Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Alpha Condé brigue un troisième mandat présidentiel : vers un retour de l’autocratie en Guinée ?

Après des décennies de régime autoritaire, Alpha Condé devient en 2010 le premier président guinéen élu démocratiquement. Réélu en 2015, l’ancien opposant à Sékou Touré (1958-1984) puis à Lansana Conté (1984-2008) a officiellement confirmé sa candidature à l’élection présidentielle du 18 octobre prochain. Manifestations réprimées dans la violence, faits de corruption multiples, fermeture des frontières, la situation politique guinéenne inquiète la communauté internationale. L’opposition dénonce un virage autocratique d’Alpha Condé.

Un scénario de déjà-vu

Le deuxième mandat d’Alpha Condé rappelle hélas les revirements politiques de ses prédécesseurs. Pourtant, il y a 10 ans, lorsqu’il remporte l’élection présidentielle le 7 novembre 2010 face à l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé devient le premier président élu démocratiquement, après un demi-siècle de régimes autoritaires. Mais la situation se dégrade vite. Un an après son élection, Alpha Condé doit faire face à des mouvements de contestation qui éclatent à Conakry puis s’étendent à l’ensemble du pays. Rapidement, les opposants du chef de l’Etat dénoncent la corruption du gouvernement, le délabrement des services publics et la violence des forces de l’ordre.

Malgré un scrutin émaillé de violences (au moins 13 morts selon Amnesty International, dont 6 à Conakry) et de nombreuses dénonciations de fraudes, Alpha Condé remporte une nouvelle fois la présidence en 2015. Cinq ans plus tard, l’adoption d’une nouvelle Constitution le 7 avril 2020 permet au président sortant de se présenter à un troisième mandat, cette fois pour une durée de six ans renouvelable une fois, modifiant ainsi la limite de deux quinquennats légalement prescrits. L’appel au boycott de ce référendum par l’opposition le 22 mars dernier n’empêche pas la promulgation de la Loi fondamentale, vue comme un “coup d’Etat constitutionnel” par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), alliance des principaux partis d’opposition, syndicats et associations de la partie civile née en avril 2019. “Le FNDC ne reconnaîtra aucune institution sortie de cette mascarade électorale. La seule constitution qui demeure, c’est la constitution de 2010”, affirme Abdoulaye Oumou Sow, porte-parole de l’opposition.

Le 31 août dernier, le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée) confirme la candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat. Sans rival au sein de son parti, le président sortant déclare : “Si vous voulez que j’accepte votre proposition, il faut que vous vous engagiez à ce que le RPG redevienne ce qu’il était, un parti qui n’oublie personne”. Or, malgré des richesses minérales importantes (le pays possède des gisements de diamant, d’or, de fer et de pétrole), plus de la moitié de la population guinéenne vit sous le seuil de pauvreté.

Vers un printemps guinéen ?

Mardi 1er septembre, le FNDC annonçait “la reprise des manifestations”. A l’étranger, Alpha Condé fait l’objet de nombreuses critiques de la part d’associations de défense des droits de l’Homme telles que Human Rights Watch, ou Amnesty International. En France, une plainte a été déposée par un collectif guinéen à l’encontre d’Alpha Condé et de certains membres de sa garde rapprochée, dénonçant des faits de corruption et du trafic d’influence…

La Guinée serait-elle à l’aube d’une révolution? La remise en cause des dérives autoritaires du chef de l’Etat, ainsi que la récurrence des révoltes populaires dans le pays ne sont pas sans rappeler les prémices des contestations arabes : taux de chômage élevé chez les jeunes, Etat sécuritaire, gouvernement corrompu, indice de développement humain à la baisse, et mouvements populaires de plus en plus incontrôlables.

Et si le pays se dirigeait tout droit vers un printemps guinéen?

 

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