Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – Retour de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé : La sécurité au coeur des préoccupations

Définitivement acquittés par la cour pénale internationale, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé doivent retourner en Côte d’Ivoire, conformément à leur volonté. Mais la question de la sécurité est au coeur des préoccupations. Des troubles sont à craindre dans le pays.

Malgré des signes d’apaisement, avec le retour d’exil de certains cadres du Front Populaire Ivoirien (FPI) et la libération d’un groupe de prisonniers incarcérés dans le cadre des manifestations contre la troisième candidature d’Alassane Ouattara, jugée anticonstitutionnelle par l’opposition, la Côte d’Ivoire risque de renouer avec les démons de la violence, si l’on y prend garde.

Lundi 10 mai 2021, un collectif de victimes de la crise électorale de 2010 a manifesté devant le Palais de justice d’Abidjan, pour demander l’incarcération de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, à leur arrivée en Côte d’Ivoire. C’est que l’ex-président et l’ancien ministre de la jeunesse ont été condamnés par contumace, par la justice ivoirienne, à 20 ans de prison, alors qu’ils étaient incarcérés à la cour pénale internationale. « Il faut les arrêter, parce qu’une décision du juge dans un État de droit s’exécute. Si vous n’êtes pas d’accord avec la décision, vous avez des voies de recours, comme le procureur l’a fait dans l’affaire Laurent Gbagbo. Maintenant, on a épuisé toutes les voies de recours, même si la décision ne satisfait pas les victimes : vu qu’elles se sont engagées dedans, elles sont obligées de l’accepter. C’est la même chose ici : il y a une décision de justice qui a été rendue à l’encontre de Laurent Gbagbo, il faut qu’elle s’applique », soutient Issiaka Diaby, le président du collectif.

Lors du Conseil des ministres du 7 avril 2021, Alassane Ouattara a donné son accord pour le retour de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, qui sont désormais « libres de rentrer en Côte d’Ivoire quand ils le souhaitent. »

Selon l’ AFP,  Kouadio Konan Bertin, le ministre de la Réconciliation nationale, a rencontré, début mai 2021, des cadres du Front Populaire Ivoirien, le parti que préside Laurent Gbagbo. À cette occasion, Il a confié que la date du retour en Côte d’Ivoire de l’ex-président sera connue quand les conditions sécuritaires seront réunies. À l’en croire, des commissions techniques ont été mises en place à cet effet : « Ce retour, nous le souhaitons tous, parce que notre rêve est qu’il vienne consolider la paix sociale. Nous travaillons à ce que nous puissions réunir les conditions pour qu’il en soit ainsi. Il faut être certain que tout est mis en place. C’est quand on est prêt qu’on annonce la date d’arrivée. » 

Mais certains partisans de Laurent Gbagbo dénoncent  une ruse du pouvoir, dans le but d’ empêcher le retour au bercail de leur champion, comme en témoigne la réaction de cet internaute publiée sur Facebook : « J’espère qu’un jour, vous allez ouvrir vos yeux et surtout vos oreilles pour écouter lorsqu’on vous parle. ADO ne laissera pas le Président Gbagbo et le Ministre Blé rentrer. (…) S’il les laisse rentrer, il sait qu’il ne pourra plus gérer le pays. À chaque meeting, il fait intervenir des microbes pour instaurer un climat de trouille. Il sait également que les ivoiriens ne voudront plus revivre 2010, donc personne n’acceptera d’affronter les imbéciles qu’il jette dans la rue. Le vrai problème c’est ceux qui font semblant de constituer des comités d’accueil alors qu’ils n’ont aucune date d’arrivée.»

Le climat politique se crispe de nouveau. 

Jeudi 6 mai, Damana Adia Pickass, l’un des cadres du FPI  récemment rentrés d’exil du Ghana, qui a entrepris une tournée de sensibilisation pour préparer le retour de son mentor en Côte d’Ivoire, a été convoqué par le directeur général de la police, après des propos tenus à Yopougon, l’un des bastions de l’opposition :  « J’ai reçu ce matin à 13h00 le ministre KKB, Koné Katinan et Damana Pickass à mon cabinet pour passer un message de fermeté à Monsieur Damana Pickass pour ces sorties maladroites sur la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire. Il a présenté ses excuses et promet de ne plus recommencer », a déclaré Youssouf Kouyaté.

