Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Pour prévenir le départ de ses citoyens, la Côte d’Ivoire crée de nombreux emplois

La Côte d’Ivoire mise sur la création d’emplois pour retenir ceux de ses citoyens qui pourraient être candidats à l’exode vers l’Europe, et séduire les membres de la diaspora qui souhaiteraient venir se réinstaller dans le pays.

Comme de nombreux pays africains, la Côte d’Ivoire est confrontée à l’exode de ses ressortissants. Jeunes, la plupart du temps. En 2017, les demandeurs d’asile ivoiriens en France approchaient les 4 000, soit deux fois plus qu’en 2016, tandis que 8 000 migrants, âgés de 14 à 24 ans, débarquaient en Italie, selon le Centre de volontariat international (CEVI). D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui se base sur les chiffres relatifs aux migrants rejoignant l’Europe, la Côte d’Ivoire se placerait ainsi au 3ème rang des pays d’Afrique de l’Ouest, derrière le Nigéria et la Guinée.

Un résultat étonnant, voire paradoxal, si l’on se réfère aux (bons) chiffres économiques du pays, qui devrait enregistrer cette année une croissance aux alentours de 7 % du PIB, selon la Banque mondiale. Ce qui fait de la Côte d’Ivoire l’une des locomotives du continent, avec le Nigéria – lui aussi en tête des pays laissant partir chaque année de nombreux ressortissants… Mais selon certains analystes, la croissance économique ivoirienne, poussée notamment par les investissements étrangers, reste fondamentalement déconnectée de la création d’emplois locaux. Si bien que le gouvernement, depuis quelque temps, explore de nombreuses pistes pour maintenir sa jeunesse dans le pays.

230 000 emplois dans le tourisme

Le 13 mars dernier, Sidi Touré, le porte-parole du gouvernement, annonçait par exemple en conseil des ministres qu’Abidjan allait créer quelque 230 000 emplois d’ici 2025, dans le secteur du tourisme. Baptisé « Sublime Côte d’Ivoire », le projet vise, plus globalement, à faire du pays la 5ème puissance touristique d’Afrique, avec 5 millions de visiteurs étrangers d’ici 2025. Tout en participant activement à la croissance ivoirienne, pour l’instant entre les mains de certains secteurs phare bien établis – comme la production de cacao (35 % du marché mondial) –, parfois soumis à des fluctuations ces derniers temps. D’après M. Touré, les études concernant cet important vivier d’emplois sont achevées, et les financements ne devraient pas tarder à être répartis.

Quelques jours plus tôt, le directeur général de la Société des transports abidjanais (Sotra), Méïté Bouaké, annonçait la création de près de 1 900 emplois, cette année, dans le domaine des transports publics. L’an dernier, déjà, la Sotra avait créé plus de 1 000 postes, conformément au souhait du gouvernement ivoirien, et plus de 2 000 agents avaient pu bénéficier d’avancements, dont 530 de manière « exceptionnelle ». M. Bouaké a également fait savoir que la société renforcerait son parc automobile, avec 500 nouveaux autobus, ce qui portera le nombre total de véhicules neufs à 1 600. L’Etat ivoirien (actionnaire de la Sotra) espérant ainsi perfectionner le trafic dans les rues de la capitale.

Le secteur de la santé innove

Loin d’être anecdotique, le bon fonctionnement des services publics est l’une des conditions sine qua non pour que les Ivoiriens expatriés, dont beaucoup cherchent à « rentrer au pays », acceptent de se réinstaller en Côte d’Ivoire. Une population souvent jeune, éduquée, ayant suivi de longues études, désireuse « de faire bouger les choses »expliquait à Jeune Afrique un responsable de recrutement ivoirien en février dernier. Problème, selon l’une de ses homologues citée par le média, les postes convoités par une partie de la diaspora, comme ceux dans le management, sont souvent qualifiés. Et s’ils ne sont pas occupés en Côte d’Ivoire, c’est souvent qu’ils n’ont pas été créés.

Mais là aussi, les choses sont en train d’évoluer. Dans le secteur de la santé, notamment, puisqu’Abidjan a souhaité coupler boom du numérique et amélioration des services de santé, en formant les futurs cadres au sein du tout premier master international sur la santé numérique, à l’Ecole supérieure africaine des TIC (Esatic). Si « la Côte d’Ivoire ne part pas de zéro [étant donné que] plusieurs centres de santé innovent actuellement », a fait savoir Modibo Samaké, conseiller technique au ministère de l’Economie numérique, l’ouverture d’un master international, dans un domaine assez défaillant – mais primordial –, en dit long sur les ambitions des autorités ivoiriennes. Qui cherchent plus que jamais à inscrire leur pays dans le 21ème siècle, en commençant par procurer un emploi à sa jeunesse.

 

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