Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – Pascal Affi N’guessan : “Notre pays est en danger”

L’opposition a animé une conférence de presse, hier lundi 26 octobre, à quelques jours de la tenue du scrutin présidentiel prévu le 31 octobre. Nous vous proposons ci-dessous les propos liminaires de Pascal Affi N’guessan, le porte-parole de la plateforme des partis politiques de l’opposition.

Chers amis de la presse,
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Merci d’avoir répondu une fois encore à notre invitation, cinq jours après notre dernière conférence de presse.
Afin de procéder à un nouveau bilan de la crise électorale que traverse notre pays, en vous donnant toutes les précisions notamment sur la répression sanglante et arbitraire à laquelle se livre le pouvoir. Nous nous prononcerons également sur la stratégie du chaos dans laquelle Alassane Ouattara a décidé de plonger la Côte d’Ivoire après le 31 octobre, un chaos dont il a précisé les contours dans différentes interviews accordées à la presse française.

LE BILAN MATÉRIEL ET HUMAIN DE LA CRISE

11 jours après le lancement de la phase active, nous pouvons affirmer que le peuple ivoirien s’est approprié le mot d’ordre de désobéissance civile avec volontarisme et avec un courage remarquable.

Au nom du Président Henri Konan Bédié et de tous les leaders de l’opposition ivoirienne, je voudrais une fois encore adresser nos vifs remerciements à nos compatriotes et les invite à poursuivre ce combat en passe d’être gagné. La victoire est toute proche.
Alassane Ouattara est d’ailleurs bien obligé d’en tirer les conséquences. Désormais incapable de tenir son élection fictive sur l’ensemble du territoire, il a annoncé la fermeture de plus d’un bureau de vote sur deux. C’est la reconnaissance spectaculaire de la force de la mobilisation contre le troisième mandat. J’y reviendrai dans quelques minutes.
A l’heure où je vous parle, après recoupement des informations en notre possession, notamment de sources policières, judiciaires et hospitalières, le bilan que nous pouvons dresser de la désobéissance civile est le suivant :

En date du 24 octobre 2020 et pour la seule commune de Dabou, nous déplorons :
16 morts ;
67 blessés ;
52 individus interpellés ;
12 fusils saisis ;
70 machettes saisies ;
3 maisons incendiées ;
10 véhicules calcinés.
Au niveau national, les chiffres consolidés font état de :
70 morts ;
211 arrestations ;
32 fusils saisis ;
300 machettes saisies ;
Une dizaine de biens incendiés ;
42 véhicules calcinés.

LES EXACTIONS DU RÉGIME

La mobilisation pour la désobéissance civile affole le régime. Il perd pieds. Il perd pieds parce qu’il sait ses jours comptés. Il répond par une stratégie de la terre brûlée et de terreur sur les populations. Il piétine en vérité toutes nos valeurs de dialogue, d’unité et de fraternité.
Il aurait pu privilégier le dialogue, saisir notre main tendue, accepter l’ouverture de vraies négociations sur nos différends sous la médiation de la CEDEAO. Il a choisi de court-circuiter la mission de la CEDEAO en la réduisant à une simple instance d’observation, ce qui n’est bien sûr pas acceptable pour nous.

A ce stade, nous avons besoin d’un facilitateur impartial dans le cadre d’un dialogue inter-ivoirien et non d’un observateur passif et placide.

Notre pays est en danger. Il est en danger parce que la réconciliation a été bradée, la négociation est ignorée par un clan de pyromanes. Alassane Ouattara attise la haine et joue une ethnie contre une autre, insensible aux nombreux morts que nous pleurons chaque jour, au risque de déclencher une guerre civile dont nous connaissons tous la dangerosité.

Ailleurs en Afrique, d’autres pays en ont payé le prix lourd. Je pense au Rwanda, où cette haine s’est traduite par la volonté d’extermination d’une communauté. Le Rwanda qui a réussi son processus de réconciliation parce qu’il a su s’en donner les moyens, parce que ses dirigeants l’ont ardemment voulu. Nous voulons pour la Côte d’Ivoire ne connaitre de la leçon que nous donne le Rwanda que cette belle réussite en matière de réconciliation nationale.

Sur le terrain, la violence du régime est en réalité désormais totale. Comment le pouvoir ose-t-il afficher un tel mépris pour les morts dus à sa politique de division et affirmer aux médias internationaux que la réconciliation nationale a été faite ? M. Ouattara a-t-il le sentiment que la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui ressemble à une nation réconciliée ?

La violence est partout. Elle est en réalité à la fois physique et institutionnelle.
Violence physique avec ces chasses à l’homme tragiques dont les militants de nos différents partis et plateformes sont victimes de la part des miliciens à la solde du régime. La méthode est désormais parfaitement rodée : le régime s’appuie sur des milices parallèles, ces véritables commandos de la mort, équipés de machettes et d’armes à feu (kalachnikov et calibre 12).