En effet, le vice-président du FPI, qui s’ exprimait le 02 mai 2021, lors d’une réunion de son parti, à Yopougon, a déclaré que Laurent Gbagbo est le vainqueur de l’élection présidentielle de 2010, avant d’inviter les militants à cultiver l’humilité : « Laurent Gbagbo a annoncé son arrivée en Côte d’Ivoire et ça n’a pas été facile et s’ils sont surpris de son retour. N’ayez pas peur du retour de Laurent Gbagbo. Ce n’est pas un retour de haine, de vengeance, de terreur et de désordre. Ce n’est pas dans cette perspective qu’il envisage son retour. Laurent Gbagbo vient dans un objectif de paix, de réconciliation, de rassemblement des Ivoiriens autours de valeurs de la République, de justice, de fraternité, de camaraderie pour que les Ivoiriens réapprennent а vivre ensemble. »  

Le meeting qu’il devait animer à Port-Bouët, samedi 15 mai, a été annulé par la préfecture de police. Le même jour, il a donné une conférence de presse à Abidjan.  « (…) le vice- président Damana Adia Pickass, dans un souci de paix, de cohésion sociale et de réconciliation nationale, prend acte de la décision d’interdiction du meeting de la paix et de la réconciliation nationale, prévu ce samedi 15 mai 2021 à Gonzagueville (Port-Bouët) et décide de s’y conformer. Dans le même élan de décrispation de l’atmosphère sociale, et pour démontrer sa bonne foi, le Vice Président Damana Adia Pickass décide, malgré toutes les autorisations administratives obtenues par le Fédéral FPI de Bonoua, de reporter, à une date ultérieure, le meeting prévu le dimanche 16 mai 2021 à la place Kadjo Amangoua de Bonoua. (…) Des individus se réclamant d’une association de victimes et prétextant détenir une autorisation d’occupation du même site à la même date et à la même heure, se sont présentés sur les lieux de la manifestation, dans la nuit du vendredi 14 mai 2021 aux environs de 20 heures, avec des intentions manifestes de saccager les installations en cours. Invités par la police, à présenter ladite autorisation, ces derniers ont été incapables de le faire. Ils ont donc été évacués des lieux par les forces de l’ordre », peut-on lire dans une déclaration qui déplore l’annulation du rassemblement, sans autre forme de procès. « Contre toute attente, le Préfet du Département d’Abidjan a interdit le meeting de la paix et de la réconciliation nationale pour le retour du Président Laurent GBAGBO, par Arrêté N°060/PA/SG1 du 14 mai 2021. Cette interdiction a été notifiée au Secrétaire général de la Fédération FPI de Port-Bouet, le vendredi 14 mai 2021 à 23 heures 48 minutes par Whatsap. »

Samedi 15 mai, Armand Ouégnin, le député de Yopougon et président de Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (Eds), était l’invité d’un mouvement politique proche de Laurent Gbagbo. Dans son intervention, qui portait sur la réconciliation et le retour en Côte d’Ivoire de l’ex-président, il aurait  affirmé que le charnier de Yopougon n’est pas imputable à Laurent Gbagbo : « C’est pendant son investiture que le charnier de Yopougon a été fabriqué », aurait-il déclaré.

Gilbert Kafana Koné, un cadre du RHDP et ancien député de Yopougon est monté au créneau  : « Cette affirmation d’une extrême gravité, eu égard au nombre de victimes (57) connues dans ce charnier, constitue un élément nouveau dans l’enquête de cette tragédie encore récente, qui a endeuillé des dizaines de foyers. Ce qui justifie le présent point de presse.(…) Cette déclaration, en plus d’être contraire à l’esprit de réconciliation recherché par le président de la République, constitue un élément nouveau pouvant aboutir à la réouverture de ce dossier par les juridictions, afin de situer les responsabilités (…) Nous souhaitons donc que le procureur de la République se saisisse du dossier, pour entendre monsieur Armand Ouégnin, qui semble en savoir beaucoup sur ce charnier, afin de faire éclater toute la vérité », a-t-il martelé dans une vidéo postée sur Youtube.

Cependant, d’après les organisateurs de la rencontre, il n’en est rien. “La sortie de Gilbert Kafana Koné est une accusation maladroite et un aveu de panique. (…) Cette rentrée politique de Afrique Ma Patrie (AMP) placée dans un contexte de célébration de l’acquittement total couplé du retour triomphal de Laurent Gbagbo a été une occasion de joie et d’allégresse dans laquelle ce sont inscrits toutes les interventions sans haine, ni mépris, indiquant toutes la voie de la réconciliation et la paix dans notre cher pays. “Le Nouveau Reveil’ à été invité comme plusieurs autres organes de presse. Et l’article de ce journal sur lequel s’appuie l’ex-député de Yopougon n’est qu’un compte rendu de la cérémonie et non une interview accordée à l’honorable Armand Ouégnin, comme l’a fait croire monsieur Koné Kafana à son point de presse. De plus, en aucun paragraphe de cet article l’auteur n’a attribué ces propos allégués au président de EDS, Armand Ouégnin. (…) Le mouvement panafricaniste Afrique Ma Partie (AMP), en tant qu’organisateur de ladite cérémonie, voudrait exprimer ses vives inquiétudes sur les raisons inavouées de cet acharnement. D’autant plus que ce qui est très visible, c’est bien le titre de l’article en question qui mentionne : “GBAGBO FERA SON PREMIER MEETING À YOPOUGON AVEC BÉDIÉ”. Et repris par toute la presse”, Ont-ils réagi dans un communiqué.

AUTEUR: Axel Illary
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