Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
En Côte d’Ivoire, une transition agricole d’ampleur malgré la crise sanitaire
agriculture cote d'ivoire transition - Tribune Ouest

Déjà l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique, l’agriculture ivoirienne se transforme en profondeur. Objectif : favoriser une croissance plus inclusive et améliorer le quotidien des populations.

L’agriculture reste un secteur clef de l’économie ivoirienne

Secteur clé de l’économie ivoirienne, l’agriculture reste au cœur de l’avenir du pays et de la région. La Côte d’Ivoire réalise en effet 60 % des exportations agricoles de l’UEMOA (Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest) et 33 % de celles de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest).

Le secteur agricole représente 28 % du PIB de la Côte d’Ivoire et 40 % des exportations du pays (62 % hors pétrole). Deuxième économie d’Afrique de l’Ouest, le pays ouest-africain est le premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le cinquième producteur mondial d’huile de palme (deuxième producteur africain), le septième producteur mondial de caoutchouc (premier producteur africain) et le quatrième producteur africain de coton. En outre, la Côte d’Ivoire partage avec le Cameroun la première place des pays africains exportateurs de banane, dont il est le 13e exportateur mondial.

Une position de leadership sous-régionale qui n’entame pas la volonté du pays de poursuivre la transition de ce pilier de son économie.

Lundi 5 juillet, au cours d’une rencontre avec les professionnels de l’agriculture, des productions animales, des ressources halieutiques et de l’agro-alimentaire, le premier ministre Patrick Achi a annoncé un véritable changement de paradigme en matière agricole.

De nouveaux plans stratégiques seront mis en œuvre afin de « faire du secteur privé le fer de lance d’une Côte d’Ivoire solidaire où les paysans sont transformés en fermiers, où les producteurs sont transformés en transformateurs de premières et deuxièmes transformations et où on a des champions nationaux capables d’aller sur les marchés extérieurs et de se battre avec les produits compétitifs ».

Le premier ministre a également annoncé le lancement d’un vaste programme de formation pour 500 000 jeunes âgés de 15 à 25 ans dans les filières de l’agriculture, les productions animales, les ressources halieutiques et la chaîne agroalimentaire.

Une nette implication du secteur privé et, dans une moindre mesure des investisseurs internationaux, est aussi à signaler.

Vers la transformation numérique du secteur

C’est ainsi que l’initiative Microsoft 4Afrika (qui vise à accélérer la transition numérique, la digitalisation et l’avancement technologique du continent) s’est associée au programme Agribusiness Leadership de la Société financière internationale (IFC). Leur objectif : soutenir la transformation numérique dans le secteur agroalimentaire africain, moderniser les chaînes d’approvisionnement et augmenter la productivité et les revenus des agriculteurs.

Une plateforme mobile sera testée parmi les agriculteurs kényans, nigérians, ougandais et ivoiriens. Les premiers tests pilotes visent à soutenir 50 000 agriculteurs et au moins 50 coopératives.

Plusieurs initiatives associatives, directement issues de la société civile, contribuent aussi à la transition agricole ivoirienne. Grâce à des aides financières et à l’association Walo, des milliers de femmes des zones rurales se sont tournées vers l’agriculture biologique. Un choix qui leur permet de développer « une activité rentable » tout en proposant des produits bons pour la santé.

« J’ai réuni les femmes pour qu’elles se lancent dans le bio, pour d’abord garantir leur santé, pour qu’elles soient autonomes et puissent envoyer leurs enfants à l’école et sortir de la pauvreté », explique la présidente de Walo (« amour » en langue dida, l’ethnie locale).

Et le pari est réussi, selon plusieurs agricultrices interviewées. « On ne pompe plus les produits chimiques dans les champs. La conversion au bio a changé notre vie, on peut gagner un peu d’argent pour s’occuper de nos enfants et les scolariser », se réjouit Florence Goubo, agricultrice et mère de cinq enfants. « Les produits chimiques qu’on utilise pour pulvériser le sol, les plantes, les fruits nous donnent des maladies. Depuis que je connais cette boutique, je consomme de bons produits », ajoute Marie Michèle Gbadjéli, également agricultrice.

Comme elles, de nombreux Ivoiriens comptent sur l’agriculture pour faire face à la crise. Le secteur emploie 46 % des actifs et fait vivre les deux tiers de la population.

Soutien étatique à la transition numérique ivoirienne

Pour financier la transition, le gouvernement a lancé le Projet d’urgence agricole (PUA) en Côte d’Ivoire, d’un montant de 12,24 milliards de F CFA (environ 18,6 millions d’euros).

Le ministre de l’Économie, Adame Coulibaly, et le président du Fonds international de développement agricole (FIDA), Gilbert Houngbo, ont signé, le 22 juillet, un accord de financement portant sur la contribution du FIDA pour le financement du projet. « Le montant se décline sous la forme de prêt (15,64 milliards d’euros, soit 10,24 milliards de F CFA) et de don (3,07 milliards d’euros, soit 2 milliards de F CFA) », a précisé M. Coulibaly. Le PUA, qui doit toucher 53 600 ménages (environ 300 000 personnes) permettra aux acteurs des filières agricoles de bénéficier de crédits à taux zéro. Il facilitera également leur transition vers une économie de marché basée sur des pratiques agricoles résilientes aux changements climatiques et sobres en carbone.

Dans ce contexte de mobilisation générale pour l’agriculture ivoirienne, la Banque africaine de développement (BAD) a également décidé de mettre la main à la charrue. « La Banque africaine de développement va accompagner le gouvernement ivoirien dans la création de chaînes de valeur agricoles pour la banane, la mangue, l’huile de palme, l’anacarde (ou noix de cajou), le café, le cacao… Il y aura des investissements pour transformer les zones rurales en zones de création de richesse », a annoncé en juillet Akinwumi Adesina, président de la Banque.

L’institution financière multinationale a multiplié par quatre ses investissements en Côte d’Ivoire, pour porter son portefeuille à 2,7 milliards de dollars. Enfin, et toujours dans l’objectif de concrétiser l’inclusion financière et de contribuer à l’égalité hommes-femmes, Orange Bank Africa et ONU Femmes ont signé un partenariat visant à améliorer l’accès des femmes aux services financiers digitaux.

Les deux partenaires souhaitent améliorer l’accès des populations (en particulier des femmes agricultrices) à une solution de crédit et d’épargne 100 % digitale.

Certes, les perturbations causées par la Covid-19 se sont fait sentir dans la plupart des secteurs économiques. Mais la Côte d’Ivoire, qui devrait renouer avec la croissance dès cette année, peut toujours compter sur son secteur agricole pour se transformer et améliorer le quotidien de ses habitants.

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