Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Pour gérer l’après-Ebola, société civile et entreprises privées mettent la main à la poche

11 310 morts : c’est le terrible bilan humain causé par la dernière épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, selon un décompte établi par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). De 2013 à 2016, le virus s’est répandu principalement au sein de trois pays – la Sierra Leone, le Libéria et la Guinée – sans épargner le Mali ni le Sénégal. En Guinée, la fin de l’épidémie a été officiellement déclarée en décembre 2015, après avoir causé plus de 2 500 décès.

« Il revenait à l’OMS la responsabilité de déclarer la fin de la flambée de la maladie à virus Ebola, ici en Guinée », s’est ainsi réjoui Abou Beckr Gaye, représentant de l’organisation sur place, tout en promettant que « l’OMS, fidèle à son mandat et à ses responsabilités, continuera à appuyer les pays pour pouvoir faire face à d’éventuelles résurgences ». Avec quelque 17 000 personnes infectées et déclarées « guéries » dans la sous-région, c’est bien au défi de l’après Ebola que doit désormais s’atteler l’ensemble des acteurs.

Gérer l’après Ebola

Si l’OMS a bien annoncé un vaccin efficace contre Ebola, en décembre dernier, les populations touchées par le virus sont souvent livrées à elles-mêmes depuis la fin de l’épisode épidémique. Or la communauté médicale ignore encore beaucoup des conséquences et séquelles à long terme de la maladie. Une équipe menée par le docteur Eric Delaporte a mené l’enquête en Guinée. Ses travaux, publiés le 13 janvier dans la revue The Lancet Infectious Diseases, démontrent que tout risque n’est pas écarté après la fin officielle de l’épidémie.

Une grande part des hommes, femmes et enfants que l’équipe du Dr Deloporte a pu interroger en Guinée souffre de que les scientifiques ont appelé « syndrome post-Ebola » : une combinaison de grande fatigue, de douleurs musculaires et articulaires, de maux de tête ou de ventre, de vertiges, de baisse de l’audition ou encore d’inflammation des yeux. Sept rescapés sur dix souffriraient de ce syndrome d’un nouveau genre.

Si les médecins se félicitent de la relative bénignité des symptômes observés, ils relèvent la persistance inquiétante de séquelles psychologiques chez les anciens malades. 17% des personnes rencontrées souffriraient ainsi de dépression due à un syndrome post-traumatique. La pression sociale reste également forte, un ancien malade sur quatre reconnaissant être victime de stigmatisation de la part du reste de la population.

La gestion de l’après-crise Ebola est donc toute aussi importante que celle de l’épidémie en elle-même. Et ce alors que tout risque de résurgence n’est pas écarté, comme l’épisode de février 2016 l’a montré en Guinée. Une résurgence qui a pourtant été facilement circonscrite, grâce à un dispositif mieux expérimenté et à la plus grande maîtrise technologique du matériel sanitaire de toute dernière génération.

« Aujourd’hui, les Guinéens peuvent se targuer d’avoir un matériel de réponse rapide, d’avoir les ressources humaines. L’expertise la plus pointue en matière de lutte contre Ebola se trouve dans les trois pays que sont le Libéria, la Sierra Leone et le Guinée », s’est ainsi réjoui Abou Beckr Gaye. Une expertise et des moyens auxquels ont largement contribué les acteurs internationaux, Etats, ONG ou encore entreprises.

Des initiatives privées qui comptent

Au plus fort de la crise, l’Union européenne (UE) avait ainsi débloqué une enveloppe de 180 millions d’euros, une somme inscrite « dans le cadre de l’aide au développement à plus long terme ». La France, quant à elle, a contribué à hauteur de 70 millions d’euros, oeuvrant notamment à la construction d’un hôpital militaire en Guinée. En tout et pour tout, ce sont plus de trois milliards de dollars qui ont été alloués ou promis pour aider les pays concernés à lutter contre la propagation du virus.

Sur place, les ONG ont été chargées de répartir les fonds selon la demande locale. Mais les entreprises et philanthropes de part le monde ont également mis la main à la poche. Le total cumulé de l’aide contre Ebola de la part du secteur privé s’est ainsi élevé à 156 millions de dollars d’engagement et 216 millions de promesses.

L’entreprise RUSAL, par exemple, vient d’annoncer la création, toujours en Guinée, d’un laboratoire destiné à poursuivre la recherche scientifique tout en assurant de hauts standards de sécurité. Inauguré le 15 février, le laboratoire sera installé au Centre de recherche en épidémiologie-microbiologie et soins médicaux (CREMS), construit par RUSAL en 2015 afin de lutter contre l’épidémie d’Ebola. RUSAL, qui est l’un des premiers producteurs mondiaux d’aluminium et donc très présent en Guinée, pays qui regorge de la bauxite nécessaire à la confection du métal, entend ainsi ne pas se départir de sa responsabilité sociale dans le pays. En mettant plus de 10 millions de dollars sur la table, l’entreprise russe démontre qu’il est possible d’exploiter de manière responsable et durable la bauxite en Afrique, marquant ainsi sa différence avec ses concurrents chinois.

D’autres grands mécènes privés ont contribué à la lutte contre Ebola. Dans le Top 3 des grands donateurs, on retrouve Paul Allen, le cofondateur de Microsoft, qui a promis près de 45 millions de dollars de don, suivi par la Fondation Bill & Melinda Gates (plus de 26 millions de dollars de promesses) et la Children’s Investment Fund Foundation (plus de 16 millions de dollars de fonds effectivement alloués).

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