Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Tchad : vers un apaisement des tensions ?

Depuis sa prise de pouvoir le 20 avril dernier, Mahamat Idriss Déby multiplie les signes d’apaisement. Un geste accueilli avec enthousiasme à l’intérieur et à l’extérieur du pays, dont la continuité de l’Etat est essentielle pour assurer la stabilité nationale et régionale.

 

Renouveau gouvernemental

C’est avec soulagement que la nouvelle a été accueillie. Dimanche 2 mai, le Conseil militaire de transition (CMT) tchadien, dirigé par Mahamat Idriss Déby, a fait un pas en direction de la société civile en nommant un nouveau gouvernement composé presque exclusivement de civils et de quelques membres de l’opposition.

Pour Laurent Duarte, coordinateur de la campagne internationale « Tournons la page ! », qui promeut l’alternance démocratique en Afrique, « ce gouvernement est une surprise dans la mesure où il s’est ouvert à de grands noms de l’opposition, comme Mahamat Ahmat Alhabo, du Parti pour les libertés et le développement (PLD), nommé ministre de la Justice. Voir ce proche d’Ibni Oumar Saleh, le leader de l’opposition disparu en 2008 dans des circonstances toujours non élucidées, siéger dans ce gouvernement est un signe d’ouverture ».

Or depuis la mort du président Idriss Déby Itno, le Tchad en avait bien besoin. A la tête du pays depuis 30 ans, il avait été réélu pour un sixième mandat avec 79,32 % des suffrages exprimés le 11 avril. Quelques jours après sa réélection, le chef d’Etat commandait personnellement son armée contre des rebelles dans le nord, avant d’être mortellement blessé. « Le président de la République, chef de l’Etat, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille. C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad », annonçait le général Azem Bermandoa Agouna dans un communiqué.

 

« Si la digue tchadienne cède, c’est le tapis rouge déroulé aux terroristes »

L’inquiétude était vive à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières tchadiennes. Tandis que le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré pleurait un « grand panafricaniste », que le président ivoirien Alassane Ouattara évoquait un « grand patriote » et que l’Union africaine parlait « d’un grand homme d’Etat », d’autres exprimaient leur préoccupation quant à l’avenir de la lutte contre le terrorisme.

« Dans une Afrique touchée par la montée du terrorisme, le défunt président était considéré comme le rempart contre le djihadisme et un homme indispensable dans la lutte contre le terrorisme », pouvait-on lire dans les colonnes de l’hebdomadaire kényan The East African. Pour le journal sénégalais L’Observateur, premier quotidien d’Afrique subsaharienne, c’était « toute la stabilité de la région qui pourrait être remise en cause », la mort d’Idriss Déby Itno pouvant « changer la donne et par-delà, mettre en péril la sécurité du Sénégal ». Même son de cloche du côté du site d’informations burkinabé Wakat Sera, pour qui « si la digue tchadienne cède, après celle de la Libye […] c’est assurément le tapis rouge déroulé aux terroristes et bandits de grand chemin qui ont profité de la poudrière à ciel ouvert qu’est devenue la Libye, pour s’armer lourdement dans leurs assauts contre les paisibles populations du Sahel ».

C’est dans ce contexte d’anxiété internationale que l’un des fils de M. Déby Itno, Mahamat Idriss Déby, général quatre étoiles de 37 ans et commandant de la garde présidentielle, a été chargé de diriger le conseil militaire qui remplace le défunt président.

 

Ouverture démocratique, apaisement et sécurité

Les critiques ne se sont pas faites attendre, de nombreux acteurs politiques ayant rejeté cette transition. « Le Tchad n’est pas une monarchie. Il ne doit pas y avoir une dévolution du père en fils », avait même lancé Kingabé Ogouzeimi de Tapol, porte-parole du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT).

D’où l’importance du geste d’ouverture fait par le Conseil militaire de transition (CMT) le 2 mai. Outre Mahamat Ahmat Alhabo, siègent dans le nouveau gouvernement deux membres de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR), le parti de Saleh Kebzabo, principal opposant du maréchal Déby Itno. « On reconnaît l’autorité du CMT, sinon on ne va pas être au gouvernement », a aussitôt déclaré Saleh Kebzabo.

Afin d’assurer une stabilité politique, le CMT n’a pas hésité à reconduire d’anciens ministres fidèles d’Idriss Déby Itno. Son fils, qui avait récemment promis d’organiser un « dialogue inclusif », a par ailleurs créé un nouveau ministère de la Réconciliation et du dialogue avec à sa tête Acheich Ibn Oumar, un ancien chef rebelle.

Le président du CMT a également nommé Albert Pahimi Padacké au poste de premier ministre de transition. Dernier premier ministre de son père, ce dernier avait promis un « gouvernement de réconciliation nationale » et plaidé pour une « union sacrée pour sauver la Nation ».

Enfin, et peut-être surtout, le CMT a annoncé des « élections libres et démocratiques » dans 18 mois. Preuve qu’ouverture démocratique et sécurité vont de paire dans ce pays du G5 Sahel dont dépend en grande partie la stabilité régionale. Paris a d’ailleurs fait de N’Djamena un centre des opérations françaises de lutte contre le terrorisme dans la région. Un lieu stratégique où les rebelles du FACT ont d’ailleurs été vaincus par l’armée le 9 mai dernier, soulignant à nouveau la nécessaire continuité de l’Etat tchadien.

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