Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – Charles Blé Goudé à Alassane Ouattara : « Faites un pas de géant, soyez grand et libérez les Ivoiriens »

Dans un message vidéo diffusé sur Internet, samedi 19 septembre 2020, le président du congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP), Charles Blé Goudé, s’est exprimé sur la situation politique en Côte d’ivoire. 

L’ex-Codétenu de Laurent Gbagbo à la cour pénale internationale, qui demande au président ivoirien, Aassane Ouattara, de  retirer sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2020 en Côte dIvoire, estime qu’il faut  « reporter le scrutin électoral » car  « les conditions ne sont pas réunies. »

Nous vous proposons de larges extraits de son discours.

(…) Chaque fois que la situation de notre pays l’a exigé, j’ai pris la parole. (…) À quelques semaines de la présidentielle dans notre pays, je suis là, devant vous, pour encore vous parler. Est-il besoin de dire qu’une élection, normalement, est conçue pour être un rendez-vous citoyen ?

Mais cette élection (..) est malheureusement devenue dans notre pays un rendez-vous avec la mort, un rendez-vous avec la violence.

(…) Je veux m’adresser au premier magistrat de notre pays (…)

(…) Je parlerai du retour de son frère Laurent, je parlerai de la crédibilité de nos Institutions, je parlerai de sa décision d’être candidat à l’élection de 2020, contrairement à ce qu’il avait affirmé le 5 mars dernier, et je parlerai des élections elles-mêmes.

Concernant le retour de Laurent, son frère, je veux parler du président Laurent Gbagbo, 

Voyez-vous, monsieur le président (…) suite aux élections dans notre pays, une crise post-électorale a éclaté. Vous avez décidé, pour des raisons que vous avez évoquées suffisamment, de transférer à La Haye, le président Laurent Gbagbo et moi, pour que nous soyons jugés par la cour pénale internationale. Parce que, selon vos propres termes, vous ne vouliez pas donner l’occasion à des mauvaises langues de vous traiter d’un président qui fait juger ses concitoyens, qui les soumet à un procès inéquitable. Ainsi donc pour vous, la cour pénale internationale était mieux placée, pour que le président Laurent Gbagbo et moi, nous puissions faire l’objet d’un procès équitable. Nous avons donc été transférés à La Haye, votre « frère Laurent » et moi.

Pendant des années et des années, nous avons fait l’objet d’une procédure judiciaire (…) Et l’Institution judiciaire à laquelle vous nous avez remis, a fait son travail, et a conclu que nous étions acquittés. C’était le 15 janvier 2019. Et le premier février de la même année, nous avons été libérés sous condition. Mais le 28 mai 2020, la même Institution judiciaire a estimé qu’elle pouvait lever les mesures qui pesaient contre votre « frère Laurent » et moi, et que nous pouvions, maintenant, librement  circuler, nous déplacer, dans tous les pays signataires du statut de Rome, y compris la Côte d’Ivoire, notre pays.

Votre volonté a été faite, monsieur le président. (…) J’attendais que vous mettiez à notre disposition un avion, pour que votre « frère Laurent » et moi, nous rentrions en Côte d’ivoire. (…) 

Vous avez plutôt dépêché des avocats à La Haye, pour demander à la CPI de nous maintenir ici (à La Haye – ndlr ). Ce n’est pas juste, monsieur le président. Devant le perron de l’Élysée, vous avez dit : « Laurent Gbagbo c’est mon frère. »

Monsieur le président, pourquoi vous refusez que votre « frère Laurent »   rentre chez lui, auprès de ses petits-enfants, auprès de ses parents. Pourquoi ? (…) 

Monsieur le président de la République, il est temps que vous soyez grand. Il est temps que vous libériez l’atmosphère en Côte d’ivoire. Je vous lance cet appel, en tant que « simple citoyen », si vous voulez,  Faites rentrer votre « frère Laurent » en Côte d’Ivoire, dans l’intérêt de la Côte d’ivoire (…). Monsieur le président, voilà ce que je voulais dire, en ce qui  concerne le retour de votre « frère Laurent » à qui vous refusez  même un simple passeport. Ce qu’il ne vous a pas fait. Que devons-nous retenir  de votre passage à la tête de l’État de Côte d’Ivoire? (Nous devons retenir – ndlr) que vous avez humilié Laurent Gbagbo, que vous l’avez écrasé ? Mais cela ne vous apportera rien d’autre que la colère de ses partisans ! 

Et c’est dans ces circonstances-là, que le conseil constitutionnel publie la liste des candidats réténus. C’est mon deuxième point dont je voulais vous parler.

