Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Côte d’Ivoire – Modification de la Constitution : Ouattara face aux interpellations de l’UA et de l’ONU

Alassane Ouattara a décidé de modifier la Constitution, à moins d’un an des prochaines échéances électorales qui mettent en principe fin à ses deux mandats au pouvoir d’État. Va-t-il se représenter à sa propre succession ou va-t-il passer le flambeau ? Pour l’instant, le président du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir, entretient le flou. 

Mardi 6 août 2019, le président ivoirien, Alassane Ouattara, annonçait la modification de l’actuelle Constitution, votée en 2016, la troisième adoptée par la Côte d’Ivoire, après celle de 2000. C’était lors d’une interview accordée à Pascal Brou Aka, ancien Président du Conseil d’administration de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI). « Il est clair qu’il y a des choses à modifier dans la Constitution, mais ce n’est pas pour recaler des candidats à la présidentielle de 2020 », a déclaré Alassane Ouattara.

Lundi 6 janvier 2020, lors de l’échange des vœux de nouvel an avec les membres des Institutions de la République, le chef de l’État ivoirien a réaffirmé sa volonté de modifier la Constitution que lui-même a fait adopter par référendum, il y a seulement trois ans. « Dans le courant du premier trimestre de cette année, je proposerai au Parlement, des modifications de la Constitution de la troisième République pour la rendre plus cohérente et tenir compte des observations que j’ai reçues depuis lors, du Comité de rédaction de la Constitution », a révélé l’ancien allié de Henri Konan Bédié, le président du PDCI.

Dans la même période, recevant les corps constitués pour les vœux de nouvel an, il fait savoir aux diplomates que le projet de modification de la Constitution de la troisième République sera soumis au parlement au premier trimestre de l’année 2020.

Le 2 février 2020, face aux militants de son parti, dans le cadre des échanges des vœux de nouvel an, Alassane Ouattara  affirme : «lorsqu’un avion a atteint sa vitesse de croisière, on ne change pas son commandant de bord. Je suis persuadé que les Ivoiriens donneront dix autres années au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ».

 Concernant la modification de la constitution, le président du RHDP a dévoilé l’action qu’il compte mener. À l’en croire, il ira devant les députés, au mois de mars, pour faire des propositions d’ajustement technique dans la Constitution. Ouattara soutient que la loi fondamentale elle-même contient des éléments et des dispositions pour sa modification. « Je confirme, même si on est centenaire, on peut être candidat. Ça doit permettre à tout le monde de dormir tranquille, y compris moi-même », a-t-il dit.

Jeudi 30 Janvier dernier, le président ivoirien recevait la presse pour les vœux de nouvel an. À cette occasion, il a porté à la connaissance des représentants du quatrième pouvoir que la modification de la Constitution tant annoncée aura lieu entre les mois de mars et avril 2020.

Cependant, ce projet de modification de la Constitution n’est pas du goût de l’opposition qui n’a de cesse décrié l’initiative du chef de l’exécutif ivoirien. Le 21 janvier 2020, lors d’un point de presse, la Conférence des présidents des partis politiques membres de la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (CDRP) présidée par Henri Konan Bédié, a invité le chef de l’État, Alassane Ouattara, à renoncer à son projet de « tripatouillage » de la Constitution. Et a prévenu que la modification de la constitution dans le contexte actuel va exacerber les tensions et accentuer les divisions.

Au cours du 33è Sommet de l’Union Africaine, qui s’est tenu du 9 au 10 février 2020 à Addis-Abeba en Ethiopie, sous le thème : « Faire taire les armes : Créer des conditions propices au développement de l’Afrique », des messages à peine voilés relatifs au tripatouillage des Constitutions, ont été adressés aux chefs d’États africains qui ont un penchant à cet effet. Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union Africaine, a déclaré : « l’organisation d’élections apaisées est un levier décisif dans les stratégies pour une évolution sereine du continent. D’où l’extrême importance de les conduire dans les délais et le respect des constitutions, loin de toute volonté de manipulation et de détournement de la volonté populaire. Il est grand temps qu’ici encore, l’Afrique atteste d’une authentique modernité institutionnelle  ».

Dans une interview accordée à RFI et France 24, le 9 février 2020, en marge du Sommet, Antonio Guterres s’est prononcé sur les modifications des Constitutions. « J’espère que tous ces pays (concernés, NDLR) puissent avoir un dialogue politique permettant un consensus démocratique. Et j’espère que les mécanismes institutionnels qui existent puissent fonctionner pleinement. Tous les instruments démocratiques peuvent être utilisés. Je ne suis pas ici dans la position de donner des leçons spécifiques à celui-ci ou à celui-là, mais ce qui est essentiel, c’est de tout faire pour qu’il ait un dialogue inclusif et c’est de tout faire pour que les mécanismes institutionnels fonctionnent et fonctionnent de façon démocratique », a confié le secrétaire général de l’ONU.

Si les présidents africains ciblés par ces messages n’ont pas été nommés, force est de reconnaitre que le président Alassane Ouattara fait partie de ce lot, car sa détermination à modifier la Constitution n’est plus à démontrer. 

Seulement, quelle suite compte donner le tenant du pouvoir d’Abidjan aux interpellations de l’UA et de l’ONU ?

 

  

 

 

 

AUTEUR: Axel Illary
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