Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Afrique : hésitations, doutes et défiance ; les campagnes de vaccination peinent à convaincre  

Alors que le continent Africain se comporte mieux que l’Europe, l’Asie, et l’Amérique avec moins de 5 millions de cas déclarés, les campagnes de vaccination sont délaissées par les populations qui montre un certain scepticisme.

L’Afrique s’apprête à rendre ses doses de vaccins alors même que la pénurie en la matière était à craindre. Ainsi le Congo prévoit de rendre à l’initiative Covax 1,3 million de doses de vaccins AstraZeneca (soit 80 % de la quantité reçue) faute d’être capable de les administrer avant leur date de péremption. Le Soudan du Sud et le Malawi quand à eux ont annoncé d’ores et déjà avoir détruit respectivement 60 000 et 16 000 doses en raison de l’absence du nombre suffisant de personnes à vacciner.

Si seulement 1 % des vaccins contre le Covid-19 administrés dans le monde ont bénéficié au continent, constat est fait que ce 1 % est mal utilisé. Il apparaît que les campagnes d’informations, d’évangélisation sur le sujet n’ont pas fonctionné et les gouvernements se trouvent face à une défiance soutenue à l’égard des vaccins. Désinformation, bad-buzz, bouche-à-oreille ont plus certainement détourné les populations des centres de vaccination qu’un discours officiel, sanitaire qui selon toute vraisemblance n’a pas convaincu.

« Dans ce pays [la RDC] grand comme l’Europe, nous devons faire face à des obstacles logistiques que nous n’aurions pu imaginer. Mais le défi premier est celui de la communication », déclare Jean-Jacques Simon, porte-parole de l’Unicef à Kinshasa. « Comment convaincre que le Covid-19 est une maladie dangereuse ? Officiellement, 772 personnes en sont mortes, tandis que le paludisme fait plus de 10 000 victimes par an et que la rougeole a tué près de 6 000 personnes en 2019, en grande majorité des enfants de moins de 5 ans. »

Le continent africain est peuplé de 1,3 milliard d’habitants et les chiffres officiels jouent contre la vaccination. En effet selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 5 millions de personnes ont été contaminées par le Covid-19 depuis le début de la pandémie. A titre de comparaison, c’est un chiffre inférieur au taux de contamination constaté en France. Au 9 mai, 124 229 personnes y avaient succombé, dont près de 45 % en Afrique du Sud, pays le plus touché.

L’idée la plus répandue est que le Covid-19 est « une maladie de Blancs » qui ne concerne pas une population dont plus de la moitié a moins de 19 ans. Et « beaucoup ne croient pas au danger du Covid-19. Allez dans n’importe quelle ville, dans n’importe quel village, rares sont ceux qui portent aujourd’hui le masque » affirme l’épidémiologiste Samba Sow, envoyé spécial de l’OMS pour le Covid-19 en Afrique de l’Ouest.

Les risques liés au vaccin AstraZeneca ont également joué en défaveur de la vaccination.  En dépit des déclarations du bureau Afrique de l’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC-Afrique) qui affirmaient que « les bénéfices du vaccin l’emportent sur les risques », la défiance s’est accrue. Les autorités n’abandonnent pas pour autant le combat et des campagnes de sensibilisation sont lancées à grande échelle. Objectif : convaincre de l’efficacité et innocuité des vaccins.

L’OMS vient de créer le Viral Facts Afrique. C’est un projet réunissant des experts de la vérification des faits et des institutions sanitaires. « Ce dispositif a pour but de réfuter rapidement les mythes là où ils se propagent et d’aider les populations à faire la distinction entre les faits avérés, qui peuvent sauver des vies, et le bruit », a annoncé Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique. Les messages seront diffusés sur Facebook, Twitter et Instagram, en anglais et en français, et traduits dans des langues locales.

Pour être plus efficace, des campagnes d’influences sont également lancées. « Il faut identifier des leaders auxquels les communautés font confiance pour que le message soit entendu. A fortiori dans les pays en situation de conflit ou de post-conflit. » insiste Charline Burton, directrice de la branche européenne de l’ONG Search for Common Ground, spécialisée dans l’accompagnement des processus de paix. Il est en effet très complexe et lent de gagner à nouveau la confiance des populations dans ce type de contexte. Le chemin est donc long avant d’atteindre l’immunité collective, seule garantie de la maîtrise d’une telle pandémie.

 

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