production. Le pays dispose de 51 champs identifiés dont 4 en production, 26 en exploration et 21 encore libres ou en négociation.

Tandis qu’Alassane Ouattara espère voir son pays intégrer le club de producteurs africains ou a minima, celui des producteurs du Golfe de Guinée, les jeunes Ivoiriens s’attendent à voir leurs conditions de vie s’améliorer. « On ne va pas seulement investir en termes de pétrole, de gaz, d’énergie, mais en termes de postes de travail, et développer le contenu local des petites et moyennes entreprises. Donc, regarder aussi l’exploitation minière comme une opportunité pour développer le pays, pas seulement l’énergie mais dans les compétences », a déclaré Claudio Descalzi, PDG du groupe italien Eni.

Pour Serge Parfait Dioman, expert en industrie pétrolière et énergie, la perspective est également réjouissante. « Des emplois nouveaux inhérents à la spécificité et la rigueur de l’industrie pétrolière verront le jour ». L’expert annonce notamment la consolidation du leadership régional de la Côte d’Ivoire, qui reste à ce jour la locomotive de l’Afrique de l’Ouest.

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