Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Violences en Côte d’Ivoire : les solutions du gouvernement sont-elles efficaces ?

La multiplication des actes de violence dans les grandes villes de Côte d’Ivoire inquiète les riverains et les autorités. Elle met en lumière les fractures laissées par dix ans de crise civile. Pour y remédier, les autorités misent sur un cocktail de répression et prévention. Pertinent ?

La recrudescence des actes de violence en Côte d’Ivoire inquiète. Alors que le pays rayonne à l’international grâce à de nombreux partenariats commerciaux, une diversification de l’économie en cours, une relative bonne santé après la crise des matières premières qui a abimé bon nombre d’économies africaines – le pays est même champion de la croissance africaine, avec une moyenne de l’ordre des 9% depuis 2012 – sur le plan de la sécurité intérieure, de récents évènements contrarient le bilan du gouvernement.

Les « microbes » au cœur de la violence

La Côte d’Ivoire est passée par des cycles de fortes tensions politico-sécuritaires entre la tentative de coup d’Etat de 2002 et l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, près de dix ans plus tard, en 2011. Ce changement de régime a permis de restaurer un climat de paix sociale relatif, mais certaines plaies demeurent ouvertes, cicatrisant plus lentement que les autres. Or, le désarmement partiel des milices formées lors de la guerre civile a laissé nombre d’armes en circulation : si le spectre de la guerre civile semble bel et bien écarté, les villes du pays sont confrontées à de nouvelles formes de violences.

Cette instabilité n’est pas le fruit du hasard. Elle met en évidence les défis liés à gouvernance d’un espace urbain très vaste, pas toujours planifié. Le phénomène est tristement illustré par l’émergence de gangs de « microbes », des jeunes en rupture sociale et familiale. Ils ont « entre 10 et 16 ans, 18 ans au maximum » d’après Francis Akindès, sociologue à l’université de Bouaké. Ces « enfants en conflit avec la loi » multiplient les agressions d’une rare violence, souvent en pleine journée. Dans de nombreux quartiers défavorisés de la ville, les gangs se sont substitués aux familles. « Les jeunes commencent par se mettre au cœur de cette violence parce qu’il y a des facteurs favorables. Ce sont des jeunes qui ont du mal à s’autonomiser qui, à partir des quartiers précaires, s’organisent pour arracher à la société ce qu’ils considèrent être leur part que l’on ne leur reverse pas » poursuit Francis Akindès.

Une réponse entre prévention et répression

Pour remédier au phénomène, le gouvernement ivoirien a lancé des opérations « Epervier », qui ont pour objectif de traquer les délinquants, de détruire les fumoirs et les champs de cannabis. La première d’entre elle, qui s’est déroulée du 31 mai au 7 juin 2017, a impliqué près de 4 000 agents des forces de sécurité, notamment la Police, la Gendarmerie et les Forces armées de Côte d’Ivoire, et a permis de pacifier le quartier de la capitale économique, Abobo. 595 individus ont été interpellés. Plus récemment, début octobre, le très redouté « gang à la machette » a pu être interpelé dans le cadre de l’opération Épervier 3. Hamed Bakayoko, le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, s’est félicité d’une franche réussite lors d’une visite de terrain pour constater l’ampleur de la tâche accomplie.

Mais le gouvernement ne mise pas uniquement sur la répression pour endiguer les violences. En plus de déférer les criminels devant la justice, la Cellule de coordination, de suivi et de réinsertion apporte une aide aux mineurs faisant partie de ces réseaux. L’objectif est de faciliter la réinsertion sociale d’enfants en conflits avec la loi. Les mesures prises par cette cellule comprennent notamment le renforcement de l’éducation civique, l’incitation à l’entreprise, l’accompagnement professionnel, la détection précoce de la délinquance et des zones à risque ou encore la création d’infrastructures sportives et culturelles dans les quartiers.

Un atelier de réflexion sur les comportements extrémistes des jeunes et les agissements des « enfants microbes » porté par le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) le 25  et 26 septembre derniers, proposait également « une réflexion profonde sur les causes de ce phénomène ». L’enjeu est de « poser le bon diagnostic et de trouver le remède adéquat » expliquait Samuel Gadegbeku, membre du Cesec, à la sortie des discussions. Et ce d’autant que les actes de violence commis dans le pays « exacerbent le ras-le-bol des populations », qui à leur tour risquent d’alimenter le cycle des violences. S’il est trop tôt pour dire si cette combinaison de prévention et de répression permettra aux rues d’Abidjan de recouvrer le calme, la stratégie holistique adoptée les autorités semble pourtant la seule à même d’enrayer de façon durable le cycle des violences.

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