Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Guinée Conakry : le climat politique se tend à l’approche de la présidentielle
Guinée Conakry - le climat politique se tend à l’approche de la présidentielle et du potentiel troisième mandat du président sortant Alpha Condé

Comme cela était attendu, le président sortant Alpha Condé a annoncé sa candidature à sa propre succession, après avoir fait modifier la Constitution guinéenne pour lui permettre de briguer un troisième mandat. Boycotté par l’opposition, le referendum a accouché d’un texte très controversé, menaçant d’attiser les tensions à l’approche du scrutin présidentiel prévu en octobre prochain.

 

Le — faux — suspens n’aura pas duré. Sans surprise, le président sortant de la Guinée Conakry, Alpha Condé, a été désigné le lundi 3 août comme candidat à sa réélection par la Coalition démocratique pour le changement dans la continuité (CODECC), une formation réunissant les partis politiques guinéens soutenant le pouvoir en place. La décision a été prise lors de la convention nationale du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti du président, et officialisée le lendemain par le président de l’Assemblée nationale : Alpha Condé « est candidat », a ainsi déclaré Amadou Damaro Camara lors d’un déplacement dans le pays.

 

Un scrutin à la légitimité discutable

 

Une candidature qui, si elle ne surprend pas les observateurs de la vie politique guinéenne, n’allait pourtant pas de soi. L’élection présidentielle, qui se tiendra le 18 octobre prochain, s’inscrit en effet dans le prolongement d’une modification constitutionnelle aussi importante que controversée, à la suite de laquelle Alpha Condé, 82 ans, peut officiellement briguer un troisième mandat. Élu en 2010 après des décennies de régimes autoritaires, réélu cinq ans plus tard, l’actuel président était jusqu’alors limité par la Constitution à deux mandats consécutifs.

C’est en mars dernier que le pouvoir a invité les Guinéens à s’exprimer sur la révision de leur loi fondamentale, mettant sur pied un double scrutin — législatives et référendum constitutionnel — à la légitimité discutable. Boycotté par l’opposition, le vote a dû être repoussé une première fois, avant de se tenir dans un climat de violences ayant conduit à une trentaine de décès et des centaines de blessés par balle. Sans présence d’observateurs internationaux et en pleine pandémie de coronavirus, le taux de participation s’est élevé à 61 % ; le « oui » l’emportant, selon les autorités, à près de 92 % des suffrages exprimés.

 

Un texte controversé et alégal ?

 

S’il a donc remporté haut la main son premier pari électoral, Alpha Condé s’est en revanche attiré les foudres de la communauté internationale, les chancelleries occidentales condamnant, à l’unanimité, les conditions dans lesquelles se sont tenues les opérations de vote. Les États-Unis ont ainsi exprimé leurs « vives inquiétudes » et condamné « toutes les exactions » commises lors du scrutin. La France a, de son côté, fait part de sa « préoccupation », tout comme l’ONU. « Le caractère non inclusif et non consensuel de ces scrutins (…) porte atteinte à la crédibilité de ces élections », a enfin déclaré une porte-parole de la diplomatie européenne, mettant l’accent sur la question des fichiers électoraux.

C’est notamment ce que Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée, premier parti de l’opposition, dénonçait dans une tribune pour Le Point. Une observation qui a d’ailleurs été partagée par Gilles Yabi, le président du think tank africain WATHI, qui prédisait que « même si la journée d’élection se déroulait sans incident majeur, cela ne mettrait nullement fin aux tensions politiques qui fracturent (…) la société guinéenne. « Personne ne peut vraiment (…) certifier de manière indépendante la qualité du fichier électoral sur la base duquel le double scrutin aura lieu », déplorait-il le 20 mars.

La nouvelle Constitution elle-même pourrait être frappée d’illégalité, son adoption étant intervenue dans les six mois précédant l’élection électorale, ce qui contrevient à un traité ratifié par la Guinée, et de nouvelles dispositions sur les parrainages nécessaires étant incompatibles avec le code électoral en vigueur. Une anomalie qui montre la précipitation dans laquelle cette nouvelle constitution a été adoptée, et ce sans « la participation du peuple » regrettait Cellou Dalein Dialo lors d’une interview pour RFI.

 

Quand Alpha Condé appelle au respect de la Constitution d’autres pays

 

Il est, dans ce contexte, d’autant plus ironique de voir Alpha Condé se présenter comme le premier défenseur de la Constitution… des autres pays. « Il est important que dans les résolutions (de la CEDEAO – la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) cela respecte la Constitution malienne », a ainsi récemment déclaré le président guinéen. Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

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