Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Cellou Dalein Diallo : Contre un 3e mandat d’Alpha Condé, la voie des urnes, une voie de combat

Aux abois, le régime d’Alpha Condé ne tient plus que par la violence, en étouffant les libertés fondamentales et en attisant les tensions intercommunautaires. Refusant ce véritable hold up électoral, les électeurs guinéens doivent faire entendre leurs voix lors de l’élection présidentielle ce 18 octobre. Tribune signée Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).

En ce dimanche, les Guinéennes et Guinéens sont appelés à élire leur Président. A décider du nom de celui qui les guidera, en ces temps difficiles et incertains, sur le chemin de la prospérité et de la paix. A choisir, en somme, leur destin, cette indispensable respiration démocratique se voulant porteuse d’espoirs, tant pour eux-mêmes, leurs familles et communautés respectives, que pour la Nation guinéenne à laquelle je les sais plus que tout attachés. L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) m’a fait l’honneur de me désigner candidat à cette élection présidentielle capitale pour notre pays, honneur que j’ai accepté avec humilité et lucidité. Mais aussi avec la plus grande détermination. Une quarantaine de partis politiques regroupés au sein de l’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie (ANAD) m’ont aussi fait l’honneur de soutenir ma candidature.

Un régime criminel 

De la détermination, il en a fallu et il en faudra encore au peuple guinéen, tant celui-ci est plongé, depuis une décennie maintenant, dans un macabre cycle de violences d’État. Les crimes perpétrés par le régime d’Alpha Condé et l’instrumentalisation qu’il fait de la différence ethnique constituent un obstacle majeur à l’unité nationale et à la cohésion sociale. Le pouvoir nie ces violences. Mais les organisations régionales et la communauté internationale peuvent-elles continuer de faire la politique de l’autruche quand ces violences font l’objet de rapports détaillés, circonstanciés, implacables, de plusieurs ONG dont la réputation et le sérieux ne peuvent être mis en doute ?

Les Guinéens ne veulent plus « Marcher et mourir », pour paraphraser le titre du rapport publié le 1er octobre par Amnesty International. Selon l’ONG, plusieurs dizaines de personnes ont perdu la vie depuis le début de la mobilisation populaire du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), en octobre 2019. Plusieurs centaines de nos concitoyens ont été blessés, arrêtés et détenus de manière arbitraire, le plus souvent dans des conditions dégradantes. A ce terrible bilan humain faut-il encore ajouter les dizaines de victimes recensées dans la région forestière de N’zérékoré, où l’ONG Human Rights Watch a dénombré, dans un rapport rendu public fin septembre, « au moins 32 personnes (…) tuées et plus de 90 blessés » lors du double scrutin du 22 mars.

L’implication des forces de l’ordre dans ces exactions est documentée. Des forces de sécurité qui, je le rappelle, ne sont pas constituées de criminels, mais dont les ordres reçus du pouvoir sont, eux, bien criminels. Criminelle aussi, la tentation d’Alpha Condé d’exacerber les tensions ethniques en cette fin de campagne, en appelant les membres de l’ethnie Malinké, dont l’actuel président est issu, à ne pas voter pour un Guinéen autre que lui. Ce jeu dangereux, contraire à notre tradition de coexistence pacifique des communautés et qui viole la Constitution, ouvre la voie aux dérives mortelles du tribalisme, et témoigne d’un pouvoir aux abois.

C’est pourquoi, si les Guinéens m’apportent leurs suffrages, je ferai de la réconciliation l’une des principales priorités de mon mandat. Je m’engage, dans le cadre de cette politique de réconciliation et de pardon, à assurer aux victimes des violences d’État le droit à la vérité, le droit à la justice, le droit à la réparation et les garanties de non répétition.

Il ne s’agira pas de vengeance, parce que la vengeance crée de nouvelles injustices qui, elles-mêmes, appelleront à être vengées. Il ne s’agira pas non plus d’une chasse aux sorcières. Il s’agira de vérité, de justice, de pardon, d’acceptation.

Je lancerai également un vaste plan de réforme de nos forces de défense et de sécurité, dont la priorité sera la protection de la vie humaine et non plus celle d’une dictature. Aucune bavure ne sera tolérée. Enfin, parce que la paix et la quiétude sociale ne sont que des vœux pieux sans une véritable justice, j’initierai une ambitieuse réforme de notre système judiciaire et je mettrai fin à la politisation à outrance de nos administrations, en étant intransigeant face à toute forme de corruption et de discrimination.

Hold up électoral

Les Guinéens ne sont pas dupes. Le changement de Constitution ouvrant la voie à un troisième mandat, les manœuvres électorales et la répression sanglante qui s’abat sur toute forme d’opposition ne poursuivent qu’un seul et même but : un véritable hold up électoral au profit d’Alpha Condé. Personne, à part lui-même et son clan, n’a pourtant intérêt à la reconduction de cette mafia d’Etat aux destinées de notre pays. Le bilan de M. Condé est désastreux tant sur le plan démocratique, l’ensemble des institutions internationales (UE, Cédéao, Union africaine, Etats-Unis, etc.) ayant dénoncé le climat de terreur et le recul des libertés fondamentales imposés par le régime, que du point de vue économique.

De quel bilan parle-t-on ? Le chômage est endémique. Nos jeunes sont privés de perspectives, ce qui les pousse dans les bras des passeurs et de la délinquance ; chaque année, des centaines d’entre eux périssent dans le désert ou la Méditerranée ; la Guinée est le deuxième pays d’origine de demandeurs d’asile en Europe, juste derrière l’Afghanistan, un pays en guerre. De plus en plus de nos concitoyens souffrent d’une extrême pauvreté. Si je suis élu, la création d’emplois, notamment pour les jeunes, sera ma priorité. De même que l’amélioration du climat des affaires, l’industrialisation, le soutien aux PME. Je m’engage aussi à réformer notre système de retraite, à faciliter les conditions d’accès au logement et à moderniser nos infrastructures.

La voie des urnes, une voie de combat

Soixante-deux ans après son indépendance, la Guinée traverse une crise – politique, constitutionnelle, institutionnelle, démocratique, économique, sanitaire – parmi les plus graves de son histoire. Contre la forfaiture que représentent une Assemblée nationale illégitime et une Constitution illégale, contre le caractère autocratique d’un régime en fin de course, le peuple uni au sein du FNDC a battu le pavé depuis de nombreux mois au prix d’immenses sacrifices. Jumelle de celle de la rue, la voie des urnes poursuit le même objectif : le refus d’un troisième mandat d’Alpha Condé. Notre force commune, j’en ai l’intime conviction, aura ce 18 octobre raison des forces de tous ordres qui veulent priver les Guinéennes et les Guinéens de leur destin.

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