Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Sénat ivoirien : en Côte d’Ivoire, l’histoire continue de s’écrire

Avec le démarrage des activités du nouveau Sénat, la Côte d’Ivoire fait un pas de plus vers la stabilité politique et la prise en compte de la diversité démocratique.

Huit femmes et 58 hommes viennent d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Les premiers sénateurs ivoiriens ont fait leur rentrée solennelle jeudi 12 avril à Yamoussoukro. Sous la direction de Jeannot Ahoussou Kouadio, cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et ancien Premier ministre, les sénateurs ont pris leurs nouvelles responsabilités, en particulier celle de contribuer à la stabilité politique de leur pays.

« Avec l’installation du Sénat, la Côte d’Ivoire consolide sa volonté de se doter d’institutions fortes, elles-mêmes arrimées à une Constitution qui vient renforcer la paix et la stabilité dans notre pays », a déclaré Alassane Ouattara lors de la cérémonie d’ouverture de la session de la nouvelle chambre haute. « L’objectif de la Constitution de la Troisième République est, en effet, de garantir à chaque Ivoirien et à chaque Ivoirienne le respect de ses libertés et de ses droits, quels que soient son rang social, ses origines, son ethnie ou sa religion », a ajouté le chef de l’État.

Avec la Vice-présidence, le Sénat est une des innovations majeures introduites par la nouvelle Constitution, qui a créé la Troisième République en 2016. Selon la norme suprême, le Sénat est la chambre haute du Parlement ivoirien. Il est composé de 99 sénateurs, dont 33 sont désignés par le président de la République « parmi les Ivoiriens reconnus pour leur expertise et compétence dans les domaines politique, administratif, économique, scientifique, culturel, sportif, professionnel et social ».

Améliorer la représentation des collectivités territoriales

Parmi ses principales fonctions, le Sénat devra assurer la représentation des collectivités territoriales et des Ivoiriens établis hors du pays. Une responsabilité qu’Alassane Ouattara n’a pas manqué de rappeler aux nouveaux sénateurs le 12 avril. « Nous attendons du Sénat qu’il apporte au Parlement les moyens de tirer profit de la richesse de la démocratie participative et de proximité induite par sa nature de représentation des collectivités territoriales », a-t-il souligné.

Le chef de l’État répondait ainsi aux critiques selon lesquelles la nouvelle institution n’aurait pas d’utilité réelle. « L’institution du Sénat en Côte d’Ivoire n’est pas un luxe, mais bien une nécessité de développement destinée notamment à assurer une plus grande rigueur dans le travail parlementaire et une efficacité accrue par la possibilité d’une lecture différenciée des projets de lois », a-t-il fait valoir.

Il faut dire qu’Alassane Ouattara n’a pas été le premier homme politique ivoirien à souligner la nécessité d’une telle institution. En 1995, le successeur de Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, proposait déjà dans sa campagne présidentielle « une révision de la Constitution pour instaurer notamment la procédure de l’empêchement, le référendum d’initiative populaire et un Sénat ».

Une nouveauté ancrée dans l’histoire

Un projet de loi adopté en 1997 prévoyait déjà la nomination d’un tiers des sénateurs par le chef de l’État, comme c’est le cas actuellement. Les difficultés financières de l’époque ayant empêché la mise en place de l’institution, l’idée a été reprise par Laurent Gbagbo, qui avait inclus la création d’un Sénat dans son programme de gouvernement de 2000 et son projet présidentiel de 2010.

Ainsi, si la création du Sénat constitue une véritable innovation en matière d’institutions politiques, elle s’inscrit directement dans l’histoire du pays et répond à un besoin exprimé de longue date. « Vous écrivez, chacune et chacun d’entre vous, une nouvelle page de l’histoire institutionnelle de notre pays. Les attentes sont nombreuses. Mais je suis convaincu que, par votre ardeur au travail et votre esprit d’ingéniosité, vous saurez asseoir progressivement cette nouvelle institution », a ajouté Alassane Ouattara à l’intention des sénateurs.

Le chef de l’État a annoncé qu’il nommera prochainement les 33 personnalités qui doivent compléter la liste de nouveaux sénateurs afin que l’institution puisse fonctionner pleinement. Il a également rappelé l’installation prochaine, à Yamoussoukro, de la Cité judiciaire et du Centre fiduciaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Après la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels et le Sénat, l’installation de ces nouvelles structures contribuera à « consolider cet élan décisif pris en faveur du transfert de la capitale ». L’histoire continue de s’écrire en Côte d’Ivoire.

AUTEUR: Paul Lauga
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