Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Dégradation des conditions de vie des réfugiés maliens en Mauritanie

Alors que jusqu’à maintenant la Mauritanie était considérée comme un havre de protection pour les réfugiés malien, le pays et les ONG doivent faire face à des difficultés grandissantes dans l’accueil de réfugiés toujours plus nombreux.

 Jean-Noël Gentile, représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) en Mauritanie, prévenait en novembre « une diminution des rations distribuées dans le camp à cause de la baisse des contributions des donateurs ». Selon 17 millions de dollars supplémentaires étaient nécessaire pour maintenir les services de base et faire reculer la malnutrition durant le premier semestre de 2017. JN Gentile en appelle aux donateurs.

Depuis 2012 les Maliens de Mbera ; maures, peuls, bambaras, songhaïs et, surtout, à 70%, touaregs fuient combats et banditisme, qui sévissent au Mali. La plus grande partie d’entre eux viennent de la région de Tombouctou et plus précisément des cercles de Goundam, Ténenkou, Niono et Youwarou.

« Nous avons profité d’un contexte mauritanien exceptionnellement favorable qui a permis aux humanitaires de faire du bon travail, explique Mohamed Ag Malha, président de la Coordination des réfugiés maliens en Mauritanie. Nous bénéficions d’un système scolaire et sanitaire efficace. L’armée et la gendarmerie mauritaniennes assurent notre sécurité, sans que nous soyons enfermés dans le camp. »

Dans le camp de Mbera 45 000 Maliens s’entassent, et le flux d’arrivées se poursuit. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Mauritanie estime que 4869 personnes supplémentaires ont franchi la frontière au cours des onze premiers mois de 2016, malgré l’accord de paix de 2015 et les appels au retour du gouvernement. Celui-ci verrait d’un bon œil que les citoyens maliens rentrent voter aux élections locales et nationales. Cependant les appels ne trouvent pas d’écho auprès des réfugiés, toujours terrifiés par ce qu’il se passe dans leur pays. « On nous a répété que « l’amour de la patrie est une dimension de la foi », mais nous n’avons pas répondu à cet appel, car nous connaissons notre pays et les menaces politiques, militaires et économiques qui s’y multiplient, explique Mohamed Ag Malha. Certains d’entre nous sont repartis au Mali, mais beaucoup sont revenus ou parlent de revenir. Même si nous manquons ici d’activités génératrices de revenus, la Mauritanie est hospitalière, alors qu’il y a vraiment trop de clans et trop de violences chez nous. »

Entre pays d’origine à la situation précaire et hostile, et le pays d’accueil hospitalier et généreux ; les réfugiés ont choisi. Mais le contexte économique est défavorable ; les donateurs moins généreux et les conditions de vie dans les camps se font de plus en plus difficiles.

Et ce même si la mobilisation internationale fut alerte en 2016. Le Japon (qui a décaissé 53,3 millions de dollars au cours des quatre dernières années, selon son ambassadeur à Nouakchott, Hisatsugu Shimizu), l’UE, la Finlande et la société Uniqlo ont versé quelque 4 millions de dollars, auxquels s’ajoute l’apport d’ONG espagnoles et italiennes, de MSF Belgique, du Croissant rouge mauritanien, de l’OMS ou de l’Unicef. Insuffisant pour maintenir la distribution générale des vivres et satisfaire les besoins de base des réfugiés, notamment l’extension des latrines, qui parviendront au maximum de leur capacité à la fin de l’année. Un appel aux dons internationaux est donc lancé, avec pour urgence de pouvoir à nouveau nourrir correctement les populations.

Source : Jeune Afrique

 

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