Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
DJ Arafat : retour sur la vie tourmentée d’un rebelle

DJ Arafat, la star ivoirienne du couper-décaler, a rangé le micro à la suite d’une collision, à Angré, un quartier chic d’Abidjan, la capitale de la Côte d’Ivoire, alors qu’il était aux commandes de l’une des nouvelles motos qu’il venait de s’offrir. Dans la nuit du 11 au 12 août 2019, si l’on en croit les images d’une caméra de surveillance, l’artiste qui, visiblement, roulait à vive allure, a percuté l’arrière d’une voiture dont la conductrice aurait manqué de marquer un arrêt à un carrefour. 

Un internaute, présent sur le site de l’accident, a dénoncé, en direct sur le réseau Facebook, l’absence des secours qui mettaient du temps à arriver pour prodiguer les premiers soins. Selon plusieurs témoignages concordants, le chanteur a été conduit dans une clinique après l’arrivée tardive des services d’assistance.

Durant toute la nuit, de nombreux fans de la star sont restés à l’affût de la moindre information concernant son état de santé. Pour certains observateurs, la probabilité de son décès, avant l’intervention des secours, n’est pas à écarter. Toujours est-il que, le 12 août 2019, la nouvelle de sa disparition est tombée comme un coup de massue. L’information, qui s’est aussitôt propagée aux quatre coins du monde, a déclenché un  extraordinaire élan de compassion et de solidarité.

La mort tragique de DJ Arafat a eu un écho retentissant dans la presse internationale. Les réseaux sociaux se sont enflammés, et chacun y va de son commentaire depuis lors. On enregistre des témoignages élogieux, mais aussi de nombreux griefs contre l’artiste.

Retour sur la vie tourmentée d’un enfant de stars devenu super-star.

Houon Ange-Didier, de son nom à l’état civil, est né en 1986 à Cocody, un quartier huppé d’Abidjan. Il est issu d’une union entre le musicien Houon Pierre, décédé en 2012,  et Logbo Valentine, qui devient Tina Spencer quand elle entame une carrière de chanteuse.La vie du petit Ange-Didier est ainsi trempée dans l’univers du show-biz depuis sa tendre enfance.

Influencé par son père, dont il tient également son amour pour la moto, il manifeste très tôt un vif intérêt pour les instruments de musique qu’il privilégie au détriment des études. Ce qui ne favorise pas ses rapports avec son géniteur : « J’étais tout petit quand j’ai commencé la musique. Tous les jours, mon papa me battait parce que je touchais aux instruments de musique. Je n’ai jamais compris pourquoi mon papa me frappait. Un jour, il m’a frappé. J’ai décidé de partir. Je ne me sentais pas aimé. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans la rue. Mes parents ont payé mes études. Mais j’ai décidé d’arrêter. Parce que j’aimais vraiment la musique. C’est Dieu seul qui m’a protégé. », confie-t-il dans une vidéo publiée sur Facebook en 2014.

À 11 ans, il découvre le monde de la nuit. En dépit de son jeune âge, il va se faire une place dans ce milieu où le vice est érigé en norme.  « Ma maman était dans tous les mouvements de Nouchi. Elle était avec la bande de John Pololo. Ils disaient que ma maman était une pute. Lorsque je partais à l’école, on disait : voici l’enfant de la pute là. J’ai donc décidé d’arrêter d’aller à l’école. Je me suis concentré sur la musique. Et là, j’ai pris la rue. Dans la rue, je dormais sur les tables du marché. À force de le faire, j’ai grandi molo-molo. », révèle-t-il.

C’est à la célèbre rue princesse, située dans la commune de Yopougon à Abidjan, que la chance lui sourit  : « j’avais 12 ans et tous les DJ refusaient que je sois avec eux. J’ai galéré. C’est ainsi qu’un jour, j’étais dans un maquis, en train d’enregistrer une cassette pour un vieux père* qui m’a demandé de faire des “Atalakou”* moyennant 2000 CFA. C’est après cela que j’ai été contacté pour animer au maquis le Changaî qui venait d’ouvrir. Je n’avais même pas de chaussures. J’avais juste un débardeur et une culotte. Je m’en souviens comme si cela s’était passé hier.Arrivée au maquis, ils ont dit :  c’est quel bébé ça ? Et j’ai fait mes preuves au Shanghai », déclare-t-il fièrement.

Le jeune Arafat, qui fait ses premières armes en tant que Disc-jockey, ne tarde pas à imprimer son empreinte dans ce lieu chaud de la capitale ivoirienne. Sa rencontre avec le producteur Roland le Binguiste sera le déclencheur de sa carrière musicale.  De leur collaboration sort le single JONATHAN qui connait un grand succès auprès des mélomanes. « Il y a un Binguiste* que vous connaissez, aujourd’hui il est devenu chanteur. Il s’appelle Roland Le Binguiste. Il est venu me voir. Il a écouté ma manière de chanter. Il a décidé de me produire. Je ne savais même pas quoi chanter. Le lendemain, on me dit que mon ami Jonathan est décédé. Il devait partir à Londres. Il est mort à la veille de son voyage. C’est comme cela que j’ai composé  la chanson en studio pour lui rendre hommage. Le titre a marché. J’ai eu de l’argent. Mais je ne le respectais pas. Je prenais mes amis pour aller faire la fête. Du premier au 31 décembre. Je ne savais pas que les choses allaient changer.(…) Quand je n’avais plus d’argent, tous mes amis m’ont quitté.(…) »

Cependant,  DJ Arafat n’a pas encore dit son dernier mot.  L’artiste, qui a plus d’une corde à son arc, va encore  faire parler de lui. Réputé pour être friand des clashs sur les réseaux sociaux, le chanteur s’est entre-temps illustré dans la création des concepts. KPANGOR, COMMANDANT ZABRA, KPANKAKA, CHEBELER, YOROGANG, KAIKILADA,  DOSABADO,  PANDOUKOULE, ÇA BOUAI,  MOTO-MOTO , DJESSIMIDEKA, MAPLORLY, C’EST MOI,  etc, sont autant de ses oeuvres qui font bouger ses fans à travers le monde.