Convoyées par le régime dans des véhicules réquisitionnés pour l’occasion, ces jeunes « microbes » instrumentalisés par le pouvoir sont armés jusqu’aux dents. Ils tuent, blessent, tabassent jusqu’au sang, ils pillent et brûlent. Ils sont parfois assistés, protégés dans leurs basses besognes par des forces de défense et de sécurité. Alassane Ouattara sacrifie son peuple sur l’autel d’un narcissisme effréné et d’une soif de pouvoir qui ne connait désormais plus de limites. Nous réclamons l’ouverture d’une enquête internationale sur ces crimes commis par Ouattara et ses milices sur le peuple de Côte d’Ivoire.

Nos condoléances les plus attristées aux familles endeuillées et aux amis des victimes, et toute notre compassion aux blessés. Nous assurons les prisonniers que nous ne les oublions pas et les assurons de notre détermination à œuvrer pour les revoir très vite en liberté.
Depuis ces derniers jours, cette violence totale, cette souffrance inouïe portent le nom de Dabou. Dabou est devenue le symbole de la barbarie du régime envers ses enfants, de la volonté radicale d’éradiquer la légitime désobéissance civile, le symbole du calvaire que traverse le peuple ivoirien en lutte.

La mobilisation de Dabou, le courage de ses enfants resteront dans nos mémoires comme un haut lieu de notre résistance à la tyrannie. On a d’ailleurs vu surgir sur les réseaux sociaux, le hashtag #JeSuisDabou. C’est l’expression de la solidarité de tout un peuple et, au-delà de nous, des amis de la Côte d’Ivoire, envers cette localité martyre.
La violence est également institutionnelle

Nous savons tous que l’élection présidentielle ne peut pas se tenir sans bureaux de votes, sans matériel de vote, sans candidats, sans Commission Electorale Indépendante, sans commissions locales. Contre toute raison, le régime s’obstine et s’efforce de contourner cette évidence.
Après avoir décidé de faire distribuer les cartes électorales dans les commissariats et par porte à porte, en violation de la loi électorale, Alassane Ouattara vient d’annoncer dans un journal français, le Journal du Dimanche, qu’il avait unilatéralement décidé de réduire le nombre de bureaux de vote de plus de la moitié, de 22.000 à 10.000.

Une fois encore, il bafoue les règles de droit, piétine le code électoral qui dispose en son article 21 que « le nombre et les lieux de bureaux de vote sont fixés par décret pris en Conseil des Ministres sur proposition de la Commission chargée des élections ».

Plusieurs remarques à l’annonce de cette nouvelle facétie : le Chef de l’Etat crée deux catégories de citoyens, ceux qui peuvent voter et les autres ; il reconnait implicitement le succès de la désobéissance civile puisque 12.000 bureaux de vote sont impraticables ; il avoue la totale dépendance d’une Commission Electorale sous contrôle et valide notre démarche de désobéissance civile.

C’est en réalité le fait du prince ! Mais comme il n’y a ni prince, ni roi, ni empereur, ni Sauveur Suprême dans la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara va finir son mandat et puis il va partir.

LA STRATEGIE DU CHAOS

Il va partir car nous n’allons pas le laisser plonger notre pays dans le chaos. C’est bien le chaos qu’il prépare. Il n’ose pas le dire explicitement au peuple ivoirien. Mais lorsqu’il s’exprime face à des journalistes français, il se lâche. Sans vergogne, sans tabou !
Son interview au quotidien Le Monde est particulièrement édifiante sur sa psychologie et ses intentions. Alassane Ouattara tombe le masque et personne ne pourra dire demain : je ne savais pas !

Ni nous Ivoiriens, ni ces chancelleries occidentales qui espéraient des gestes d’ouverture et envers lesquelles, il se pose en garant de la stabilité. Elles sont désormais fixées, pleinement informées. Ouattara c’est la garantie de la violence et de l’instabilité dans une Sous-région en crise, où la menace sécuritaire est partout, la menace terroriste partout. La stabilité n’est pas possible avec les violences dont sa candidature est porteuse. La condition de la stabilité, c’est la réconciliation, l’Etat de droit et la Démocratie socle de la paix et du développement.

