Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Avion présidentiel au Sénégal : une polémique stérile ?
Pointe Sarène

Au Sénégal, l’achat d’un nouvel avion présidentiel pour remplacer l’ancien A319 devenu vétuste suscite la polémique. Il pourrait pourtant s’agir d’une opération financière pertinente pour l’État, et d’un investissement au service de son activité diplomatique. Quelques nuances qui relativisent des critiques qui ne volent parfois pas bien haut.

Un avion, beaucoup de réactions

Voilà un avion qui aura suscité bon nombre de réactions. Le 16 juillet prochain, le Sénégal devrait réceptionner un avion présidentiel. Destiné à remplacer la Pointe Sarène, du nom de l’ancien appareil “devenu vétusteselon le ministre porte-parole du gouvernement, cet A320 neuf a fait s’envoler la polémique. En particulier le collectif Nio Lank, qui a dénoncé un “problème de priorités” de la part du président Macky Sall, “au moment où le pays manque de tout”. L’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye s’est quant à lui montré particulièrement virulent sur Twitter : “Education, milliers d’emplois et solution au déficit de balance des paiements sont donc sacrifiés pour le confort luxueux de notre président.” Une critique étonnante alors même qu’on ignore le prix de l’avion, non communiqué par le porte-parole du gouvernement pour des raisons de sécurité.  “Ce sont des choses que nous ne pouvons pas dévoiler présentement pour des raisons de sécurité et de sûreté”. Car au-delà du “confort personnel” dénoncé par Abdoul Mbaye, l’ancien Premier ministre feint d’ignorer qu’un avion présidentiel relève aussi du domaine militaire.

Un prix à mettre en perspective

Le site spécialisé Air Journal rappelle par ailleurs qu’Airbus ne publie plus de prix catalogue pour ses appareils. Ce qui n’empêche pas de faire des estimations en se fondant sur les prix des années précédentes : en 2018, un A320neo était ainsi affiché 110 millions de dollars. Soit quelque 59 milliards de Francs CFA. De quoi sauter au plafond ? Pas certain si l’on se rappelle que l’avion de Macky Sall a été acheté en 2019 et payé par traites, dont la dernière est due à la livraison de l’appareil en juillet prochain. Un prix qu’il convient aussi de mettre en perspective :  l’appareil présidentiel actuel, la Pointe Sarène, a été mis en service en 2001 et acheté en seconde main en novembre 2010 par la présidence. Vingt ans plus tard, cet A319 est devenu vétuste et nécessite “de fréquentes et onéreuses visites techniques, et par conséquent de longues périodes d’immobilisation et des dépenses de location d’aéronefs pour assurer les missions présidentielles”, rappelle le porte-parole du gouvernement. Des coûts cachés, sans parler des problématiques en matière de souveraineté quand il s’agit de louer un avion présidentiel, à mettre en perspective avec les avantages de ce nouvel appareil, « plus économe en carburant et plus performant par son rayon d’action. Ce qui réduit considérablement les charges de maintenance et d’exploitation ainsi que les dépenses liées aux escales techniques ». D’autant que la Pointe Sarène va être vendue, pour un prix de 5 millions d’euros selon Le Quotidien.

Se donner les moyens de ses ambitions

Il y a donc fort à parier pour que le Sénégal bénéficie d’un avion présidentiel opérationnel pour les vingt prochaines années. Et il risque d’en avoir bien besoin, au vu de l’intense activité diplomatique du pays. En 2022, le Sénégal prendra la présidence tournante de l’Union africaine, ce qui risque d’entraîner une hausse de ses déplacements. Une ambition diplomatique rappelée récemment par la ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur,  Aïssata Tall Sall : « Le Sénégal est un pays de diplomatie capable de porter les grands combats que beaucoup n’osent pas…« . Une position d’équilibre que Macky Sall entend porter, comme récemment lors des derniers épisodes du conflit israélo-palestinien. Soutien historique des Palestiniens, le Sénégal entretient de bonnes relations avec Israël et a su jouer de sa position pour appeler à la désescalade. Une diplomatie d’équilibre donc, dont la crédibilité dépend aussi des instruments qui la mettent en œuvre. L’acquisition du nouvel avion présidentiel doit ainsi être vue comme l’achat d’un instrument au service de cette diplomatie.

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