Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Présidentielle en Côte d’Ivoire: un processus électoral menacé

En réponse à l’appel à la désobéissance civile lancé par Henri Konan Bédié, le gouvernement de Côte d’Ivoire a mobilisé 35 000 hommes afin d’éviter d’éventuels débordements lors du scrutin présidentiel du 31 octobre. Pour Alassane Ouattara, qui se présente à un troisième mandat suite au décès brutal d’Amadou Gon Coulibaly, son dauphin désigné, il s’agit avant tout de ne pas revivre la crise post-électorale de 2010.

À l’image de la Guinée voisine, les derniers jours précédant l’élection présidentielle se déroulent dans une atmosphère particulièrement tendue en Côte d’Ivoire. Alors qu’Henri Konan Bédié avait accepté d’être le candidat de l’opposition, ce dernier a fait volte-face le 20 septembre en refusant de reconnaître la légitimité du processus électoral. L’ancien président de 86 ans, écarté du pouvoir en 1999, a en effet demandé la dissolution de la Commission électorale indépendante et du Conseil constitutionnel afin de « restaurer l’État de droit et la démocratie ». Cet appel à la « désobéissance civile » a été suivi d’un autre, lancé un mois plus tard, au « boycott actif » de l’élection, visant à « empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin ». Derrière ces revendications tardives, l’ancien chef de l’État tente de jouer sa dernière carte alors qu’il peine à fédérer autour de lui. Candidat malheureux à l’élection de 2010, il s’était ensuite rangé dans le camp d’Alassane Ouattara, avant de lui retirer son soutien en 2018 suite à des divergences d’opinion. Depuis deux ans, le « Sphinx de Daoukro », en référence à sa ville d’origine, a essayé de nouer des alliances avec l’ex-président Laurent Gbabgo et l’ancien vice-président Guillaume Soro, tous deux sous le coup de lourdes condamnations judiciaires en Côte d’Ivoire. Mais ces stratégies politiques semblent aujourd’hui se révéler vaines, et l’insatiable quête de revanche personnelle d’Henri Konan Bédié sur les défaites du passé le pousse désormais à tenter le tout pour le tout. « Ce serait une revanche, mais il n’y aurait pas de vengeance, confiait-il l’an dernier. Ce serait me rendre justice. »

Démonstration de force pour éviter les violences en Côte d’Ivoire

Face à la désunion de l’opposition, les fantômes de la crise post-électorale de 2010 ne sont jamais bien loin dans un pays encore très clivé. À l’époque, la majorité musulmane était favorable à Alassane Ouattara, élu démocratiquement, tandis que le Sud, davantage chrétien, soutenait Laurent Gbagbo, le président sortant, qui refusait de reconnaître sa défaite. Dix ans après des combats entre les deux camps qui ont causé plus de 3 000 morts, les divisions politiques et ethniques resteraient encore fortes, notamment auprès des ex-rebelles qui ont pour certains rejoint les rangs de l’armée. En mai 2017, une mutinerie avait ainsi laissé s’exprimer les dissensions entre les militaires du Nord et ceux du Sud, ces derniers s’estimant moins bien traités. Depuis la nomination d’Hamed Bakayoko à la tête du ministère de la Défense deux mois plus tard, Alassane Ouattara a cependant repris la main sur les troupes ivoiriennes. Alors pour « sécuriser la fin de la campagne présidentielle et les bureaux de vote », le chef de l’État a procédé à une démonstration de force en annonçant la mobilisation de 35 000 membres des forces de l’ordre jusqu’au 31 octobre. L’opération, baptisée « Barrissement de l’éléphant » en référence à l’animal fétiche du pays, vise ainsi à « dissuader » d’éventuels rebelles mal inspirés par l’appel à la désobéissance civile d’Henri Konan Bédié. Une manière de protéger le processus électoral, qui reste en conformité avec la Constitution.

Ouattara cherche un nouveau dauphin pour 2025

Un mois et demi avant le scrutin présidentiel, la Commission électorale indépendante et le Conseil constitutionnel avaient écarté les candidatures de Laurent Gbagbo et de Guillaume Soro, retenant quatre candidats dont Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Déjà réélu en 2015, le président sortant s’avance vers une nouvelle réélection, faute d’opposition crédible. Mais ce manque d’adversité constitue une source de préoccupation pour le président ivoirien. À 78 ans, « ADO » doit trouver un nouveau dauphin à sa succession. Jusqu’au début de l’été, il misait sur son premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, pour poursuivre son action à la tête du pouvoir. La décision du chef de l’État de ne pas briguer un troisième mandat pour laisser sa place à son successeur désigné avait été rendue publique dès le mois de mars. Mais le 8 juillet, le décès brutal d’Amadou Gon Coulibaly à l’âge de 61 ans a contraint Alassane Ouattara à revoir ses plans et à présenter sa candidature. « Ma candidature est une candidature d’urgence face à un cas de force majeure » explique-t-il. Sera-t-elle plébiscitée par les Ivoiriens?

Réponse samedi.

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