Côte d'Ivoire et Afrique occidentale
Face aux critiques, le ministre des Affaires étrangères français justifie le rôle de Paris au Mali

Jean-Marc Ayrault est monté au créneau jeudi 15 septembre pour justifier à nouveau le rôle clé de la France sur le territoire malien depuis janvier 2013, après les propos acerbes tenus par l’ex-chef d’Etat, Nicolas Sarkozy, qui a durement taclé la stratégie du président Hollande sur ce dossier.

Paris avait lancé l’opération Serval sous l’égide des Nations Unies début 2013 à Konna (centre du pays) afin de stopper la progression des djihadistes armés, en permettant notamment la libération des villes de Gao et de Tombouctou, mais également la suppression de l’Algérien Abdelhamid Abou Zeid, l’un des principaux chefs d’Aqmi, avant de clore ce dispositif en juillet 2014.

Serval a depuis laissé place à l’opération régionale Barkhane, donnant la main par la même occasion aux forces mauritaniennes, burkinabè, nigériennes et tchadiennes chargées de poursuivre la lutte contre le terrorisme au Sahel. 3000 soldats hexagonaux ont toutefois été maintenus localement pour soutenir cette mission, alors que de nombreuses zones demeurent toujours dans les mains des djihadistes.

Néanmoins, la stratégie menée par F.Hollande n’est pas du tout au goût de N.Sarkozy à en croire ses propos tenus hier sur France 2. En pleine campagne électorale à l’investiture à droite pour la présidentielle 2017, ce dernier s’est fendu d’une déclaration assassine envers l’intéressé :

« On a envoyé 3000 soldats français au Mali pour rétablir l’ordre sur un espace grand comme trois fois la France. Peut-être était-ce nécessaire, mais on a également dit aux Français que ça ne durerait que quelques semaines, s’est-t-il insurgé.

Avant de conclure, dépité : « Je n’ai toujours pas compris quelle était la mission et combien de temps nous allions y rester ! » 

Le ministre des Affaires étrangères, JM.Ayrault, n’a d’ailleurs pas tardé à répliquer sur LCI pour défendre le bilan hexagonal sur cette problématique brûlante :

« J’ai écouté ça, j’ai été stupéfait. Quand on a été président de la République, on ne sait pas ce qu’on fait au Mali ? Que Nicolas Sarkozy ne sache pas pourquoi on est là, j’avoue qu’il y a de quoi être très inquiet pour ceux qui seraient tentés de voter pour lui… »

JM.Ayrault persiste et signe dans la foulée et atteste que l’intervention française au Mali découlait strictement d’une demande officielle des autorités locales :

« C’était à l’appel du gouvernement du président Ibrahim Boubacar Keïta en raison de l’invasion des djihadistes, ils n’étaient qu’à quelques heures de Bamako (…) Si la France n’était pas intervenue, aujourd’hui le Mali serait un pays aux mains du terrorisme qui aurait contaminé toute une région, l’Afrique de l’Ouest », a-t-il martelé, précisant « que la lutte contre le djihadisme est loin d’être terminée car 3000 soldats français continuent d’assurer une protection avec les forces multinationales de l’ONU. »

Une armée française qui s’essouffle

Déjà très impactée par l’opération Sangaris qui prendra fin en 2016 en Centrafrique, l’armée française commence « à tirer la langue » en raison de l’éparpillement de Paris en terme de sécurité mondiale. La France est en effet impliquée sur treize dossiers militaires importants à l’étranger (le Sahel, la Centrafrique, le Liban et le Moyen Orient avec une présence aérienne au dessus de l’Irak et de la Syrie); un essoufflement qui a peut-être conduit Nicolas Sarkozy à opérer une telle sortie médiatique.

Pour rappel, le général Vincent Desportes, haut gradé de l’armée hexagonale, avait également tiré le signal d’alarme sur ce dossier fin 2015 dans des propos relayés par France Info, où il évoquait un point de rupture en ciblant particulièrement cette mission au Mali :

« Que ce soit sur mer, à terre ou dans le ciel, toutes nos armées sont en train de s’user. Je dirais même que la corde est sur le point de casser. On a des problèmes de matériels, même si cet aspect commence à être pris en compte. Au Mali, on peut rappeler que, pour l’opération Serval, les véhicules avaient deux fois l’âge de leurs conducteurs. Nos avions Rafale étaient ravitaillés par des avions qui avaient plus d’un demi-siècle. (…) A côté de l’armée ultra-moderne, qui existe, on a une autre grande partie que je qualifierais de vintage. Elle possède des équipements de collection. Et le budget actuel ne permet pas suffisamment d’approvisionner le flux nécessaire des pièces de rechange. De sorte que, dans nos armées, un avion sur deux ne peut pas décoller, un navire sur deux ne peut prendre la mer, et un char sur deux ne peut plus rouler… »

Sources : L’Express, France Info

 

AUTEUR: Paul Lauga
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