Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – Établissement de la CNI : La banque mondiale au centre d’une polémique

Une polémique relative à la gratuité de la Carte nationale d’identité (CNI), position défendue par les partis de l’opposition ivoirienne dans sa majorité, a éclatée et est devenue virale, à l’issue d’une conférence de presse animée vendredi 28 février 2020 par Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif du PDCI-RDA, au siège dudit parti à Cocody, une commune du district autonome d’Abidjan.

« La banque mondiale a donné 30 milliards FCFA pour que les Ivoiriens aient la carte nationale d’identité gratuite, mais le gouvernement de Côte d’Ivoire n’est pas honnête avec le peuple en faisant payante. Le 18 octobre 2019, la banque mondiale a donné de l’argent », a déclaré le secrétaire exécutif du PDCI-RDA.

Ainsi, pour le professeur Kakou Guikahué, l’opération de production de la CNI est « Une vaste escroquerie organisée ». 

Mais ces allégations, qui ne sont pas du goût de certains cadres du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir, ont suscité des réactions. 

La première réplique émane de Mamadou Touré, le ministre en charge de la promotion de la jeunesse et de l’emploi des Jeunes, par ailleurs porte-parole adjoint du RHDP, qui déclare : « Il (Guikahué, NDLR) confond le processus du Registre national des personnes physiques (RNPP), qui est une base centrale nationale et inclusive de données biométriques et biographiques des ivoiriens et des personnes d’origine étrangère résidant en côte d’Ivoire ou de passage, et le processus d’enrôlement pour la CNI. Le premier processus est mis en œuvre dans les pays de la sous-région avec l’appui de la banque mondiale et l’Union Européenne. A terme, les CNI pourraient être délivrées dans nos Etats à partir de cette base de données, de même que les titres pour les étrangers. En résumé il faut retenir que la Banque mondiale et l’UE aident certains États de la sous-région dans le processus RNPP qui est différent du processus d’enrôlement pour les CNI financé au niveau national. »

Quant au ministre Kobenan Kouassi Adjoumani, le porte-parole principal du RHDP, il a frontalement dézingué Kakou Guikahué, en rappelant que «  la seule évocation du nom (du prof, NDLR) nous replonge dans le triste scandale du détournement des 18 milliards FCFA de l’Union européenne. »

Selon lui, « Kakou Guikahué s’est couvert de ridicule en donnant de lui, l’image d’un homme politique qui ne prend pas la peine de procéder à des vérifications élémentaires avant de porter une accusation. »

À en croire le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, « les 30 milliards auxquels fait référence le secrétaire exécutif du PDCI, ne sont pas destinés à produire et à offrir gratuitement des cartes nationales d’identité », mais qu’il s’agit plutôt d’un programme sous régional dénommé West Africa Unique Identification for Regional Integration and Inclusion (WURI). En d’autres termes, il est question d’offrir aux ressortissants des pays de la CEDEAO, une identification unique pour l’intégration sous régionale et l’inclusion. « Notre pays n’est d’ailleurs pas le seul à en bénéficier. Il faut donc arrêter d’intoxiquer les Ivoiriens », a-t-il conseillé.

Dans la foulée, le groupe parlementaire de l’opposition proche de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, a produit un communiqué le 1er mars 2020, pour abonder dans le sens du secrétaire exécutif du PDCI. Le groupe parlementaire « Rassemblement » fait savoir que « suite à une convention signée avec la banque mondiale en 2015, la Côte d’Ivoire a bénéficié d’un financement de 50 millions de dollars américains, soit environ 30 milliards de FCFA, pour la mise en place d’un système harmonisé d’identification biométrique et biographique des personnes vivant sur son territoire, via un Registre national des personnes physiques (RNPP) .»

Poursuivant, ce groupe parlementaire informe que « Selon cette convention, l’opération devait débuter en 2016 et s’achever en 2020, avec l’attribution à chaque habitant de la Côte d’Ivoire d’un Numéro national d’identification (NNI) et l’édition de Cartes nationales d’identité biométriques. L’opérateur belge Semlex a signé à cet effet, une convention avec l’Etat ivoirien afin de produire les CNI, qui seront délivrées au terme du processus. » En outre, il a annoncé sa décision de « saisir le président de l’Assemblée nationale pour la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur l’utilisation des fonds mis à la disposition du gouvernement par la Banque mondiale. »

Nommément citée dans la polémique qui va crescendo, la banque mondiale s’est vue dans l’obligation de produire un communiqué pour dévoiler la nature de la convention signée avec la Côte d’Ivoire, dimanche 1er mars dernier. « Contrairement aux récentes allégations, la Banque mondiale ne finance pas le processus de délivrance des cartes nationales d’identité en Côte d’Ivoire, et n’a pas octroyé 30 milliards FCFA au gouvernement ivoirien pour l’établissement de cartes d’identité biométriques avec puce  », a déclaré d’emblée l’institution financière internationale. « Cependant, la banque mondiale aide certains pays de la communauté des États d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), y compris la Côte d’Ivoire, dans le processus de mise en place d’un numéro d’identification unique à travers le projet d’identification unique pour l’intégration régionale et l’inclusion », précise la note.

Malgré la mise au point de la banque mondiale, la polémique a gagné en intensité, mettant en exergue des doutes sur l’authenticité du document publié. Pour certains, non seulement le communiqué de la banque mondiale ne comporte pas de cachet, mais il ne mentionne pas la fonction de son signataire au sein de l’institution. Aussi, le communiqué soulève un autre grief.  En effet,  d’autres personnes soulignent que le démenti n’existe nulle part dans les registres et sur le site officiel de l’institution mondiale. « Nous attendons que le site de la Banque mondiale nous confirme ce communiqué qui circule », a lancé le professeur Kacou Guikahué, avant de solliciter un débat avec le RHDP, qui sera transmis en direct sur la Radio-Télévision ivoirienne (RTI).

Concernant la confirmation du communiqué, c’est chose faite. Lundi 2 mars 2020, la banque mondiale a repris le communiqué de son démenti, sur son site : www.banquemondiale.org .

 

 

AUTEUR: Axel Illary
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