En effet, Le FLUEMENTO, son autre surnom parmi tant d’autres, draine des foules. Il compte de nombreux supporters sur toute la planète qu’il baptise « les Chinois », pour marquer leur importance numérique. « C’était un concepteur hors pair qui était adulé par plusieurs mélomanes, dont de nombreux jeunes, qu’il a séduits par son talent. », mentionne l’artiste ivoirien Bloco, l’un des précurseurs du Couper-Décaler.

De fait, DJ ARAFAT a été plusieurs fois nominé lors des cérémonies de récompense dédiées aux chanteurs sur le continent africain. En 2012, celui qui s’est surnommé « LE ZEUS D’AFRIQUE » a été désigné ‘‘Meilleur artiste africain de l’année’’ et ‘‘Meilleur artiste masculin de l’Afrique de l’Ouest’’, lors des ‘‘Kora Music Awards’’. Il s’attribuera par la suite le  surnom ‘‘DEUX FOIS KORAMAN’’.

Le magazine ‘‘Forbes’’ et la chaine musicale ‘‘Trace Africa’’ lui ont décerné le titre de l’ ‘‘Artiste le plus influent du continent africain’’ à l’issue d’un classement rendu public le 30 novembre 2015.DJ ARAFAT a été élu ‘‘Meilleur artiste francophone de l’année’’ lors des MTV Awards en 2015. Il était le seul Ivoirien à figurer sur la liste des 18 prétendants au titre de l’‘‘Africain de l’année 2015’’, une distinction organisée par le magazine ‘‘Jeune Afrique’’. En 2016 et 2017, il a été consécutivement lauréat des Awards du Couper-Décaler.

DJ ARAFAT détient un palmarès enviable dans le monde impitoyable du show-biz qui lui a ouvert les portes en 2003 avec la performance de son premier single JONATHAN, qui l’a propulsé au sommet des hits africains.

Avec les « Chinois », une relation presque fraternelle s’est construite. Il a contribué à l’épanouissement de plusieurs de ces jeunes qui se reconnaissaient en lui. À en croire l’entourage de l’artiste, les concerts de la tournée MOTO MOTO, qui ont été des flops financiers du fait d’un boycotte dont il aurait été victime, étaient organisés au profit des projets de certains de ses fans en quête d’emploi. « Il a connu la rue, la galère. Il savait donc compatir et être un Ange pour voler au secours des démunis », confie Joss Menjoss, un entrepreneur culturel proche de l’artiste.

Mais DJ ARAFAT était aussi connu pour ses frasques à répétion et pour les clashs sur les réseaux sociaux. Ce qui n’a pas été toujours à son avantage. Ses différents dérapages ont dévoilé l’image d’un mauvais garçon. À la suite de la diffusion d’une vidéo devenue virale, il a eu maille à partir avec la télévision ivoirienne qui  lui reprochait ses incartades. On aperçoit en effet DJ ARAFAT en train de battre une femme qui est  la mère de l’un de ses enfants. Il casse la vaisselle sur la tête de la victime devant sa caméra. Cette triste scène a provoqué, sans surprise, une vague d’indignation et de condamnations.

Toutefois, cela ne l’a pas dissuadé de bastonner l’un de ses danseurs au motif que celui-ci a fumé de la marijuana malgré l’interdiction qui lui était faite. La vidéo, postée sur son propre profil Facebook, a été diversement commentée. L’affaire a fait grand bruit, mais les protagonistes ont fini par trouver un terrain d ‘entente.

Les relations du chanteur avec sa mère n’étaient pas toujours paisibles. Plusieurs fois, les réseaux sociaux ont été le théâtre de leurs querelles. Avec les autres chanteurs, les clashs étaient courants. Les bagarres aussi. « Tu me respectes, je te respecte. Tu veux déconner, j’insulte ta maman. Si tu es trop fâché, tu attaches une corde et tu te pends. » martèle-t-il dans une vidéo.

DJ ARAFAT qui excellait dans la démesure, se présentait aussi comme un insoumis, un dur à cuir qui cassait les codes établis, un rebelle qui refusait de courber l’échine.

C’est cet artiste controversé, dont l’action aurait un impact négatif sur la jeunesse de son pays, que les autorités ivoiriennes ont élevé, à titre posthume, au rang de chevalier de l’ordre national, l’ordre suprême en Côte d’Ivoire. Selon M. Maurice Bandaman, le ministre ivoirien de la Culture, cette distinction vient récompenser «I’importante contribution de DJ ARAFAT au rayonnement artistique et à l’influence culturelle de la Côte d’Ivoire dans le monde .»

YOROBO s’en est allé dans la fleur de l’âge, à 33 ans, plongeant ses nombreux fans dans la désolation. Il laisse une femme et 5 enfants inconsolables.

 

Binguiste* : Personne d’origine africaine résidant en Europe, principalement en France.

Vieux père* : Personne âgée à qui l’on doit le respect

Atalakou* : Dédicaces

AUTEUR: Axel Illary
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