Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Présences militaire et humanitaire des Etats-Unis en Afrique : le début de la fin ?

A peine débutée, la présidence de Donald Trump bouscule toutes les traditions. Un coup de pied dans la fourmilière valable en matière de politique intérieure américaine mais aussi, les observateurs internationaux l’ont appris avec stupeur, en matière de diplomatie et de géopolitique. La politique africaine du nouveau locataire de la Maison Blanche n’échappera pas, semble-t-il, à cette volonté de profonde remise en cause des engagements passés des Etats-Unis.

Quelques jours seulement avant la prise de fonction du 45e président des Etats-Unis, le New York Times révélait que son équipe de transition avait transmis un « questionnaire » aux responsables de la politique africaine au sein du département d’Etat, le ministère des Affaires étrangères américain. Le ton, comme le contenu des questions posées, est sans équivoque : « Pourquoi devrions-nous dépenser autant de fonds dans l’aide au développement en Afrique alors que des gens souffrent ici aux Etats-Unis ? » ; « Nous combattons les Shebab (en Somalie) depuis une décennie. Pourquoi ne l’avons-nous pas encore emporté ? » ; etc.

Si de simples questions ne préjugent pas d’une politique encore à inventer, une conclusion s’impose néanmoins : pour Trump et son administration, l’engagement des Etats-Unis en Afrique ne va plus de soi. La directrice du programme Afrique à l’institut Woodrow Wilson, Monde Muyangwa, s’inquiète dans les colonnes du quotidien new-yorkais d’une « vision plus court-termiste et étriquée des intérêts américains en Afrique, avec moins d’implication auprès des Etats du continent ».

Vers un désengagement américain en Afrique ?

Monde Muyangwa nuance pourtant son propos : « Beaucoup de questions qu’aborde ce questionnaire sont de bonnes questions, que n’importe quelle administration devrait se poser avant de gouverner ». Premier bailleur mondial en termes d’aide au développement, les Etats-Unis y consacraient 31 milliards de dollars en 2015 – dont 8 à destination de l’Afrique subsaharienne. Or il n’est un secret pour personne que l’un des ressorts de la victoire de Donald Trump repose sur son tropisme « isolationniste », et ce alors que son programme appelait les Etats-Unis à « en finir avec la stratégie actuelle de refaçonner le monde et d’encourager les changements de régime ». Un tropisme magnifié par un slogan, répété jusqu’à sa cérémonie d’investiture : « America First ».

Le gimmick de campagne survivra-t-il aux réalités du pouvoir ? S’il est encore trop tôt pour le dire, l’essayiste gabonais Yann Gwet estime que le président Trump sera contraint de revenir sur certaines des promesses du candidat : « La persistance de régimes dictatoriaux dans de nombreux pays d’Afrique (…) menace l’équilibre de cette zone, et par conséquent met en danger les intérêts nationaux américains », écrit-il dans les pages du Monde. Et d’appeler le nouveau « Commander in Chief » à ne pas « collaborer aveuglément avec des régimes illégitimes (mais à se montrer) sensible aux aspirations des peuples à plus de justice, à une meilleure gouvernance et à une démocratie souveraine ».

On ignore si cet appel est parvenu jusqu’aux oreilles de Donald Trump. Mais, comme Yann Gwet le souligne, ces questions concernent pourtant, au premier chef, les Etats-Unis dont a hérité le milliardaire, les forces américaines étant implantées de longue date en Afrique.

Les Etats-Unis menacés dans la Corne de l’Afrique

La politique africaine des Etats-Unis ne se limite pas à l’aide au développement, loin s’en faut. Le continent a progressivement acquis une importance militaire stratégique pour Washington. Outre la base historique de Djibouti, dans laquelle sont cantonnés de 3 000 à 4 000 hommes, la présence américaine en Afrique s’étend désormais à 45 pays : Ouganda, Kenya, Centrafrique, Nigeria, Mali, Ghana, etc. Une présence de « l’Africom » renforcée sous la présidence de Barack Obama.

Au Cameroun, les Etats-Unis ont envoyé quelque 300 hommes afin d’aider les autorités locales à combattre le groupe terroriste Boko Haram. Au Niger, le Pentagone a officialisé, en fin d’année dernière, la construction d’une base aérienne destinée à accueillir les drones américains – un investissement estimé à 100 millions de dollars, le plus important dans la région. A terme, la base américaine d’Agadez devrait devenir le véritable centre névralgique des opérations militaires des Etats-Unis dans l’Ouest de l’Afrique. En mai 2016, les Américains ont signé avec le Sénégal un accord de défense facilitant la présence et le déploiement de leurs troupes dans le pays, ici encore afin de lutter contre la menace terroriste.

Ce déploiement en pointillé, encore largement embryonnaire, sera-t-il poursuivi par l’administration Trump ? Rien n’est moins sûr. Pourtant, dans le cas contraire, la présence militaire des Etats-Unis en Afrique pourrait très vite se réduire comme peau de chagrin, l’implantation des GI’s à Djibouti n’ayant jamais été si menacée.

Dans les arcanes de la capitale fédérale américaine, on s’agace en effet des agissements et retournements d’alliances d’Ismaïl Omar Guelleh (dit IOG), le président djiboutien en place depuis 1999. Alors qu’ils avaient investi 14 millions de dollars dans la construction d’un nouveau quai, militaire et civil, à Obock, les Américains ont été priés par le régime d’IOG de faire place nette pour l’armée chinoise. L’armée de libération du peuple a désormais ses quartiers à quelques encablures du Camp Lemonnier. Une base qui, de stratégique, pourrait bien devenir encombrante pour les Américains, peu ravis de cette cohabitation forcée.

Et si le désengagement de l’Afrique, tel que souhaité par Trump, commençait par Djibouti ? Ce serait incontestablement une perte de taille dans la lutte contre les Shebab sévissant dans la Corne de l’Afrique, mais aussi contre Al-Qaida au Yémen, de l’autre côté de la mer Rouge, et plus généralement contre tous les groupes terroristes officiant dans la péninsule arabique. Ce serait par ailleurs, pour le peuple Djiboutien, privé de ressources naturelles, se passer d’un allié historique fiable, à l’origine d’une rente annuelle se chiffrant en dizaines de millions de dollars, au profit d’un nouveau venu (la Chine) n’ayant pas fait ses preuves…

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