Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – La naissance du Parti des Peuples Africains au coeur de la polémique 

Avec la création du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), qui a vu le jour dimanche 17 octobre 2021 à Abidjan, Laurent Gbagbo endosse une posture panafricaniste. « Le Panafricanisme n’est pas un slogan, c’est une réalité », a-t-il proclamé lors du congrès constitutif de son parti. Mais cette profession de foi est diversement interprétée. Les pourfendeurs du nouveau patron du PPA-CI l’accusent de « faire du populisme ». 

« Ils ne savent pas ce que signifie le mot panafricanisme. Ils en parlent comme ça, sans doute parce que ça sonne bien. M. Gbagbo est un ultra nationaliste et non un panafricaniste. Rien que dans la sous-région africaine, la Côte d’Ivoire n’avait plus d’alliés, sous son règne. Aucun pays africain n’a vraiment épousé sa querelle. La résolution autorisant les frappes françaises sur le Palais a été votée à l’unanimité du Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est tout dire. Qu’est-ce que ce dirigeant qui prétendait mener un combat panafricaniste auquel ne se sentait concerné aucun Africain ? » Ces propos attribués à l’écrivain Tiburce Koffi font partie du lot de récriminations à l’encontre de Laurent Gbagbo. Depuis l’annonce de la création de son nouveau parti qu’il a fondé après avoir abandonné le Front Populaire ivoirien à son ancien premier ministre, Pascal Affi N’guessan, l’ex- président ivoirien est l’objet de nombreuses critiques quant à la nature de ses relations avec la France et les autres pays africains, au moment où il était à la tête de la Côte d’Ivoire. 

Dans une un vidéo publiée en 2013, le Pr Mamadou Koulibaly, qui était interviewé par Equinoxe TV,  déclare que « Le président Gbagbo a toujours fait (…) des faveurs pour la France. » Sur le plateau de la chaîne camerounaise, l’ancien président de l’assemblée nationale, sous le régime de la « Refondation », a blâmé la politique de Laurent Gbagbo vis-vis de la France : « Il s’entendait très bien avec le président Nicolas Sarkozy, par rapport à ce qu’il nous a dit, et Sarkozy lui a dit « il n’ y a que vous pour gouverner ce pays-là », il n’a eu aucune difficulté à renouveler les contrats sur l’eau, sur l’électricité, sur le téléphone, avec Bouygues et France Télécom, aucune difficulté à donner le terminal à conteneur à Bolloré, aucune difficulté à donner les chantiers de Yamoussoukro à Pierre Fakhoury, aucune difficulté à donner, entre les deux tours des l’élection présidentielle, des puits de pétrole, à Total, à la frontière ghanéenne. Et c’est Bolloré qui a financé et soutenu, avec Stéphane Fouks, la communication politique du Président, c’est la Sofres qui a fait les sondages pour le compte du président Gbagbo sur les élections », a-t-il dénoncé. 

Selon le Dr Gnaka Lagoké, professeur d’Histoire et d’Études Panafricaines à Lincoln Université en Pennsylvanie, qui intervenait sur Tempo tv, « on enregistre Laurent Gbagbo comme un panafricain pour la simple raison que son combat pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique, qui était un combat nationaliste, a eu des répercussions panafricanistes. » « Sa résistance contre l’ordre néocolonial français, sa capacité à survivre aux différentes tentatives d’éliminations politique et physique, par les thuriféraires de la France ou par la France, ont positionné Laurent Gbagbo comme le symbole de la résistance africaine, après Nelson Mandela », soutient Gnaka Lagoké, avant de poursuivre : « Ce que j’ai reproché au président Laurent Gbagbo depuis toujours, c’est qu’il n’a pas suffisamment embrassé l’idéal panafricain, il n’a pas une narrative profondément panafricaniste, il n’a pas mis sur pied un agenda programmatique panafricain. Mais son sort a galvanisé les Africains, au nom de la mémoire collective africaine, qui se souvient de la tragédie des leaders politiques africains depuis l’esclavage jusqu’à nos jours.(…) » À l’en croire, « Le fait que le président Laurent Gbagbo, qui est une icône de la résistance africaine, revendique le panafricanisme sur le tard est (…) une avancée qu’il faut savoir apprécier.(…) » Pour lui, « La création du Parti des Peuples Africains ramène à la conscience des peuples africains ce que le RDA a voulu faire, ce que le bloc démocratique sénégalais a voulu faire, ça rappelle à la conscience des Africains la mission historique de la convention du Parti du Peuple de Kwamé N’krumah, ça rappelle à la conscience le Congrès national africain de Nelson Mandela, qui avait une vocation panafricaine. » 

Au cours de son discours tenu lors du congrès constitutif du Parti des Peuples Africains, Laurent Gbagbo a parlé de son engagement en faveur du panafricanisme : « J’ai écouté quelqu’un dire que Gbagbo, quand il était là, il n’a rien fait. Mais si ! J’ai commencé et on m’a fait la guerre. La guerre était une réalité. Je suis le premier Président de Côte d’Ivoire qui a fait élire un ivoirien à la tête de L’OUA. Parce que je croyais à l’organisation panafricaine. Et le secrétaire général de l’OUA, Essy Amara, un diplomate chevronné, a été le 1er secrétaire général de L’OUA. (…) Le Panafricanisme n’est pas un slogan, c’est une réalité », a-t-il martelé. Laurent Gbagbo a également abordé les raisons qui motivent la création du PPA-CI : « Tant que nous sommes dans des micro-États comme ça, nous ne sommes rien. C’est de là que part l’idée du panafricanisme. (…) Aujourd’hui, il y a l’Afrique et l’Amérique Latine qui sont encore fragmentés. C’est pourquoi il faut que les États africains s’unissent, c’est pourquoi il faut que PPA-CI fasse appel aux autres partis progressistes pour que nous nous unissions. Il faut que nous soyons le ferment de la lutte », a argumenté l’ancien président, qui a aussi à son actif la suppression de la carte de séjour pour certains étrangers, intervenue en Côte d’Ivoire pendant sa gouvernance.  

La naissance du PPA-CI apporte certainement un nouveau souffle au panafricanisme. Mais la question reste de savoir quelle place le nouveau parti panafricaniste accorde à la renaissance culturelle de l’Afrique, qui constitue l’un des piliers du projet panafricain.

AUTEUR: Axel Illary
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