Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Afrique : la langue maternelle pour accélérer la maîtrise de la littératie

Si la scolarisation des enfants progresse en Afrique, écrire, lire, converser et compter demeurent encore difficile pour une majorité d’enfants.  

Constat est fait que nombreux sont les enfants qui, en Afrique, atteignent l’âge de 10 ans sans pouvoir comprendre un texte simple. 85 % des écoliers africains qui reçoivent un enseignement primaire dans une autre langue que celle parlée à la maison ne comprennent pas ce qui leur est enseigné à l’école.

 

Sont en jeu, la notion de littératie ; à savoir la capacité à écrire, lire, converser, compter, et la prégnance de la langue maternelle versus la langue de l’enseignement. Ainsi selon Unesco ; en Afrique du Nord, neuf enfants sur dix apprennent à écrire et à lire en arabe littéraire alors qu’ils parlent un arabe dialectal différent. De même en Afrique subsaharienne 8 enfants sur 10 tentent d’acquérir les fondamentaux de la littératie dans une langue majoritaire autre que la langue maternelle.

Si l’éducation universelle est désormais un acquis en Afrique ; la crise de l’enseignement ne facilite pas la prise en main des fondamentaux de base. Une solution pourrait venir de la possibilité de l’enseignement dans la langue maternelle. Cependant, que faire lorsque chaque pays africain compte entre 10 et 90 langues locales ?

L’Afrique doit faire face au défi de l’enseignement et du multilinguisme. Selon Jaime Saavedra-Chanduvi, directeur du pôle éducation de la Banque mondiale « c’est en effet un véritable défi ». Et celui-ci de donner l’exemple de l’Ouganda où près de 14 500 enseignants ont été formés à une pédagogie simplifiée en 12 langues locales depuis 2015. Les résultats sont probants. Ainsi le taux de compréhension des textes par les élèves est passé de 11,7 % à 55,7 % en trois ans.

L’apprentissage de la littératie dans la langue maternelle montre de nombreux avantages dans l’acquisition des connaissances. Constat est fait que cela pose aussi des bases pour introduire une seconde langue. Sachant que de nombreux pays africains ont favorisé le multilinguisme au moment de l’indépendance de leur pays respectif ; le français, l’anglais et le portugais sont bien souvent des langues officielles au côté des langues locales.

L’idée est la suivante :  instruire les enfants dans la langue parlée à la maison dans toutes les matières lors des six premières années de scolarité, et introduire simultanément une seconde langue avant l’arrivée au collège. Faut-il encore que le personnel éducatif soit formé. Ce qui n’est pas toujours le cas. Selon l’Unesco, en 2019, seuls 65 % des enseignants du premier cycle détenaient les compétences requises.

L’introduction du multilinguisme dans l’enseignement vient à rebours d’idées préconçues. Ainsi l’explique Adama Ouane, ex-directeur de l’Institut de l’enseignement continu de l’Unesco et administrateur de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). « On a longtemps pensé que tout apprentissage dans les langues de moindre importance était du temps perdu pour l’acquisition des langues de grand rayonnement, et donc aussi une perte d’employabilité. Or il ne s’agit pas de choisir et d’exclure, mais de construire une éducation avec plusieurs langues dans un monde globalisé. C’est un atout majeur pour les enfants, pour le système éducatif, pour l’inclusion et la cohésion sociale, pour l’autonomie individuelle et la résilience collective. Tout simplement pour l’avenir de chaque société. »

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