Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
 Acquittement de Laurent Gbagbo : « La Cour oublie qu’il y a eu 3000 morts »

La Cour pénale internationale vient d’acquitter l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, au terme d’une procédure longue de deux ans. Une décision qui n’a pas été prise à l’unanimité des juges et qui faisait partie des scénarii possibles, mais qui reste étonnante au regard des charges et preuves avancées par l’accusation. Les supporters de Laurent Gbagbo sont en liesse, mais l’ex-homme fort de Côte d’Ivoire n’est pas encore libre et devra attendre l’appel presque certain du procureur pour savoir s’il pourra sortir de prison. Une situation analogue à celle de son ancien ministre Charles Blé Goudé, lui aussi acquitté par la CPI. Cette décision douche définitivement l’espoir des victimes et de leurs familles de voir un jour un responsable désigné.  

Laurent Gbagbo est une figure politique qui suscite des réactions contrastées. Il en va de même pour le verdict de son procès à la Cour pénale internationale, tant les charges qui pesaient contre l’ancien président étaient sérieuses (crimes contre l’humanité) et alimentées par une accusation qui a produit un nombre très important d’éléments et de témoignages. En ce mardi 15 janvier 2019, les juges ont pourtant décidé de prononcer l’acquittement pour Laurent Gbagbo et son ancien ministre de la jeunesse Charles Blé Goudé.

La scène filmée par les caméras de la CPI a montré le soulagement et la joie des défenseurs de l’ancien président. Ce dernier est resté impassible, se remémorant peut-être les sept années passées en cellule et les deux années d’un procès éprouvant au cours duquel il n’a cessé de plaider non coupable. Une ligne de conduite qui s’avère aujourd’hui payante dans la mesure où deux des trois juges ont estimé que l’accusation n’était pas parvenue à prouver la culpabilité de l’ancien président et de son ministre.

Cette décision est un coup dur pour les adversaires de Gbagbo. L’avocat de l’Etat ivoirien, Jean-Paul Benoit « ne comprend pas qu’après huit années de détention, des confirmations des charges, des audiences, on s’aperçoive qu’il n’y a rien de rien dans le dossier ». Ce dernier poursuit : « Quand j’écoute les juges aujourd’hui, j’ai l’impression que Laurent Gbagbo n’était pas en Côte d’Ivoire pendant la crise, et que tout ce qui s’est passé lui était totalement étranger. Comme s’il n’était pas chef de l’armée, chef de la police, chef de l’État ». Et de souligner que « la Cour oublie qu’il y a eu plus de 3 000 morts, et que s’il y a eu des morts, il y a eu des responsables ».

Accusé de s’être « accroché au pouvoir par tous les moyens », Laurent Gbagbo, 73 ans, risquait gros avec quatre chefs d’accusation très graves : meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains. La crise post-électorale de 2010-2011 ne verra donc pas de hauts responsables être jugés, car l’actuel président, Alassane Ouattara, soucieux de réconciliation nationale, a fait passer une ordonnance d’amnistie en août 2018, confirmée en décembre par le Parlement ivoirien.

Il reste toutefois un espoir pour l’accusation avec le probable appel du procureur. La séance doit reprendre ce 16 janvier et ce sont les juges qui devront dire si les deux acquittés peuvent sortir de prison ou s’ils sont tenus de rester en cellule le temps de l’appel. Jean-Paul Benoit explique dans les colonnes de Jeune Afrique que l’ex-président « pourrait alors ne pas être libéré et être assigné à résidence, par exemple en Belgique, qui a accepté de l’accueillir ». L’avenir proche reste encore incertain, mais il s’éclaircit de manière spectaculaire pour les deux anciens leaders ivoiriens. 

La Cour pénale internationale doit quant à elle faire face à une vague de critiques déjà forte avec cette décision. Les acquittements surprises de l’ex-président kenyan, Uhuru Kenyatta, en 2014, et plus encore de l’ancien Vice-président congolais Jean-Pierre Bemba en appel en juin 2018 ont créé un malaise et nourri les doutes quant à la capacité de la juridiction internationale à condamner des dirigeants de haut rang.

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