Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Présidentielle 2020 en Côte d’ivoire – Candidature d’Alassane Ouattara : l’opposition appelle à la désobéissance civile

L’opposition ivoirienne a appelé à la désobéissance civile pour protester contre la candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle du 31 octobre 2020.

Dimanche 20 septembre 2020, à l’issue d’une réunion des partis de l’opposition, au siège du PDCI-RDA à Abidjan, l’ancien président ivoirien, Henri Konan Bédié, a appelé à la désobéissance civile : “Face à la forfaiture, un seul mot d’ordre : la désobéissance civile », a-t-il dit, sans toutefois donner les détails sur son application.

Selon Martial Joseph Ahipeaud, qui dirige la plateforme Agir (Alliance des générations ivoiriennes pour la défense de la République et de la démocratie), « Pour qu’une lutte aboutisse, il faut en comprendre l’objectif. Notre objectif, c’est d’expliquer, de demander aux Ivoiriens de contribuer au combat qui est en train de venir. C’est en expliquant aux uns et aux autres que le mot d’ordre va avoir un sens. Tant que les masses ne sont pas impliquées, ça reste une lutte élitiste »

Au cours d’une conférence de presse, mardi 22 septembre 2020, à Abidjan, Pascal Affi N’guessan, l’un des quatre candidats retenus par le Conseil constitutionnel pour compétir le 31 Octobre 2020, a déclaré :  « En raison de la dictature d’Alassane Ouattara, je soutiens pleinement et entièrement l’appel à la désobéissance lancé par le président Henri Konan Bédié et toutes les forces politiques et sociales de Côte d’Ivoire. (…) Alassane Ouattara nous invite à la mobilisation et nous contraint à la lutte pour libérer notre pays de la dictature. »

Aussi, il « appelle tous les militants et sympathisants, tous les Ivoiriens qui aiment la paix, la liberté et la démocratie à être prêts à traduire en mesures concrètes les appels à l’action qui seront lancés dans les prochains jours (…) » 

Réagissant au mot d’ordre lancé par l’opposition, Kobenan  Kouassi Adjoumani, le porte-parole du RHDP, le parti au pouvoir, a soutenu qu’« on ne peut pas décider à la place du Conseil constitutionnel. » À l’en croire, « Ils (les opposants – ndlr) ont assisté à tout le processus qui doit conduire à ces élections. Qu’ils viennent et qu’ils affrontent le président Alassane Ouattara sur ce terrain. »

Pour Kobenan  Kouassi Adjoumani qui répondait à RFI : « Les Ivoiriens ont besoin de paix (…) Les élections auront bel et bien lieu le 31 octobre. Toutes les dispositions sont prises à cet effet par le gouvernement pour assurer la sécurité des Ivoiriens et garantir la sérénité du scrutin »

Au cours de sa visite dans la région de la Marahoué  (Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire), du 23 au 26 septembre 2020, Alassane Ouattara a minimisé les déclarations de ses adversaires. Selon le président sortant, dont la candidature est fortement contestée par l’opposition, « Il faut arrêter de faire peur aux Ivoiriens. (…) Les appels à la désobéissance civile n’iront nulle part », a -t-il déclaré dans un discours lors de sa tournée.

Face à ce  dialogue de sourds entre l’opposition et le pouvoir, Mohamed Ibn Chambas, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, s’est rendu en Côte d’ivoire, en vue de rencontrer la classe politique ivoirienne. Sur place, il a encouragé la « concertation» pour la tenue d’une élection présidentielle « inclusive » le 31 octobre. 

Dans la même veine, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) demande aux autorités ivoiriennes d’autoriser la candidature de Laurent Gbagbo. En effet, l’ex-président ivoirien, acquitté par la cour pénale internationale après 8 ans de procès, a été radié de la liste électorale après avoir été condamné par contumace (sic) en Côte d’Ivoire à 20 de prison. Ainsi, la CADHP enjoint à l’État de Côte d’Ivoire de « prendre toutes mesures nécessaires en vue de lever immédiatement tous les obstacles empêchant le requérant (M. Gbagbo) de s’enregistrer sur la liste électorale afin de participer au scrutin. »

Dans une ordonnance similaire, la CADHP avait demandé aux autorités ivoiriennes de permettre la candidature à la présidentielle de Soro Guillaume, lui aussi radié de la liste électorale et condamné par contumace (sic) à 20 ans de prison.

Mais pour Alassane Ouattara, «Cette décision qui porte atteinte à notre souveraineté (…) n’est pas applicable et ne sera pas appliquée en Côte d’Ivoire. » Il indique que « sur les 54 pays africains, seulement 10 en sont membres dont quatre s’en sont retirés. »

La candidature d’Alassane Ouattara, en vue de briguer un troisième mandat à la tête de la Côte d’ivoire, est jugée anticonstitutionnelle par l’opposition. Pour protester contre cette « forfaiture », des manifestations ont éclaté dans la pays, faisant au moins 15 morts.

AUTEUR: Axel Illary
Réagir à cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Le gouvernement qualifie les récents épisodes de violence d ’ « incidents d'une extrême gravité ». Le pays s’enfonce dans une crise préélectorale. Les affrontements se sont déroulés à Dabou,à 50km d’Abidjan. On déplore 16 morts et 67 blessés, selon un nouveau bilan du gouvernement. Le département de Dabou a été...
Depuis quinze jours, la situation au Nigeria ne cesse d’empirer. Les violences concernent outre Lagos la capitale, plusieurs autres États.  Le Nigeria est le théâtre de violences, exactions, pillages alors que le mouvement de contestation populaire initial se transforme en une lutte contre le pouvoir. L’engrenage poursuit son œuvre dans...
En Mauritanie, la pêche représente 40 % des exportations. Mais le secteur doit faire à la baisse des commandes, notamment de la part de l’Espagne.  Les pêches artisanale et industrielle font vivre les 70 000 habitants de la ville de Nouadhibou, la capitale économique de la Mauritanie. Mais depuis mars, le...
TRIBUNES LIBRES
Il existe deux types d’intellectuels. Il y a d’un côté,...