Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
La Côte d’Ivoire se bat pour ses producteurs de cacao

La Côte d’Ivoire et le Ghana se sont entendus pour assurer un revenu minimum à leurs producteurs de cacao. Une politique volontariste de la part du premier producteur mondial qui s’exprime également à travers un nouveau plan de lutte contre le travail des enfants. Deux évènements qui prouvent que, s’il est originaire d’Amérique du Sud, le cacao est devenu un pilier de la vie économique et sociale de l’Afrique de l’Ouest.

Vers une meilleure rémunération des agriculteurs

Mercredi 3 juillet, des experts et des industriels de la Côte d’Ivoire et du Ghana se sont réunis à Abidjan afin de mettre en place un nouveau mécanisme de fixation des prix pour le commerce des fèves de cacao. Même si les deux pays n’ont pas réussi a trouver un terrain d’entente avec les multinationales du secteur, les deux premiers producteurs mondiaux de cacao — qui réalisent à eux seuls plus de 60 % de la production mondiale — visent par cet accord à garantir un revenu décent à leurs agriculteurs en fixant un prix plancher de 400 dollars la tonne de fèves. Outre la recherche d’une rémunération plus juste, cette entente vise à calmer les tensions entre les deux pays dues à la contrebande ayant pour origine la différence des prix payés aux producteurs de chaque côté de la frontière.

Jusqu’à présent, sur les 100 milliards de dollars que représente le marché mondial du cacao, seuls 6 milliards revenaient aux producteurs. En Côte d’Ivoire par exemple, plus de la moitié des agriculteurs vivent en deçà du seuil de pauvreté, avec moins de 757 francs CFA (1,15 euro) par jour selon un rapport de la Banque mondiale. En effet, près de 80 % des gains de la filière cacaoyère sont concentrés au niveau de la transformation en pâte de chocolat et de la distribution des produits finis aux consommateurs. Or, la Côte d’Ivoire est presque absente de ces deux étapes puisqu’elle transforme moins de 500 000 tonnes de cacao par an alors qu’elle en produit 2 millions de tonnes.

Cette entente entre la Côte d’Ivoire et le Ghana prend donc l’allure d’un « OPEP du Cacao » et fait suite à la décision historique, prise le 12 juin dernier, de suspendre la vente des récoltes de 2020/2021 afin de préparer la mise en place de ce prix minimum. Les deux pays voisins avaient alors décidé qu’ils ne vendraient plus leur cacao en deçà de 2 600 dollars la tonne, ce qui ne représente toutefois qu’une augmentation d’environ 50 dollars, soit à peine 2 %.

Le travail des enfants, un fléau à éradiquer 

En parallèle à ce combat pour le niveau de vie des agriculteurs, le gouvernement ivoirien consacrera 5 milliards de francs CFA (7,6 millions d’euros) à l’éradication du travail des enfants dans la filière cacaoyère sur la période 2019-2021. Il s’agit du troisième plan de cette nature depuis 2012, intégré dans une stratégie globale visant à lutter contre le travail des enfants dans tous les secteurs de l’économie. Le cacao est au cœur de cette politique, car près de 890 000 enfants travaillent dans le secteur, d’après les estimations de la fondation antiesclavagiste australienne Walk Free. Certains enfants travaillent pour leurs parents dans le cadre d’une exploitation familiale, tandis que d’autres font l’objet d’un trafic avec l’étranger. 

Patricia Sylvie Yao, secrétaire exécutive du Comité national de lutte contre le travail et l’exploitation des enfants, explique que « ce plan a une plus large portée que les précédents et compte appréhender la pauvreté des ménages comme principale racine du travail infantile ». C’est la raison pour laquelle cette politique publique se focalisera sur l’« empowerment » des femmes des campagnes à travers l’amélioration de leurs revenus et un investissement plus accru dans l’éducation. Un projet ambitieux d’un coût global de 76 milliards francs CFA (près de 116 millions d’euros)

Le cacao, une spécialité ivoirienne venue de loin

Aujourd’hui, environ 70 % du cacao produit dans le monde vient d’Afrique, la Côte d’Ivoire assurant à elle seule 40 % de cette production. Un leadership qui n’avait rien d’évident compte tenu de l’histoire de cette plante qui a su se rendre indispensable.

En effet, le cacaoyer est probablement originaire du bassin de l’Amazone et a été domestiqué au Mexique il y a 3000 ans. Le nom cacao provient d’ailleurs de cacahuatl ou xocolatl, des termes issus des civilisations précolombiennes aztèques ou mayas. Longtemps utilisées comme monnaie en Amérique centrale, ces fèves à l’origine du chocolat sont découvertes par les conquistadors espagnols en même temps que le Nouveau Monde. Christophe Colomb aurait goûté la boisson marron en 1502, mais ne l’apprécia guère, et ce n’est que 26 ans plus tard qu’Hernan Cortès rapporta en Espagne les premiers sacs de cacao. À partir de ce moment, la mode du cacao se répand en Europe — en particulier lorsqu’il devient la coqueluche de l’aristocratie après son arrivée à Paris au 17e siècle et son adaptation aux palais du Vieux Continent par l’ajout de sucre. 

En toute logique, l’Amérique latine demeure — et de loin — le premier producteur mondial de cacao jusqu’au début du XXe siècle : en 1920 l’Équateur assure à lui seul un quart de la production mondiale. Le cacao arrive en Afrique en 1922 par les îles São Tomé-et-Príncipe, alors colonies portugaises, ce qui leur vaut le surnom d’« îles chocolat ». Des descendants directs des premiers plants importés s’y trouvent d’ailleurs toujours, produisant des fèves d’une grande qualité. À partir de là, le cacao se propage en Afrique de l’Ouest (Ghana, Côte d’Ivoire et Nigeria) et en Afrique centrale (Cameroun, Gabon, Moyen Congo, Congo belge et Centrafrique), qui possèdent toutes les qualités propices au développement du cacaoyer (température, hydrométrie, humidité et forêts d’ombrage)

La production mondiale passe de 20 000 tonnes en 1850 à 375 000 tonnes en 1920, année où la part du cacao africain flirte déjà avec les 60 %. Suite à un scandale portant sur l’esclavagisme en vigueur à São Tomé-et-Príncipe, le Ghana devient le premier producteur mondial et le reste jusqu’en 1978.

Il est alors détrôné par la Côte d’Ivoire, où les cacaoyers introduits en 1830 sont mis en valeur par le capitaine de navire et négociant Arthur Verdier. À partir de 1912, la production cacaoyère de la Côte d’Ivoire s’accroît lentement, mais régulièrement, avant de devenir le leader mondial incontesté avec 2,2 millions de tonnes par — loin devant les 870 000 tonnes du Ghana.

Plus qu’une plante, le cacao est donc un marqueur de l’histoire et de l’identité ivoiriennes. Élément fondamental de son économie et de sa structure sociale, l’« or brun » représente 10 % du PIB ivoirien et fait vivre près du tiers de sa population. En protégeant la filière cacaoyère, le gouvernement ivoirien protège donc le présent et l’avenir d’un pays en pleine croissance économique. 

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