Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Affaire Adama Gaye : la justice sénégalaise réplique

C’est l’affaire de l’été au Sénégal : Adama Gaye est-il allé trop loin ? Empêtré dans une critique du président Macky Sall qui vire à l’insulte personnelle, le journaliste est désormais lâché par ses confrères et attaqué en justice.

« La justice ne permettra plus à quiconque de fouler aux pieds les fondamentaux de la République », a prévenu le garde des Sceaux sénégalais, Malick Sall. Assumant sa « totale responsabilité » dans l’arrestation du journaliste Adama Gaye, le ministre de la Justice a dénoncé une affaire qui contribue à affaiblir les institutions et à provoquer la déstabilisation du pays.

Adama Gaye a été placé en garde à vue lundi 29 juillet, puis déféré devant le parquet mardi 30. La Division des investigations criminelles (DIC, police judiciaire) lui reproche la « diffusion d’écrits contraires aux bonnes mœurs » et l’accuse d’« offense au chef de l’État », a indiqué à l’AFP son avocat, Me Cheikh Khouraissy Ba.

« Je me considère comme un prisonnier d’opinion, un détenu politique retenu pour ses écrits basés sur des faits précis, des questions vitales par rapport à la souveraineté nationale du Sénégal, notamment la gestion des hydrocarbures », a déclaré mardi à l’AFP le journaliste.

« Vocabulaire ordurier »

Une ligne de défense dont la cohérence pourrait être mise à rude épreuve. Si M. Gaye est en effet connu pour être un virulent critique du pouvoir, les « écrits contraires aux bonnes mœurs » qu’on lui reproche n’ont que peu de rapport avec la politique du chef de l’État en général ou la gestion des hydrocarbures en particulier. Ils concernent surtout la vie privée et l’intimité de Macky Sall, avec notamment une publication Facebook le 15 juillet dernier qui dénigrait personnellement le chef d’Etat sénégalais.

Des « révélations » bien éloignées de l’intérêt public, qui suscitent la gêne parmi les confrères du journaliste. Pour Madiambal Diagne, président de l’Union de la presse francophone (UPF), le comportement de ce dernier est « inacceptable dans une République et indigne d’un journaliste ». M. Diagne fustige l’attitude d’un « multirécidiviste qui s’attaque gratuitement aux institutions de la République, mais aussi à d’honnêtes citoyens sans raison ni preuve ».

De son côté, le politologue Babacar Justin Ndiaye dénonce le « vocabulaire ordurier » que le journaliste a utilisé dans ses posts contre le chef de l’État. Enfin, pour Fatoumata Niang Ba, présidente de l’Union pour le développement du Sénégal/Renouveau (UDES/R), « quand l’insulte devient un moyen d’expression, c’est qu’il y a une malheureuse confusion entre liberté d’expression et abus de celle-ci ».

« La porte ouverte à la déstabilisation »

Alors que la Présidence de la République continue d’ignorer les accusations et les diffamations du journaliste, le ministère de la Justice s’est décidée à réagir à mesure que les propos de M. Gaye sont devenus de plus en plus injurieux et qu’il s’est mis à attaquer personnellement le chef de l’État, l’accusantd’être un « menteur », un « infidèle mari », un « escroc illégitime » ou encore un « déchet porte malheur ».

Mais l’affaire réservait un surprenant rebondissement. Le journaliste sénégalais se défend désormais d’avoir écrit ces attaques et affirme que son compte Facebook a été piraté par des individus qui ont posté les commentaires à sa place. Il assure par ailleurs avoir porté plainte contre X pour ce piratage.

Considérant que ces diffamations finissaient par porter atteinte à l’image du pays, la Justice sénégalaise pour sa part a estimé nécessaire de se saisir de l’affaire. « La Justice n’autorisera personne à fouler aux pieds les fondamentaux de la République et les institutions. Lorsque ces institutions sont banalisées, c’est la porte ouverte à la déstabilisation. En tant que garde des Sceaux, il est de ma responsabilité de protéger les institutions de ce pays », a martelé le garde des Sceaux sénégalais.

Des propos injurieux qui devraient donc être sanctionnés au tribunal. Une escalade dans la violence verbale de la part du journaliste Adama Gaye qui illustre surtout l’impasse dans laquelle le chroniqueur s’est enfermé à mesure que les accusations sur les malversations autour des hydrocarbures sont tombées à l’eau.

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