Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
CEDEAO – Passage du FCFA à l’ÉCO :  Imbroglio au Sommet 

Sauf changement majeur de dernière heure, l’ÉCO, la nouvelle monnaie de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), devrait être mise en circulation à partir de 2020. Avant l’application effective de cette importante décision, plusieurs avis sceptiques sont éventés. 

Au terme de la 21ème Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest -africaine (UEMOA) , le 12 juillet 2019 à Abidjan, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a annoncé que l’UEMOA va adopter en 2020 l’ÉCO, la future monnaie de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO).

 « En 2020, l’ÉCO, la nouvelle monnaie adoptée par la CEDEAO, remplacera le Franc CFA, mais il n’y aura pas de changement immédiat de parité avec l’Euro », a-t-il indiqué, avant d’ajouter : « La parité entre le franc CFA et l’euro a donné de bons résultats au plan économique, notamment la maîtrise de l’inflation dans la zone UEMOA. Le passage à l’ECO devrait, pour les dix prochaines années au moins, s’inscrire dans cette même dynamique ». 

Par ailleurs, Alassane Ouattara a invité les États membres de l’Union au respect des critères de convergence retenus au titre de la surveillance multilatérale. «J’invite nos États à oeuvrer au respect des critères de convergence retenus au titre de la surveillance multilatérale. Un accent particulier devrait être mis sur la mobilisation des ressources intérieures, nécessaire à l’accroissement des dépenses prioritaires», a-t-il souligné.

La position du chef de l’exécutif ivoirien relative à la nouvelle monnaie va susciter d’autres polémiques car en 2017, le communiqué final du sommet d’Abuja a indiqué que la CEDEAO a décidé que l’ÉCO bénéficierait d’un taux de change flexible. L’autre sujet de désaccord est relatif à la surveillance de la nouvelle monnaie par le FMI cher à Alassane Ouattara. D’où la réticence de certains pays. 

Le projet  qui concerne 8 pays francophones d’Afrique de l’ouest. pour le moment, vise à étendre la monnaie aux 15 membres de la CEDEAO. 

Mais avant cette échéance, « Abuja, qui gère déjà sa propre devise, le naïra, conditionne la mise en place de l’Éco à une discipline budgétaire», rapporte rfi.fr dans une publication en date du 23 décembre 2019.

Pour Zainab Shamsuna Ahmed, le ministre nigérian des Finances, les critères de convergence doivent être respectés. Ce pays va plus loin en posant des conditions telles qu’il n’y ait pas d’intermédiaire dans la convertibilité entre l’Éco, l’Euro et le Dollar ; La CEDEAO doit gérer elle-même l’Éco de façon souveraine ; l’Éco doit être convertible avec toutes les monnaies du monde et devrait être imprimé en Afrique et non en France.

Aussi, le passage du FCFA à l’ÉCO a fait régir des économistes et hommes politiques africains.

Pour l’économiste et homme politique ivoirien, Mamadou Coulibaly, « Déclarer que le FCFA est mort, c’est vraiment politique, alors qu’il s’agit d’une question sérieuse, financière, monétaire. La France se retire de la gouvernance de la monnaie, affirme-t-on, alors que la garantie de celle-ci reste assurée par Paris. La parité aussi restera fixe. En fait, rien n’a changé. Elle (la reforme, NDLR) avance sans bouger. Juste une réformette ».

Selon l’économiste sénégalais Felwine Sarr, « c’est une étape, mais ce n’est pas la rupture qui est annoncée et ce n’est pas non plus la révolution, et il faut que les gens continuent de travailler pour avoir une autonomie monétaire absolue, fondamentale et surtout, sur des questions qui sont stratégiques d’un point de vue économique : quel régime de change, quel type de parité, sur quel type de devise on le fixe, que l’on puisse aller dans le sens de ce que nous estimons mieux pour les économies de la zone ».

Quant au ministre Justin Koné Katinan, vice-Président du FPI, en charge de l’Économie et des Finances, porte-parole de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, « la décision de l’instance suprême de la CEDEAO a toutes les chances de rester au stade d’un vœu pieu. En effet, contrairement aux propos emprunts de triomphalisme de certains, aucun des Etats membres de l’espace communautaire ne remplit tous les critères de convergence qui sont les prérequis pour l’avènement de l’ECO. A en croire cet économiste, L’ECO a été conçue avec une grosse tare qui compromet sa naissance et son développement. »

   

 

 

 

AUTEUR: Axel Illary
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