Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
La musique, vecteur de paix en Côte d’Ivoire
FEMUA_Officiel_Tribune_Ouest

La disparition du jeune DJ Arafat, roi du coupé-décalé, a ému tout un pays. Les troubles qui ont eu lieu lors de ses obsèques ne doivent pas faire oublier le rôle central de la musique et plus largement de la culture dans le développement et l’unité du pays.

Lundi 12 août, les Ivoiriens apprenaient avec stupeur la disparition de DJ Arafat. Le chanteur est décédé à l’âge de 33 ans, des suites d’un accident de la circulation. « Le petit est parti. Il a vécu comme une étoile filante. Nous sommes tous effondrés. Dans le style du zouglou, à l’international, il y a Magic System. Pour le coupé-décalé, c’était DJ Arafat. C’est une grande perte pour la musique ivoirienne », s’est ému A’salfo, le leader du groupe Magic System. Il exprimait la tristesse de tout un pays, qui a dit au revoir à l’un de ses principaux ambassadeurs. À tel point que le gouvernement ivoirien a souhaité lui rendre hommage pour sa contribution au rayonnement de la culture ivoirienne en Afrique de l’Ouest et au-delà du continent africain, en lui organisant des obsèques nationales samedi 31 août à Abidjan. La cérémonie a été marquée par la participation de nombreuses personnalités, comme l’ancien footballeur ivoirien Didier Drogba. Deux jours avant, la Première Dame Dominique Nouvian Ouattara s’est rendue au chevet de la famille, de la veuve et des enfants d’Ange-Didier Houan, de son vrai nom, pour présenter ses condoléances.

« Tous les grands peuples grandissent avec la culture », a déclaré le ministre de la Défense Hamed Bakayoko lors de la cérémonie d’hommage. Le gouvernement ivoirien n’a eu de cesse de rappeler l’importance de la culture comme vecteur d’union et de paix en Côte d’Ivoire. « Nous sommes une nation riche de sa diversité culturelle qui s’appuie sur sa culture, car la culture crée la paix et non la guerre », avait déclaré Maurice Bandaman Kouakou en novembre, lors de la cérémonie de lancement du Festival des arts et de la culture Agni (Festagni).

Festagni : danser pour l’égalité

Véritable vitrine du patrimoine Akan, ethnie ivoirienne du Sud-Est et de l’Est du pays, ce festival a été un événement fédérateur pour tous les Ivoiriens : « Nous voulons interroger l’harmonie sociale sous le prisme de la culture, car le patrimoine culturel ivoirien est riche et varié et cette diversité, la Côte d’Ivoire la doit à la multiplicité des peuples qui cohabitent sur son sol », avait souligné Eric Ané, commissaire général du Festagni. Le thème pivot de cette édition, « Brassage culturel et construction de l’harmonie sociale » ne devait rien au hasard.

De nombreux événements culturels offrent aux Ivoiriens l’occasion de se rassembler, et d’échanger autour des grands enjeux sociaux du pays. Sous le « marrainage » de la Première Dame, Dominique Nouvian Ouattara, le douzième Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), fondé par le groupe Magic System, en est l’un des exemples les plus récents. Créé en 2008, il est devenu « le lieu incontournable pour réfléchir sur les grandes questions de l’avenir du continent, comme l’égalité femmes-hommes ».

La 12e édition du Femua, qui s’est tenue du 23 au 28 avril 2019, a été l’occasion de rassembler des artistes parmi les plus populaires du continent, comme la Malienne Oumou Sangaré, le Rwandais Buravan, le Nigérian Femi Kuti ou encore le Congolais Roga. Il a également donné la possibilité aux participants de débattre autour du thème « genre et développement », dont la Première Dame ivoirienne a rappelé l’importance pour le continent. « Il s’agit d’une thématique qui me tient particulièrement à cœur, car elle touche au bien-être de nos sœurs et à l’équilibre de nos sociétés », a souligné Dominique Nouvian Ouattara.

La Première Dame, qui a salué l’engagement de Magic System et sa contribution « pour le rayonnement culturel et artistique de la Côte d’Ivoire en Afrique, mais aussi dans le monde », a également estimé que seule « l’implication de tous va permettre de faire bouger les lignes », en matière d’égalité de genre.

« Fort engagement humain »

Pour Dominique Nouvian Ouattara, il est urgent d’encourager les Ivoiriennes à  développer leurs propres activités afin de gagner en autonomie. Convaincue que cette démarche passe avant tout par l’éducation et la formation des jeunes filles, la Première Dame a « accédé avec plaisir à la demande du groupe Magic System de réhabiliter et d’équiper l’Institut de formation et d’éducation féminine (IFEF) de Marcory Anoumabo ».

La 12e édition du Femua a aussi été l’occasion pour la Première Dame d’annoncer que le Centre de santé d’Anoumabo avait été réhabilité et doté d’équipements neufs « afin que nos sœurs puissent se former et se soigner dans de bonnes conditions ». Enfin, elle a également annoncé avoir accepté « avec plaisir la demande d’A’salfo d’octroyer à nos sœurs d’Anoumabo le FAFCI, qui va les aider à avoir des activités génératrices de revenus ».

Lancé par la première dame en 2012, le Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI) octroie des prêts à des femmes pour les aider à financer une activité génératrice de revenus. Le programme, dont le capital est passé de 10 à 12 milliards de francs CFA en mars dernier, a permis d’investir un montant total de 25 milliards de francs CFA pour l’autonomisation des femmes ivoiriennes. Plus de 170 000 d’entre elles ont ainsi bénéficié d’une aide afin de financer une activité génératrice de revenus.

Si les organisateurs du Femua souhaitaient avant tout « faire vivre des moments de joie aux populations à l’intérieur du pays », ce grand rendez-vous musical n’en a pas moins souligné les liens qui existent entre culture et développement en Côte d’Ivoire.

 

Crédit photo  : Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo

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