Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – Présidentielle 2020 : l’élection de tous les dangers ?

Alassane Ouattara a été investi par son parti, le rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), en vue de disputer la présidentielle d’octobre 2020 en Côte d’Ivoire. 

À l’appel de la société civile, des marches ont été organisées dans le pays pour protester contre la candidature du président sortant. Les manifestations ont causé plusieurs morts et de nombreux dégâts matériels.

La candidature d’Alassane Ouattara, à l’élection présidentielle à venir, exacerbe la tension en Côte d’Ivoire. La nouvelle Constitution votée en 2016, que chaque chapelle explique à sa guise, est diversement interprétée au sein de l’opinion.

Pour les partisans d’Alassane Ouattara, la candidature de leur champion est légitime étant donné que la nouvelle Constitution remet les compteurs à zéro. Ils soutiennent que la disposition de la Constitution qui stipule que le mandat de 5ans est renouvelable une seule fois, ne peut de ce fait être appliquée. 

Lors de son discours à la Nation le 6 août 2020, Alassane Ouattara, lui-même, disait : « En ce qui me concerne, j’ai, comme vous le savez, fait part, le 5 mars dernier, à toute la Nation, devant le Parlement réuni en Congrès à Yamoussoukro, de ma volonté, bien que la nouvelle Constitution m’y autorise, de ne pas faire acte de candidature et de passer la main à une nouvelle génération. (…) Les récents événements tragiques, avec le décès du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, laisse un vide au niveau de l’équipe que j’avais mise en place pour poursuivre et consolider le programme de développement économique et social pour lequel vous m’avez fait confiance. (…) Face à ce cas de force majeure et par devoir citoyen, j’ai décidé de répondre favorablement à l’appel de mes concitoyens me demandant d’être candidat à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. » 

Cependant, selon les déclarations de certains constitutionnalises chargés de rédiger le projet de la nouvelle loi fondamentale, dont le ministre Cissé Bacongo, un cadre du RHDP,  le président Ouattara n’est pas éligible au regard de la Constitution.

Samedi 22 août à Abidjan, Alassane Ouattara a été investi officiellement  pour défendre les couleurs de son parti. Devant ses partisans, au stade Félix Houphouet Bobigny, il a accusé l’opposition d’être à l’origine des troubles qui secouent  le pays depuis son revirement relatif à sa candidature : « Ils ont peur car ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner. Ce sont des peureux. Ceux qui veulent s’engager dans la violence auront des comptes à rendre. Le temps où l’on pouvait accéder au pouvoir par accident est passé», a-t-il affirmé.

En effet, à l’appel de l’ONG Alternatives Citoyennes (ACI), des manifestations  ont éclaté dans le pays pour protester contre la décision d’Alassane Ouatara de briguer un troisième mandat. Depuis le 19 août, Édith Gbalet, la coordonnatrice et ses deux collaborateurs, Djehi Bi Cyrille et Gbaou Gedeon Junior, sont emprisonnés à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) 

Selon certains observateurs, l’arrestation de ces militants de la société civile constitue une énième atteinte à la liberté d’expression dans le pays, sous le régime Ouattara.

« En arrêtant de façon arbitraire des voix dissidentes, les autorités restreignent abusivement la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Toutes les personnes arbitrairement détenues doivent être immédiatement libérées. L‘interdiction des manifestations sur la voie publique décidée par les autorités est une attaque de plus contre les voix dissidentes. La liberté de manifester pacifiquement est un droit. », lit-on dans un communiqué de l’organisation Amnesty International qui dénonce « Les violences et la répression des voix dissidentes » en Côte d’Ivoire.

L’opposition, dont une bonne partie réfute la candidature d’Alassane Ouattara, a décidé de participer à l’élection présidentielle, sous la houlette d’une commission électorale contestée. « Le Chef de l’État a annoncé qu’il se portait candidat à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020, pour un troisième mandat. foulant au pied notre Constitution dont il est pourtant le garant, cela au mépris de sa propre parole face au peuple ivoirien et à la communauté internationale.(…) Le peuple est souverain, et l’ancienne génération doit donner une chance à la renaissance de notre pays. C’est pourquoi il nous revient, le 31 octobre 2020, de nous rassembler afin d’apposer à cette volte-face, à cette forfaiture, la sanction pacifique et démocratique qu’elle mérite. », a indiqué Pascal Affi N’guessan dans un message vidéo diffusé sur Internet le 6 août 2020. 

«Ensemble pour la démocratie et la souveraineté » (EDS), un groupement de partis et mouvements politiques de l’opposition, présidé par le Pr Armand Ouégnin, estime que « Cette décision extrêmement grave qui aurait dû intervenir en d’autres circonstances voire devant les instances du RHDP son parti, est non seulement en contradiction avec sa parole donnée solennellement le 5 mars 2020 devant le peuple, à travers sa représentation nationale, mais aussi et surtout une violation flagrante de la Constitution de notre pays qui ne lui permet pas de faire plus de deux mandats à la tête de l’Etat ».

Réagissant au discours tenu par Alassane Ouattara lors de son investiture, Simone Gbagbo s’est montrée incisive : “Monsieur Ouattara lors de son investiture en tant que candidat du Rhdp se gargarisant de sa prochaine victoire s’est cru bon de menacer que quiconque voudra perturber les élections va le trouver sur son chemin. Je voudrais dire que personne ne pourra nous intimider tant qu’il s’agira de l’avenir de notre nation.”, a répliqué l’ex-première dame qui milite pour un report du scrutin.

Contraint à l’exil en Belgique après son acquittement par la cour pénal internationale, et radié de la liste électorale, Laurent Gbagbo, dont le passeport n’a pas encore été renouvelé par les autorités ivoiriennes, est le candidat que le groupement EDS va présenter à la présidentielle de 2020. Le dossier de sa candidature sera déposé à la commission électorale indépendante le 31 août, à en croire les membres de la plateforme politique.

Le dépôt du dossier de candidature de Guiillaume Soro, lui aussi exilé en Europe et retiré de la liste électorale, aura lieu le même jour, d’après ses partisans.

Les deux hommes politiques ont été jugés par contumace (sic) et condamnés à une peine de 20 ans de prison chacun.

Ainsi, outre Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Pascal Affi Nguessan, qui ont déjà déposé leurs dossiers de candidature, une quarantaine de prétendants au trône est annoncée à la commission électorale indépendante (CEI) au plus tard le 31 août 2020. Les dossiers retenus doivent ensuite être validés par le Conseil constitutionnel.

AUTEUR: Axel Illary
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