Dans ces différents propos, on retrouve logiquement sa propension bien connue au mensonge.
Mensonge sur les Accords de Marcoussis à propos de :
– de son éligibilité : il ne serait pas concerné par la modification de l’article 35. Et pourtant, il a été un candidat à titre ‘’exceptionnel’’ en 2010 par l’application de l’article 48 de la Constitution de 2000.
– en 2015, il a été candidat « par dérivation » de sa candidature de 2010 ;
– En 2020, il veut être candidat « d’urgence » face à « un cas de force majeure ».
Mais au-delà de ce trait du personnage, l’interview révèle en réalité sur le plan psychologique une série de pathologies lourdes :
– l’obsession qui se traduit par une fixation presque névrotique sur la personne du président Henri Konan Bédié ;
– la brutalité et le mépris envers l’autre ;
– le narcissisme, qui dans cette phase aigüe que traverse Alassane Ouattara, s’accompagne d’un syndrome de l’homme providentiel ;
– la mégalomanie, souvent associée au narcissisme ;
– le refus absolu du jeu démocratique avec cette explication qu’il donne d’être candidat par le risque de voir triompher le président Henri Konan Bédié et cette proclamation : « cela je ne peux l’accepter ». Il avoue que sa candidature s’explique par la haine, mais la Côte d’Ivoire n’a pas besoin de haine pour avancer. En démocratie, c’est le peuple qui tranche… Mais cela Alassane Ouattara ne peut le comprendre car il a instauré une dictature ;
– la recherche éperdue de la revanche, de la vengeance sur tous les acteurs politiques de ce pays à l’exception de son clan.

Car les intentions à cet égard sont claires et terriblement inquiétantes. Alassane Ouattara annonce une répression démultipliée après le 31 octobre. Il refuse catégoriquement le dialogue, la réconciliation et la paix.

Le troisième mandat, c’est la promesse faite d’anéantir purement et simplement l’opposition. Avec cette menace, je cite, de « nous attraper tous après l’élection ». Alors je pose la question : Va-t-il emprisonner toute la Côte d’Ivoire qui se lève comme un seul homme ? Pour ce qui nous concerne, il peut plastronner, menacer, intimider, aucun d’entre nous n’a peur car la cause de la liberté et de la démocratie, la cause de notre pays dépassent nos personnes et nos sorts respectifs ;

Le troisième mandat, c’est l’assurance de la prison à vie pour Guillaume Soro, qui l’a pourtant si bien servi, au mépris de la séparation entre le pouvoir exécutif et le judiciaire. Dans un Etat de droit, ce sont les tribunaux qui jugent et condamnent, et pas un individu, aussi puissant soit-il !
Le troisième mandat, c’est ce chantage exercé sur Laurent Gbagbo, condamné à attendre l’appel de son procès pour rentrer au pays, condamné au silence à son retour, sous la menace de procès en Côte d’Ivoire. Et là, je le dis avec force : On ne pose pas de conditions au retour de Laurent Gbagbo. On ouvre grands les bras à Laurent Gbagbo.

Le troisième mandat, c’est l’appropriation des Institutions et son utilisation au gré de ses intérêts, dans le registre de son seul « bon plaisir ». Avec cette annonce d’une nouvelle réforme de la Constitution pour sortir ses adversaires du jeu politique. Avec ce doute sur la nomination d’un Vice-président, alors que le poste est prévu par la Constitution de 2016 qu’il a fait voter. Imagine-t-on un candidat à la présidentielle dans une démocratie déclarer « je ne sais pas si je vais nommer un Premier Ministre », alors que c’est une exigence constitutionnelle ?

Le troisième mandat, c’est en réalité un quatrième mandat, avec la probabilité d’une présidence à vie puisque Ouattara estime « qu’à son âge, il peut faire deux mandats sans souci ».
Face à ses propos surréalistes, nous tenons à réaffirmer le sens de notre combat commun : On ne joue pas avec les Institutions, on les respecte, on les applique. Elles ne sont pas un cahier d’écolier qu’on griffonne et rature au gré de ses impulsions et de ses intérêts.
Si les Institutions ne le permettent pas, on ne se représente pas.
On nomme un Vice-président si la Constitution le prévoit.
On respecte l’indépendance de la justice en ne décernant pas des peines de prison à vie de son propre chef.

Dans cette dernière ligne droite, nous en appelons donc à la mobilisation de tous pour contrer Alassane Ouattara en étendant la désobéissance civile sur l’ensemble de la Côte d’Ivoire.
Nous dénonçons par avance l’envoi d’observateurs pour observer une élection qui exclut tous les candidats, même ceux qui ont été retenus malgré lui par le conseil Constitutionnel.
Nous rejetons par avance les conclusions que de tels observateurs tireront de leur mission, qui n’a aucun sens, parce qu’il n’y a pas d’élection en Côte d’Ivoire. La désobéissance civile doit être désormais totale, globale et massive afin qu’il en soit ainsi.

Alassane Ouattara est un pyromane et un apprenti sorcier qui déshonore la fonction présidentielle et notre pays. Samedi 31 octobre, il cessera de l’incarner.
Je vous remercie,

Abidjan le 26 Octobre 2020
AFFI N’Guessan Pascal,
Porte-parole de la plateforme de l’Opposition

AUTEUR: Axel Illary
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