Quatre candidats sont retenus. Vous-Même, le président Aime Henri Konan Bédié, le premier ministre Affi Nguessan et Kouadio konan Bertin.

Monsieur le président, j’ai un problème. À partir de nombreuses raisons avancées par le conseil constitutionnel, pour rejeter la candidature du président Laurent Gbagbo, j’ai retenu une seule qui m’a choqué. Le Conseil constitutionnel dit, je cite  : « Laurent Gbagbo en tant qu’ancien chef de l’État est de ce fait membre du conseil constitutionnel. Et n’ayant pas renoncé à ses fonctions, il ne peut être candidat. (…) »

Les mêmes règlements du conseil constitutionnel stipulent à l’article 132 : « Aucun membre du conseil constitutionnel ne peut faire l’objet de poursuites, ne peut être arrêté, ne peut être détenu. » 

Et pourtant Laurent Gbagbo a été jugé et condamné à 20 de prison en Côte d’Ivoire, dit-on pour braquage. Voici une institution qui applique sa règle à géométrie variable. Cette institution-là s’est discréditée. Et le conseil constitutionnel ne peut pas être le juge des élections en Côte d’Ivoire. (…)

Quant à la commission électorale indépendante, vous étiez dans l’opposition, vous avez dit que cette commission était dirigée par les proches de Laurent Gbagbo. Et finalement, après un accord, elle vous est revenue. (…) Donnons à la Côte d’Ivoire, une commission électorale débarrassée du poids des partis politiques, débarrassée du poids du pouvoir, un instrument libre, qui peut ouvrir la compétition réelle, pour que les projets de société soient proposés aux Ivoiriens, pour qu’ils décident et emploient celui qu’ils pensent pouvoir répondre à leurs besoins. Telle est ma proposition, monsieur le président. 

En conclusion sur ce point, ni la commission électorale indépendante, ni le conseil constitutionnel, ne sont crédibles. (…) Nous allons droit dans le mur. Ce qui n’est pas souhaitable. Et vous êtes venus en rajouter,monsieur le président.

 Je m’en vais donc parler de votre candidature qui reste anticonstitutionnelle. Ce n’est pas moi qui le dis. Vos propres conseillers l’ont dit. L’éminent professeur, Cissé Bacongo, a dit que cette constitution ne vous donne aucune possibilité de vous présenter, votre ministre de la Justice a dit, face aux députés, que cette constitution ne vous donne aucune possibilité de vous présenter. Votre ministre, Pascal Abinan, est allé plus loin. Il a dit qu’il mettait sa main au feu. (…) Et vous-même, vous avez déclaré le 5 mars, face aux députés, face aux sénateurs, face aux caméras du monde entier, que vous n’êtes pas candidat. (…) Votre candidature pose un problème. Je pense qu’il n’est pas encore tard. Vous pouvez  encore la retirer. Je vous le demande, l’opposition ivoirienne vous le demande (…)

Vous n’êtes pas obligé d’avancer vers l’abîme. Parce que, en définitive, qu’est-ce que vous nous léguez ? Des conflits entre pro Ouattara  et le reste ? C’est pourquoi je vous lance cet appel. Retirez votre candidature, monsieur le président de la République. 

(…) Les signes de la crise post électorale de 2010 sont encore là. Le passif n’est pas encore vidé. Et vous voulez encore nous plonger dans une crise, dans une aventure sans issue ? Vos ambitions politiques ne sont pas au-dessus de la vie des Ivoiriens. On ne peut pas aller aux élections dans ces conditions-là.(…) Vous avez l’impérieux devoir de créer les conditions d’un dialogue inclusif. Pourquoi vous refusez de parler avec vos opposants, pourquoi vous les méprisez  ?

Monsieur le président,, reportez ce scrutin électoral. Les conditions ne sont pas réunies. (…) Vos partisans sont contents, c’est vrai. Mais la Côte d’Ivoire n’est pas composée que de vos partisans ! C’est cela qui est la réalité. Convoquez-nous autour d’une table, comme Houphouet Bobigny l’a fait en 1969, comme Gbagbo Laurent l’a fait en 2001. Vous ne voyez pas que la Côte d’Ivoire est dispersée ? Ce n’est pas en maintenant coûte que coûte le processus dans les circonstances pareilles que vous aurez démontré la preuve de votre bravoure ou de votre autorité. Faites un pas de géant, soyez grand et libérez les Ivoiriens parce que tout le monde est tétanisé, tout le monde a peur !

AUTEUR: Axel Illary
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