Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Le Nigeria affronte la récession

Le Nigeria est entré en récession, payant notamment le prix de sa trop forte dépendance aux exportations pétrolières.

Après une contraction de la croissance nigérienne de -0,4% au premier trimestre 2016 sur un an, et une baisse du PIB de -2% au second trimestre, le Fonds monétaire international (FMI) a livré de biens sombres présages pour l’année 2016. Les analystes du FMI tablent, en effet, sur une prévision de croissance de -1,8%. D’autres observateurs prédisent une croissance comprise entre -2% et 3%. Autrement dit, le Nigeria est officiellement entré en récession. Avec 180 millions d’habitants, le pays le plus peuplé d’Afrique cède donc à l’Afrique du Sud la première place sur le podium des économies nationales africaines. Une première depuis 2014.

Il s’agit clairement d’un échec pour la politique du président Muhammadu Buhari, élu il y a 15 mois à la tête du pays. La principale cause de ces mauvais résultats économiques réside dans la dépendance du pays aux cours du pétrole, mais aussi dans une insuffisante diversification économique. Dans un pays où les revenus du pétrole comptent pour 15% du PIB et 70% des recettes fiscales, et alors que le prix du baril a chuté de 100 dollars à 43 dollars entre 2014 et 2016, les pertes fiscales s’élèvent à plusieurs milliards de dollars pour l’Etat nigérian. A titre d’exemple, le FMI estime qu’une perte d’un dollar sur le prix du baril équivaut à 250 millions de dollars en moins pour chacun des 36 Etats fédérés qui composent le Nigeria.

La lutte contre la corruption et la diversification de l’économie nigérienne constituaient pourtant deux priorités du président Buhari, élu en mai 2015, et ce alors que le secteur pétrolier représente 95% des exportations du pays. Mais le président, que ses concitoyens ont surnommé « Mister slowdown », pour moquer son indécision et la lenteur de ses décisions, doit faire face à une série de problèmes qui entravent son action. Au nord du pays, les autorités sont confrontées aux exactions du groupe terroriste Boko Haram et, au sud, à celles de groupes armés qui seraient à l’origine du détournement de 500 000 à 700 000 barils de pétrole par jour, en attaquant les installations pétrolières et en se détournant illégalement les pipelines.

Sur le plan strictement économique, la dévaluation tardive du naira s’est traduite pas une hausse spectaculaire de l’inflation (+17% en juillet). Les errements de la politique économique nigérienne laissent les investisseurs étrangers dans l’attentisme, faisant chuter ces investissement de 75% au second trimestre par rapport à 2015.

Malgré l’ensemble de ces signaux, les autorités affichent leur optimisme : « la seconde moitié de l’année 2016 sera bien meilleure », claironne-t-on ainsi à la présidence.

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