Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Tensions en Côte d’Ivoire : le dialogue permet le retour à la normale
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En France, le mois de mai est, traditionnellement, celui des manifestations, grèves et autres blocages d’autoroutes par les syndicats de salariés et de fonctionnaires. Mais cette année, en Côte d’Ivoire, la saison des tensions et autres revendications sociales semble avoir pris un peu d’avance. Le mois de janvier a été émaillé par divers incidents et mouvements sociaux : de certaines factions de l’armée aux fonctionnaires, les cahiers de doléances sont de sortie.

Malgré un rapide regain de tensions et quelques violences sporadiques, le gouvernement ivoirien est sur le pont afin de répondre aux attentes légitimes de celles et de ceux qui s’estiment mis sur la touche du « miracle économique ivoirien » – le pays peut, en effet, s’enorgueillir d’avoir retrouvé une insolente croissance économique (9% en moyenne sur les dernières années), qui en fait la véritable locomotive de la région et ce, quelques années seulement après la fin d’une longue période d’instabilité politique et de guerres civiles.

Le gouvernement au chevet des militaires lésés par leur hiérarchie

Tout a commencé le 7 janvier. Dans plusieurs villes du pays, des coups de feu résonnent. Check-points et barrages non-officiels sont montés dans les rues. A Bouaké, des soldats mécontents réclament le paiement de primes non-versées et une amélioration de leurs conditions de vie. Ces militaires sont issus des ex-Forces armées des Forces Nouvelles (FAFN), assignées entre 2007 et 2011 aux opérations de sécurisation du processus de sortie de crise. Puis c’est au sein du port de la capitale économique ivoirienne, Abidjan, que résonnent de nouveaux tirs, heureusement dirigés en l’air. Enfin, mardi dernier, la capitale politique de la Côte d’Ivoire, Yamoussoukro, est le théâtre d’affrontements entre une cinquantaine de mutins et la garde présidentielle. Quatre morts sont à déplorer.

Où remontent les raisons de la colère d’une partie de l’armée ? L’accord de Ouagadougou, signé en 2007 au terme d’une période d’intenses conflits, prévoyait la prise en charge des FAFN par le budget de l’Etat. Mais ces dernières n’ont touché ni primes ni salaires, contrairement aux autres corps de l’armée. Afin de ramener l’ordre au sein des troupes, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a dépêché son ministre de la Défense à Bouaké, afin d’écouter les soldats et de comprendre leurs revendications. Constatant la défaillance de la hiérarchie militaire dans la gestion des primes, la présidence a immédiatement ordonné que celles-ci soient versées. Plusieurs milliers de militaires recevront ainsi quelque 12 millions de francs CFA (l’équivalent de 18 000 euros) chacun. Afin d’améliorer les conditions de vie et de travail des soldats, gendarmes et policiers ivoiriens, le gouvernement a également pris un certain nombre de dispositions intégrées à la loi de programmation militaire du 11 janvier 2016.

Quant au port d’Abidjan, le calme semble être rapidement revenu. Si une partie des entreprises et salariés étrangers s’étaient légitimement émus du climat délétère qui a régné sur les quais dans la matinée du 18 janvier, l’Autorité portuaire a réussi à ramener la situation à la normale en moins de deux heures. Les activités du port ont désormais repris leur cours « en toute sérénité », selon un communiqué de presse émis par l’Autorité.

Le président et le gouvernement de la Côte d’Ivoire ont officiellement désapprouvé le mode de revendication exercé par ces factions minoritaires de l’armée. Ils ont rappelé le devoir de discipline qui incombe aux militaires, tout en réaffirmant être à l’écoute de leurs griefs. Une série de rencontres avec toutes les composantes des forces de défense et de sécurité ivoiriennes sera initiée par le ministère, qui revendique une certaine discrétion due à la nature sensible des questions touchant à la défense nationale.

Vers la fin de la grève des fonctionnaires ?

Les militaires ivoiriens ne sont pas les seuls à réclamer leur part du gâteau. Les fonctionnaires des écoles, des hôpitaux et de certaines administrations sont également en grève. Ils demandent le versement d’arriérés de salaires s’élevant à plus de 240 milliards de francs CFA. Là aussi, le gouvernement ivoirien semble s’être attelé à établir les conditions d’un dialogue permettant une rapide sortie de crise.

Le ministre de la Fonction publique, Pascal Abinan, et son équipe, devaient rencontrer l’intersyndicale regroupant quatre centrales ivoiriennes, ce vendredi matin. Au menu des discussions, la réforme des dispositifs de retraite. Soucieux d’apaiser les esprits, le gouvernement devrait avancer une série de propositions allant dans le sens des revendications syndicales.

Selon un communiqué émis par le porte-parole du gouvernement, le mercredi 18 janvier, « Le président de la République et le gouvernement tiennent à assurer les populations que tout est mis en œuvre afin de trouver des solutions, dans les meilleurs délais, sur les questions sécuritaires et sociales et que toutes les dispositions sont prises pour assurer la sécurité des personnes et des biens sur l’étendue du territoire national ».

AUTEUR: Paul Lauga
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