Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Union africaine : l’Egypte peut-elle renforcer la cohésion du continent ?

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, vient de prendre la présidence de l’organisation panafricaine pour un an, et souhaite renforcer les liens économiques entre Etats africains, tout en assurant leur sécurité alimentaire. Le Caire a certains arguments à faire valoir. 

L’Egypte vient de prendre la présidence de l’Union africaine (UA) pour un an, succédant ainsi au Rwanda, dont le mandat à la tête de l’organisation panafricaine affiche un bilan en demi-teinte. Si les attentes étaient grandes de voir enfin l’institution réformée, celle-ci souffre toujours des dissensions internes entre certains Etats membres et, par conséquent, d’un manque de cohésion. Ce que le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, espère faire évoluer grâce, notamment, à trois des « piliers » de sa présidence : le développement des infrastructures, la création d’emplois pour la jeunesse et, surtout, l’accélération de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC), censée renforcer les liens entre les Etats africains.

« Harmonisation des systèmes agricoles »

Fruit de deux ans de travaux et de négociations au sein de l’UA, l’accord portant création de la ZLEC, signé en mars dernier à Kigali (Rwanda), représente un « tournant historique » pour le continent, estimait à l’époque le président nigérien, Mahamadou Issoufou. « Il s’agit d’un tournant historique pour l’Afrique, qui a été divisée il y a 133 ans à Berlin, partagée et affaiblie. Elle a décidé de s’intégrer et de s’unir [car] ce sont 84 000 km de frontières qui font que les échanges entre Etats africains ne représentent aujourd’hui que 17 % des échanges sur le continent », regrettait-il l’an dernier. Grâce à la ZLEC, au contraire, les entreprises africaines devraient être davantage compétitives « et pourront satisfaire la consommation intérieure, mais aussi […] rendre le continent plus attrayant ».

Concrètement, l’une des conséquences de l’entrée en vigueur de cette zone de libre-échange devrait être la mise en place d’une voix unique, au sein du continent, pour la négociation des accords internationaux. Dont le rôle sera plus ou moins similaire à celui des institutions européennes (Commission et Conseil en tête), négociatrices en chef des partenariats commerciaux du Vieux Continent. Afin de piloter efficacement cette intégration économique poussée, l’Egypte compte sur plusieurs atouts, dont « l’harmonisation des systèmes piscicoles et agricoles à travers l’Afrique », expliquait il y a quelques jours l’ambassadeur d’Egypte en France, Ehab Badawy. Le Caire, qui soutient déjà plusieurs Etats africains dans le développement de leur agriculture, pourra miser sur son expérience en la matière.

Transformation socio-économique

Derrière la cohésion économique et, surtout, agricole de l’Afrique, Abdel Fattah al-Sissi espère parvenir à la sécurité alimentaire sur l’ensemble du continent. Une problématique dont il maîtrise les enjeux, puisque son pays, face à une démographie galopante (+ 2,5 millions d’habitants par an) et à une déficience hydrique criante (21,5 milliards de m³ selon les chiffres du ministère égyptien de l’Irrigation et des Ressources hydriques), doit s’employer pour développer un secteur agricole qui tienne la route. Le président égyptien vient à ce titre d’inaugurer la première phase du plus grand projet de serres agricoles du Proche-Orient, qui en dénombre pour l’instant 7 100 mais devrait en compter, à terme, quelque 100 000. Objectif : autosuffisance agricole et alimentaire, rationalisation des ressources en eau et création d’emplois.

D’après l’ambassadeur d’Egypte en France, la sécurité alimentaire assurée à l’échelle du continent – ce que va initier Abdel Fattah al-Sissi mais devront poursuivre ses successeurs à la tête de l’UA – fait partie intégrante « de l’agenda 2063 », le cadre stratégique pour la transformation socio-économique du continent africain pour les 50 prochaines années. Où croissance, développement durable et « nouveaux partenariats » entre Etats membres tiennent une place prépondérante. Le chef de l’Etat égyptien, à la tête de l’un des plus gros contributeurs de l’UA – aussi bien en termes économiques que militaires –, avait d’ailleurs affirmé dès 2014 son souhait de favoriser l’intégration africaine.

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